Partager

Guinée : La crise qui sévit en cette république sœur, touche les maliens de très près

Ne dit-on pas que la Guinée et le Mali sont les deux poumons d’un même corps ?

La situation sociopolitique, qui s’aggrave jour après jour en Guinée et qui s’est soldée par la mort de plus de cent manifestants, est suivie de près par le peuple malien. C’est ainsi que depuis la crise qui a débuté en Guinée, guinéens du Mali, et maliens eux mêmes, affichent leur totale solidarité à l’endroit de leurs frères de Guinée.

C’est ainsi que le Collectif de solidarité avec le peuple de Guinée Conakry (CSPG) a organisé, le samedi 10 février, une marche pacifique de protestation contre la dérive autocratique du président Conté, aux premiers rangs desquels se trouvaient les leaders de l’Association démocratie et justice (ADJ), le Pr. Abdou Traoré dit Diop, Moustaph Soumaré, Mamoudou Sidibé, et Nouhoum Ongoïba, président du CSPG.

De même, la Convention des Guinéens vivant au Mali, aussi bien que l’Association malienne des droits de l’Homme (AMDH), ont tous unanimement condamné sans réserve les massacres de la population civile guinéenne qui ne fait que réclamer ses droits les plus fondamentaux et appellent les chefs d’Etats à sortir la Guinée de cette crise.

Constat a été fait que le Mali ressent déjà la crise qui sévit en république sœur de Guinée, comme en atteste l’ambiance morose qui s’est installée à la gare routière de Djicoroni Para, point de débarquement des passagers et marchandises en provenance de Guinée, et principale gare de départ du fret et des passagers vers ce pays.

Les journaux titrent:

L’essor du 14 février 2007 : « Crise guinéenne : Djicoroni au point mort ».

Les Echos du 12 février 2007 : « Solidarité avec le peuple de Guinée, L’ambassadeur de Guinée au Mali fuit les marcheurs ».


L’Indépendant du 12 février 2007 :
« Marche de solidarité avec le peuple de Guinée : Les démocrates maliens condamnent énergiquement la répression brutale des autorités guinéennes ».

Les Echos du 14 février 2007 : « Tueries en Guinée, L’AMDH et les Guinéens du Mali révoltés ».

La marche du Collectif de solidarité avec le peuple de Guinée Conakry (CSPG) …

« A travers sa marche samedi, du rond-point de Daoudabougou à la chancellerie de l’ambassade de Guinée à Magnambougou Faso Kanu, le Collectif de solidarité avec le peuple de Guinée (CSPG) entendait dénoncer « avec vigueur la dérive autocratique et totalitaire du régime du général Lansana Conté en République de Guinée-Conakry et aux crimes qu’il a perpétrés contre le peuple martyr de Guinée ».

C’était aux environs de 10 heures 30 minutes que le président du collectif, le professeur Nouhoum Ongoïba, a donné l’ordre de départ. La centaine de marcheurs, étroitement surveillés par les agents de la sécurité pour prévenir tout débordement, a parcouru ainsi tout le trajet en lançant des slogans hostiles au régime dictatorial du général-président Lansana Conté.

La violence des slogans en disait long sur la colère des marcheurs aux premiers rangs desquels des leaders de l’Association démocratie et justice (ADJ), le Pr. Abdou Traoré dit Diop, Moustaph Soumaré, Mamoudou Sidibé, Nouhoum Ongoïba, président du CSPG…

« A bas Conté », « Conté au poteau ! », « Abas la dictature, démission Conté » ou encore « Vive le peuple frère de Guinée », scandaient-ils le long du trajet. Les manifestants, qui étaient devancés par un véhicule de police avec trois agents à bord, ont fait face à l’arrivée, non pas au personnel de l’ambassade, mais à un mur d’une vingtaine de policiers prêts à bondir sur « leurs proies »
. », écrit Les Echos du 12 février 2007.

A leur arrivée, les manifestants ont trouvé les portes de l’ambassade closes …

« En l’absence de l’ambassadeur, le Collectif de solidarité avec le peuple de Guinée (CSPG), qui organisait samedi une marche de protestation contre la dérive autocratique du président Conté, s’est contenté de lire sa déclaration devant une chancellerie désespérément vide.

Deuxième surprise et non des moindres, l’ambassade était fermée à double tour. Pas même le gardien pour recevoir la déclaration du CSPG. Et pourtant, ils avaient été bien informés, selon les organisateurs de la marche. Ce qui n’a, d’ailleurs, pas empêché le président du Collectif Pr. Nouhoum Ongoïba de lire la teneur de sa déclaration devant le portail, sous le regard curieux des familles voisines et de quelques passants.
», écrit Les Echos du 12 février 2007.


L’Indépendant du 12 février 2007, a expliqué que l’ambassade était fermée, car c’était un samedi, et que ce jour, personne n’y travaille :
Les marcheurs « … ont buté sur un cordon de sécurité placé devant l’ambassade de la Guinée. Qui, ne travaillant pas le samedi, était tout simplement fermée. Il n’y avait donc pas un seul officiel sur place. Aussi, le professeur Nouhoum Ongoïba se contenta-t-il de lire la déclaration du collectif avant de remettre une copie au gardien de la chancellerie guinéenne.», écrit L’Indépendant du 12 février 2007.

Appel des manifestants …

« Condamnation de la répression brutale des autorités guinéennes, condoléances aux familles des 60 personnes assassinées le mois dernier en Guinée, poursuites judiciaires contre les responsables des carnages commis à Conakry, Zérékoré, Dabola et d’autres villes guinéennes ont été les maîtres mots de cette marche, premier acte d’une série visant, selon M. Ongoïba, à délivrer le peuple frère de Guinée des mains dictatoriales de Conté.

« Nous en appelons à l’opinion internationale et plus particulièrement à l’Union africaine pour qu’elle exerce toutes les pressions susceptibles d’obliger les autorités guinéennes à inscrire leur comportement dans les normes de la communauté internationale », a-t-il ajouté avant de conclure, « les peuples de Guinée et du Mali sont les mêmes. Nous ne pouvons pas rester indifférents face au massacre de nos frères. Nous continuerons cette lutte jusqu’à l’instauration d’un Etat de droit dans ce pays frère ». », écrit Les Echos du 12 février 2007.


L’Association malienne des droits de l’Homme (AMDH), à travers son président Me Brahima Koné, a condamné sans réserve les massacres de la population civile guinéenne et déploré le mutisme des Etats africains qui ne font, juge-t-il, rien pour arrêter les massacres de Conté…

« L’Association malienne des droits de l’Homme (AMDH), à travers son président Me Brahima Koné, condamne sans réserve les massacres de la population civile guinéenne qui ne fait que réclamer ses droits les plus fondamentaux. « Le peuple guinéen a assez subi les dérives du président Conté et de son clan », explique-t-il.

Pour le président de l’AMDH, l’heure Conté est révolue, car « le signe précurseur de la fin du régime en Guinée est la révolte des jeunes, qui, au regard des expériences, est un phénomène fatal pour un pouvoir ».
A l’AMDH, on considère que les agissements regrettables du pouvoir de Conakry pouvaient être évités si le président avait appliqué à la lettre les termes de l’accord avec l’Intersyndical. « Tout ce que les Guinéens réclament aujourd’hui, c’est le changement ».

Me Koné déplore le mutisme des Etats africains qui ne font, juge-t-il, rien pour arrêter les massacres de Conté et de son clan. « Il appartient aux Etats africains de prendre leurs responsabilités et de se donner la main pour rapidement envoyer des troupes de maintien de l’ordre », suggère-t-il.
», écrit Les Echos du 14 février 2007.

A la Convention des Guinéens vivant au Mali (CGVM), le ton est encore plus dur …

« A la Convention des Guinéens vivant au Mali (CGVM), le ton est encore plus dur. Là-bas, on est déterminé à lutter pour le changement et le renversement du régime du général Lansana Conté. Lancinet Sangaré, chargé à la communication de la CGVM, considère que les événements de janvier-mars 1991, qui ont ouvert la voie de la liberté et de la démocratie au Mali, devraient inspirer les Guinéens. « Toutes les couches sociales sont mobilisées pour renverser la tendance en Guinée. Seuls les jeunes et les femmes pourront conduire cette révolution ».

De l’avis de M. Sangaré, l’état de siège décrété par le président Conté le lundi 12 février n’est que « la continuation de la folie d’un président amnésique ». Mais « le peuple de Guinée ne va pas céder à la pression et au harcèlement », avertit-il.

M. Sangaré a salué l’initiative de l’Association démocratie et justice (ADJ), qui a organisé une marche de protestation et de soutien au peuple frère de Guinée, le samedi 10 février 2007. D’autres initiatives de la CGVM, tendant à informer l’opinion publique internationale de la crise en Guinée, sont à l’étude.
», écrit Les Echos du 14 février 2007.


Réactions des bamakois face à la situation qui prévaut en Guinée …

« M. Touré (membre d’un parti politique) :

« Les forces politiques guinéennes sont pratiquement à l’écart du mouvement. C’est surtout cela qui pose problème car, à mon avis, les complices du régime Conté sont les Guinéens eux-mêmes et notamment les politiques. Mais, il y a combien de Conté en Afrique ? Depuis le début des événements, avez-vous entendu une seule fois une déclaration de l’Elysée ou d’un Etat africain quelconque ? C’est pour vous dire que les responsabilités relèvent d’un système mafieux qui dépasse le peuple frère de Guinée ».

Mamadou Sidibé (fonctionnaire) :

« Les Guinéens ont une fois encore l’occasion d’écrire une page de leur histoire, après que le président ait été, auparavant, arrêté et relâché pour des motifs que j’ignore. L’état de siège décrété par le général Conté est une occasion pour une armée républicaine, soucieuse de la protection des populations, de faire un coup d’Etat. J’espère, pour les Guinéens, qu’une initiative allant dans ce sens permettra de décanter la situation. Sinon, Conté est prêt à tout pour se maintenir ».

Souleymane Sylla (étudiant) :

« La situation en Guinée est regrettable, mais un régime en déclin a tout simplement besoin d’un coup de pouce pour mourir. Donc, les Guinéens ont intérêt à ne pas baisser les bras. Il est évident qu’il y aura d’autres morts et blessés, mais la liberté est au bout du tunnel. De toutes les façons, un pouvoir n’existe pas sans un peuple. Conté est plutôt digne d’un roi des siècles passés et non un chef d’Etat moderne, ouvert au dialogue et au partage du pouvoir
». », écrit Les Echos du 14 février 2007.


Le Mali ressent déjà la crise qui sévit en Guinée, comme en atteste la morosité qui s’est installée à la gare routière de Djicoroni Para, point de débarquement des passagers et marchandises en provenance de Guinée, et principale gare de départ du fret et des passagers vers ce pays.

Transporteurs et petits commerces qui gravitent autour de l’autogare sont réduits à l’inactivité …

La gare routière de Djikoroni Para …

« La crise politique qui secoue la Guinée voisine ne peut pas ne pas affecter notre pays. Depuis le déclenchement de l’agitation sociale chez notre voisin du sud-ouest, les relations commerciales entre les deux États sont perturbées comme en atteste la morosité qui s’est installée à la gare routière de Djicoroni. Bâtie sur environ 5 hectares et clôturée par de hauts murs en ciment, cette infrastructure est située entre les quartiers de Djicoroni et de Lafiabougou. C’est le point de débarquement des passagers et des marchandises en provenance de Guinée, et la principale gare de départ du fret et des passagers vers ce pays. En plus de la centaine de véhicules de transport (camions, bus et voitures Peugeot 505 et 504) qu’elle accueille quotidiennement, l’autogare est un important centre d’affaires qui fait vivre des milliers de familles à Bamako. », écrit L’essor du 14 février 2007.


Ambiance morose à la gare routière de Djikoroni depuis le déclenchement de la crise en Guinée …

« D’ordinaire, les jours sont fiévreux et les nuits mouvementées dans cette zone de la capitale. Le ronron incessant des voitures associé à la cohue des passagers, des vendeurs à la sauvette et des badauds, maintenaient la gare dans un état de bouillonnement permanent. Cette atmosphère de fête foraine s’est brutalement évaporée pour laisser place à un calme plat et pesant. La paralysie des activités de la grande gare est confirmée par Mohamed Touré. Gérant d’une boutique qu’il possède sur les lieux depuis plus de trois ans, il y vend du café, des vêtements et des chaussures qu’il importe de Guinée. « Il n’y a plus de mouvements », constate-t-il. La majorité de ses clients étant les chauffeurs et les passagers en provenance ou en partance pour la Guinée, le commerçant se tourne, en ce moment, les pouces.

Moussa Keïta dit Vieux, un autre commerçant qui tient un débit de boisson, abonde dans le même sens. « Mes principaux clients sont les voyageurs. Du déclenchement de la crise guinéenne à nos jours, mes ventes ont chuté. Les pertes se chiffrent entre 15.000 et 17.000 Fcfa par jour », assure-t-il.

Le manque à gagner est aussi important chez Abdoulaye Guitteye, vendeur d’eau minérale et de boissons gazeuses. Ses ventes, évalue-t-il, sont passées de 15.000 à moins de 3.000 Fcfa par jour.

La « gargotière » Assitan Camara se demande chaque jour si elle ne va pas devoir fermer boutique le lendemain par la faute du ralentissement des activités. Elle explique qu’elle cuisinait et écoulait 50 kilogrammes de riz par jour. L’arrêt du trafic a fait tomber ses ventes à 10 kilogrammes.

« Si les véhicules ne circulent plus entre le Mali et la Guinée, nous ne vivrons plus », s’alarme Philippe Ellie, un coiffeur qui s’est installé ici il y a une demi douzaine d’années. La majeure partie de ses clients est composée de voyageurs.

Le marché de la téléphonie était une autre activité très rentable à la gare de Djicoroni, comme en témoigne Amadou Keïta. Ce jeune diplômé gère la plus importante cabine téléphonique à l’entrée de la gare. Il évalue son gain hebdomadaire entre 200.000 et 500.000 Fcfa avant l’éclatement de la crise politique et sociale en Guinée. Aujourd’hui il encaisse à peine les 100.000 Fcfa. « Ici, c’est la Guinée », résume son voisin, Lassine Traoré, vendeur de pièces détachées. Convaincu que le sort de leurs activités dépend de la stabilité en Guinée, Traoré mesurant la gravité de la situation, n’écarte pas l’éventualité de la fermeture de son commerce, si la normalisation ne survient pas très vite de l’autre côté de la frontière.

Djogo Keïta n’est pas moins pessimiste. Réparateur et vendeur de pneus d’occasion à la gare, ses recettes ont fondu comme beurre au soleil, depuis le début des événements en Guinée. Certains commerçants ont déjà mis la clef sous le paillasson.

C’est le cas de Fatoumata Traoré, une vendeuse de médicaments. « Nous sommes approvisionnées par des fournisseurs en provenance de Guinée. S’il y a des problèmes là bas, nous ne pouvons pas nous en sortir », s’inquiète la quinquagénaire, désoeuvrée sous son hangar.

Saramadi Condé, est un des nombreux chauffeurs qui opèrent sur la ligne Conakry-Bamako. Aucun véhicule, assure-t-il, n’a quitté Bamako depuis dimanche pour la capitale guinéenne qui, rappelons-le, est le port le plus proche de Bamako. Dans le sens inverse, les chauffeurs font le voyage à leurs risques et périls en défiant les consignes données par l’intersyndicale guinéenne qui a demandé à tous les travailleurs d’observer la grève illimitée. « Nous sommes obligés de vivre. Quand un chauffeur ne voyage pas c’est toute sa famille qui le ressent. Car nous dépensons tout ce que nous avons comme économie », souligne Saramadi Condé.

Quant à Faganda Keïta, transporteur à la gare de Djicoroni, il souhaite l’implication des plus hautes autorités du Mali dans la résolution de la crise. Il estime, en effet, que la crise dépasse le seul cadre de la Guinée. Adama Doumbia, commissaire au comptes de la coordination nationale des syndicats et associations des chauffeurs et conducteurs du Mali (CNSCCM) est catégorique : « c’est l’asphyxie ». Quand on sait que leur travail est principalement axé sur le transport des hommes et des marchandises, il est aisé de mesurer l’épreuve qu’ils vivent aujourd’hui.

« Victimes collatérales », de la crise guinéenne les marchands de la gare de Djicoroni sont installés devant leurs étals, les mains sous le menton. Le regard vide, ils ont tous les yeux tournés vers la route de la Guinée. Ils l’imaginent certainement encombrée par la reprise du trafic. Puis ils reprennent pied dans le cauchemar qu’est devenu leur quotidien. Pas un véhicule à l’horizon, juste la route qui poudroie …
», écrit L’essor du 14 février 2007.