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Entre la mairie de la commune III du District de Bamako et certains habitants du quartier N’tomikorobougou, la tension est vive. En effet, tout est parti d’un projet de construction d’une auto gare dans le marché de N’tomikorobougou. Ce projet devait être lancé le jeudi 10 août.

Cette décision a suscité l’ire des natifs du quartier, qui, le dimanche 6 août, ont manifesté et tenu une Assemblée générale pour protester contre la construction d’une gare routière dans leur quartier.

Ainsi, lundi 7 août, sous la pression de certains habitants de N’tomikorobougou, le maire de la Commune III du District de Bamako Abdel Kader Sidibé, soucieux de maintenir un climat de paix dans sa circonscription, a décidé de suspendre l’exécution du projet, lors d’une session extraordinaire du conseil communal. Cependant, une décision définitive sera prise prochainement et les habitants du quartier ne sont toujours pas rassurés sur leur sort…

Les journaux titrent :

Les Echos du 08 août 2006 : « projet d’installation d’une auto gare, N’tomikorobougou promet le jeudi noir à la Commune III ».

Nouvel horizon du 9 août 2006 : « Construction de l’auto gare de N’tomikorobougou
La mairie suspend l’exécution des travaux
».

Les Echos du 09 août 2006 : « Ntomikorobougou, Le maire de la Commune III renonce à l’auto-gare ».

Les Echos du 10 août 2006 : « Sursis a l’implantation de l’autogare, Des résidents de N’tomikorobougou insatisfaits ».

Pourquoi tout ce remue-ménage …

« Entre la mairie de la commune III du District de Bamako et certains habitants du quartier N’tomikorobougou, la tension est vive. Tout est parti d’un projet de construction d’une auto gare dans le marché de N’tomikorobougou. Ledit projet de construction a été approuvé depuis 1999 lors d’un conseil communal extraordinaire tenu le 04 mai de la même année.

A l’époque, sur les 33 membres du conseil communal, 29 conseillers ont délibéré et adopté le projet d’aménagement de deux marchés: celui de Dravéla Bolibana et celui de N’tomikorobougou avec l’implication des Maliens de l’Extérieur. Le conseil a aussi donné mandat au bureau de constituer une commission chargée du suivi de ce dossier. L’aménagement du marché de Dravéla a été réalisé sans peine en fin 2003, juste avant le départ de l’ancien conseil communal. Aujourd’hui, la partie du marché de Dravéla Bolibana qui a été aménagée est occupée par les vendeurs de cola.

L’espace à aménager à N’tomikorobougou est situé en plein marché. Le site prévu pour être aménagé au marché de N’tomikorobougou est en ce moment occupé par des installations dites “insalubres” par l’entreprise adjudicatrice de l’appel d’offre: ce que notre entrepreneur appelle “installations insalubres” sont constituées de kiosques, de hangars en paille etc.

Le 06 février 2006, l’entreprise SIKPK adjudicatrice dudit marche a adressé à la mairie de la commune une lettre portant l’obtention d’une autorisation d’installation de la gare routière du marché de N’tomikorobougou et les travaux devaient connaître un début d’exécution à partir d’août 2006. Après des études de faisabilité, l’autorisation de déguerpir a été donnée aux occupants du site. Ceux-ci, pour la plupart, ont opposé un refus catégorique. Ils furent soutenus dans leur résistance par certains hommes politiques dont le Dr Moussa Balla Diakité, conseiller municipal élu à N’tomikorobougou, de surcroît membre du conseil communal qui a décidé en 1999 de l’aménagement de l’espace en litige. A la mairie de la Commune III, on soutient que ce projet fait partie du plan de développement du marché.

Puisqu’il s’agissait de réaliser un vieux projet datant de 1999, voilà que les vieux démons se sont réveillés. Une pétition contre la réalisation du projet est en circulation dans le quartier. Elle aurait enregistré plus de 1 000 signatures. Le dimanche dernier, une assemblée générale a eu lieu au domicile de l’ex-chef du quartier après une marche de protestation. Les manifestants ont remis ça le lundi 07 août 2006 en organisant leur deuxième marche de protestation. Ils ont failli perturber le conseil communal qui était en session extraordinaire; une copie de la pétition a été remise au maire, a-t-on appris.
», écrit Nouvel horizon du 9 août 2006.

« Il y a deux mois, la mairie de la Commune III a choisi une partie du marché de N’tomikorobougou pour installer une auto gare. Déjà, sous le régime de l’ex-parti unique (UDPM), cet espace avait été réservé pour abriter une mosquée et un parking automobile. Mais ces projets n’avaient jamais été exécutés. Au point que les espaces en question avaient reçu d’autres occupations.
Mais la mairie de la Commune III, soucieuse de l’urbanisation de sa circonscription, veut aujourd’hui remettre les choses à l’endroit. Apparemment cela n’est pas du goût de certaines populations, en l’occurrence celles de N’tominkorobougou décidées à triompher de la volonté des autorités communales.
En attendant qu’une solution soit trouvée à ce quiproquo, le maire de la Commune III a informé les détaillants qui sont installés sur l’espace prévu pour l’auto gare de déguerpir avant jeudi.
Cette annonce a davantage mis le quartier en ébullition. Ses ressortissants ont organisé dimanche soir une marche de protestation qui a pris fin aux environs de 21 h par une assemblée générale chez leur ex-chef de village
. », écrit Les Echos du 08 août 2006.

Griefs émis par les habitants de N’Tomikorobougou contre l’installation de l’auto gare dans leur quartier…

« A l’assemblée générale du dimanche 06 août dernier, plusieurs orateurs ont exprimé leurs inquiétudes liées au danger d’une cohabitation avec une auto gare. Selon eux, la gare routière est un lieu par excellence de la déperdition des moeurs. Prostitution, vol, viol, drogue et autres stupéfiants sont généralement monnaies courantes dans les gares routières. C’est l’argumentaire développé par certaines personnes pour s’opposer à l’exécution du projet d’auto gare de N’Tomikorobougou.», écrit Nouvel horizon du 9 août 2006.

« L’installation d’une gare routière au beau milieu de notre quartier n’est pas pour nous rassurer pour qui sait qu’une auto-gare est le terreau fertile au banditisme, à la drogue, à la prostitution… », a pesté un participant à l’AG.

« Nous allons faire don de notre vie pour que la décision ne soit pas. La mairie devra marcher sur nos cadavres avant d’installer une gare routière ici. Nous sommes totalement concernés par l’éducation de nos enfants qui ne seront qu’exposés à la déperdition avec la proximité d’une gare routière », a ajouté un autre intervenant.

Moussa Balla Diakité, conseiller municipal, a, pour sa part, indiqué avoir déjà signifié au maire le refus du quartier d’abriter une gare routière. « Il m’a répondu que c’est une décision communale. Mais je ne me rappelle pas avoir participé à la prise d’une telle décision », a ajouté l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, dont le domicile familial est tout proche de l’espace en question.

Intervenant à son tour, le président du Collectif des jeunes de N’tomikorobougou a juré qu’ils sont prêts à mourir que de cohabiter avec une auto gare.

« Le maire a été averti. Mais il a affirmé que c’est la décision du conseil municipal. Nous lui avons dit de nous montrer la décision, il en a été incapable », a réitéré l’ex-membre du gouvernement.

« Nous avons une pétition de 1000 signatures. On va la montrer à M. le maire. S’il ne change pas sa décision, nous allons tous mourir jeudi prochain dans notre marché », a dit Ibrahim Kéita, un jeune du quartier. », écrit Les Echos du 08 août 2006.

Ainsi, suite à tout ce remue-ménage, lundi 7 août, au cours d’une session du conseil municipal à la mairie de la Commune III, le maire Abdel Kader Sidibé, soucieux de la quiétude dans sa circonscription, a décidé se surseoir au projet d’aménagement d’une gare routière au marché de N’tomikorobougou. Une décision définitive sera prise prochainement…

« Le maire de la commune III de Bamako a demandé au conseil communal de surseoir au projet d’aménagement du marché de N’tomikorobougou dont les travaux devraient commencer demain jeudi. La décision est intervenue après que les résidents de N’tomikorobougou eurent présenté au maire la pétition signée par plus de mille personnes.

Selon le chargé à la communication de la mairie, Oumar Baba Traoré, il existait bien une décision n°004 MC-III-DB de 1999 qui, en son article 5 avait pris la décision d’aménagement du marché des marchés de N’tomikorobougou et Dravéla-Bolibana avec l’implication des Maliens de l’extérieur.

A en croire M. Traoré, Moussa Balla Diakité n’avait pas participé à la réunion et avait donné mandat par procuration à Yamadou Diallo d’agir en son nom. Selon M. Traoré, les travaux de réaménagement du marché ont été confiés à l’entreprise Sikof et non à ABK.

Pour le chargé de communication si le nombre de signatures mentionnées est vérifié, cela est suffisant pour faire annuler la décision de réaménagement du marché.
», écrit Les Echos du 09 août 2006.


Malgré ce sursis, les habitants de N’tomikorobougou, restent sur le qui-vive, car ils craignent que les autorités ne remettent le projet à plus tard …

« Cheick Oumar Traoré (technicien bâtiment) :

« Le maire a sursis à sa décision pour calmer la population. Je suis technicien en dessin bâtiment. Je sais que cette décision du maire de surseoir au projet de l’auto gare n’empêche pas la mairie de faire déguerpir un jour ou l’autre les détaillants pour ce même projet. L’entreprise avec qui la mairie a convenu de l’achat de l’espace peut venir, même 5 ans après, construire son auto gare. Les conseillers qui sont avec nous doivent vérifier au bureau des domaines de la mairie l’évolution de l’espace en question. Sinon, le jour où l’entreprise a son permis de construire, rien ne pourra l’arrêter ».

Amadou Traoré (étudiant) :

« Le fait de surseoir à la date de déguerpissement des détaillants de notre marché a été une bonne chose de la part de notre maire. Cela permettra à la mairie de trouver, entre temps, une solution judicieuse à la situation. Je veux que le maire tienne compte de la préoccupation de la population de sa Commune lors de la prise d’une nouvelle décision ».

Bakary Traoré (enseignant) :

« Ce sursis de la date d’aménagement de notre marché ne suffit pas. On veut une décision qui annule le projet d’installation d’une auto gare dans notre quartier ».

Karamoko Kaba (détaillant au marché) :

« La décision du maire m’a beaucoup plu. Nous ne sommes pas contre l’aménagement du marché, mais c’est le projet d’installation de l’auto gare qui ne nous plaît pas. On veut qu’il l’annule ».

Abdoulaye Diarra (détaillant au marché) :

« On veut l’aménagement, pas l’auto-gare. Que le maire sursisse à sa décision ou pas, nous nous sommes décidés de faire tout pour que l’auto gare ne soit pas ici. Je veux que la mairie annule cette décision d’installation. A la place de la gare routière qu’elle construise des boutiques et d’autres choses agréables
». », écrit Les Echos du 10 août 2006.