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Immigration clandestine : les 47 refoulés du Maroc racontent leur calvaire

Le 5 septembre dernier, sont arrivés en trois groupes à Bamako, 47 refoulés du Maroc: un premier groupe de 21 refoulés a été suivi par un second et un troisième groupe de 19 et de 7 refoulés. Parmi ce groupe se trouvaient 39 Maliens, 5 Sénégalais deux Ivoiriens et 1 Guinéen.

Rapatriés par les soins de l’ambassade du Mali en Mauritanie, les refoulés, après avoir passé six jours d’errance en haute mer sans eau ni nourriture et trois jours à la belle étoile dans le désert, ont pu regagner le Mali.
A leur arrivée sur le territoire malien, ils ont été logés à la brigade des sapeurs pompiers de Sogoniko. Les maliens ont été acheminés dans leurs villes d’origine. Quant aux étrangers, eux, vont être conduits à leur frontière respective, puis remis aux autorités de leurs pays d’origine.


Les journaux titrent :

L’Indépendant du 08 septembre 2006 : « Immigration clandestine: Rencontre avec les 47 refoulés du Maroc ».

Les Echos du 07 septembre 2006 : « Expulsés du Maroc : Un Malien et un Sénégalais racontent leur malheur ».


Les refoulés sont arrivés à Bamako le 5 septembre en trois groupes …

« Les refoulés sont arrivés à Bamako le 5 septembre en trois groupes : un premier groupe de 21 refoulés suivis par un second et un troisième groupe de 19 et de 7 refoulés.

Rapatriés par les soins de l’ambassade du Mali en Mauritanie, ils ont été logés à la brigade des sapeurs pompiers de Sogoniko avant d’être acheminés dans leurs villes d’origine, en ce qui concerne les Maliens, par les soins de la Protection civile.

Les 5 Sénégalais ont été conduits à Kayes, les deux Ivoiriens à Sikasso et le Guinéen à Kangaba par les soins de la Direction régionale de la protection civile qui va les conduire aux frontières sénégalaises, ivoiriennes et guinéennes avant de les remettre aux autorités de leurs pays d’origine.
», écrit L’Indépendant du 08 septembre 2006.

Le rêve de ces refoulés de franchir les frontières de l’Europe s’est brisé sur les eaux territoriales du Maroc et dans le lointain désert du Sahara mauritanien. Aujourd’hui, ils sont retournés à la case départ les mains vides. Certains d’entre eux témoignent …

« Partis des côtes mauritaniennes de Nouadhibou, le 17 août 2006, les candidats à l’immigration, tous ressortissants de la sous région, croyaient rallier dans les trois jours qui suivent les îles espagnoles des Canaries.

Chacun d’eux s’était mis à contribution jusqu’à hauteur de 800 000 FCFA pour couvrir les frais de transport et de provisions en nourriture et en eau.

Arrivé en haute mer, le capitaine du bateau découvrit avec stupéfaction que la boussole qui devait les guider jusqu’au nouvel eldorado s’était endommagé en prenant l’eau.

Le bateau avec à son bord une soixantaine de personnes, y compris les membres de l’équipage, a donc perdu sa direction et a commencé à errer dans la mer. Après le troisième jour, les conditions de vie dans le bateau devenaient intenables, puisque les provisions d’eau et de nourriture étaient déjà épuisées.

Le sixième jour, ils se sont retrouvés par hasard dans les eaux territoriales marocaines. Coup de chance, ils croisèrent sur leur chemin un chalutier marocain qui leur vint aussitôt en aide. Le capitaine de ce bateau leur a donc remis un sac de pain et un bidon d’eau.

Les candidats à l’immigration lui demandèrent de les guider vers l’Espagne, mais ce dernier leur indiqua plutôt la direction du Maroc et alerta aussitôt la marine marocaine. Ils furent rattrapés dans les trente minutes qui suivirent et conduits à la base de Dacla où ils reçurent chacun un bidon d’eau et du pain.

Aux environs de 21 heures, selon les refoulés, le capitaine du bateau qui avait peur des sanctions à son encontre, décida de fuir avec les refoulés pour tenter de rallier les côtes mauritaniennes. La marine s’est mise aussitôt à leur poursuite, mais craignant de mettre la vie des occupants en danger, elle dut abandonner la poursuite.

Après avoir échappé à la mort en haute mer, les candidats à l’immigration ne savaient pas que le plus dur restait à venir.

Le jeune Ivoirien, Diabaté Mory, l’un des refoulés raconte. «Les vagues étant tellement violentes, nous avions cherché un coin assez calme pour passer la nuit. Par désespoir plus que par déception, trois candidats à l’immigration piquèrent des crises de folie. Ils ne voulaient en aucun cas retourner en Mauritanie et menaçaient de se jeter dans la mer. Nous étions donc obligés de les ligoter. Vers les coups de dix heures, croyant que nous étions déjà arrivés en Mauritanie comme nous l’a laissé croire le capitaine de notre bateau qui voulait tout simplement se débarrasser de nous, on a décidé de mettre pied à terre. Mais c’était malheureusement sur la côte marocaine. La pirogue est donc repartie, laissant sur la plage 48 personnes.

«Nous nous sommes mis à courir dans toutes les directions, mais c’était pour nous retrouver face à face avec les militaires marocains. Informés que nous sommes nombreux, ils nous avisèrent que le secteur est plein de mines et qu’il fallait faire très attention. Ils prirent un véhicule et allèrent à la recherche des autres pour les conduire à Candar. Ici, les soldats marocains ont remis cinq pains et cinq sardines à chacun de nous et sont venus nous déposer à six kilomètres de la frontière mauritanienne. Tout le monde était fatigué et il y avait beaucoup de malades parmi nous. Nous avons marcher jusqu’au premier poste de la gendarmerie de la Mauritanie mais les gendarmes nous ont interdit d’entrer sur leur territoire. On est donc resté là, sous une chaleur Torride. Marcel Traoré, qui était gravement malade et très fatigué a fini par rendre l’âme. Voyant cela, les gendarmes nous ont aussitôt apporté 5 bidons d’eau. Nous sommes restés pendant 5 heures sous une chaleur d’enfer et aux environs de 19 heures il a plu sur nous. A cause des malades qu’il y avait parmi nous, nous avions décidé d’entrer sur le territoire mauritanien et dit aux gendarmes, si vous voulez, tuez nous. Ils nous ont dit de nous calmer et vers 24 heures, un médecin qui travaille pour l’Espagne nous a amené l’eau, la nourriture, et trois bâches. A partir de ce moment on a commencé à donner des soins médicaux aux malades jusqu’au moment où nous avons enfin été rapatriés vers le Mali
». », écrit L’Indépendant du 08 septembre 2006.

« Nous étions 51 personnes à bord d’un bateau qui s’est égaré sur les eaux. Nous sommes restés quatre jours cloîtrés dans cette embarcation de fortune. C’est une patrouille marocaine qui nous a repéré pour nous conduire dans ce pays. Nous avons tenté de fuir au cours de la nuit car nous savions ce qui nous attendait là-bas. Mais ils nous ont rattrapés », témoigne Lamine Cissé, 26 ans.

Affamés et assoiffés, les jeunes candidats à l’immigration en Europe vont alors se régaler de miches de pain et de quelques boîtes de sardine, avant d’être reconduits à la frontière. Commence alors pour eux une marche vers une destination inconnue.

« Nous avons pris la route, je ne sais plus combien de kilomètres nous avons marché jusqu’à un poste de contrôle. C’était la frontière mauritanienne. Les policiers nous ont sommé de retourner sur nos pas. Nous avons dit ‘niet’. Ils ont brutalisé deux d’entre nous. Malgré tout, nous avons décidé de rester parce que nous étions très fatigués. Il a fallu qu’un de nos collègues, un Malien de Didiéni, rende l’âme sous leurs yeux pour qu’ils nous laissent en paix », explique-t-il. Il ajoute que le corps est resté trois jours à l’air. « Ils nous ont interdit de le toucher. C’est quand il a commencé à se décomposer qu’ils l’ont mis sous terre », raconte-t-il.

Echec et mât ?

Les 50 autres candidats seront ainsi pris en charge par la Croix-Rouge avec comme viatiques des boîtes de sardine, de pain et des tentes. « Nous avons cru qu’on nous bluffait lorsqu’on est venu nous annoncer l’arrivée d’un ministre malien venu à notre rescousse. Après une nuit à l’ambassade du Mali à Nouakchott, nous avons rejoint notre pays mardi après-midi ».

Qu’est-ce qui peut bien pousser ces jeunes dans une aventure aussi risquée ?

« Ici, il n’y a pas de travail. C’est la misère totale. J’ai 5 frères en Espagne qui m’ont envoyé de l’argent pour le visa que j’ai cherché en vain. J’ai alors décidé de partir par la voie terrestre », répond Mohamed Camara, un Sénégalais de 22 ans qui a été rapatrié à Bamako. Mohamed, qui prétend avoir perdu 1500 euros (plus de 950 000 F CFA) dans cette mésaventure, ne perd tout espoir. « Je vais appeler mes frères pour qu’ils m’aident à les rejoindre », dit-il.

Tel n’est pas l’avis du jeune Malien qui a décidé de jeter l’éponge. « C’est vrai qu’il n’y a rien ici, même l’agriculture n’est plus rentable. Je ne souhaiterai pas revivre une telle aventure. Je ne pensais pas que j’allais revenir sain et sauf. Je vais passer quelque temps ici pour chercher un peu d’argent avant de regagner mon village ».

Selon un agent de la direction nationale de la protection civile, les 9 étrangers du convoi (des Sénégalais et des Guinéens) seront remis à leurs ambassades à Bamako. Les « locaux » seront très prochainement acheminés dans leurs villages respectifs.
», écrit Les Echos du 07 septembre 2006.