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Dans sa parution du 7 juillet, Les Echos , dans les colonnes de leur « Tribune » font à travers Hamidou Ongoïba
(BP E 1045/Tél. 671 65 33, membre de l’Association démocratie et justice, ADJ), le constat suivant :

« Les avatars du consensus »

Les mois de mai et juin 2006 ont été riches en évènements : attaque des garnisons de Kidal et Ménaka, publication du Manifeste pour la démocratie et réactions suscitées par lesdits événements. Le traitement que leur ont accordé le gouvernement et les médias d’Etat est venu corroborer à tous ceux qui doutaient encore que la démocratie à la malienne, le consensus, n’est qu’un leurre, un véritable jeu de dupes.

Examinons tout d’abord le comportement des médias vis-à-vis de ces évènements.

Malgré les efforts titanesques déployés par les médias d’Etat pour faire du 8 juin, date anniversaire du retour du président ATT au pouvoir, cette fois-ci par la voie des urnes – n’en déplaise à la Jeunesse du Mouvement citoyen pour qui, ATT a trouvé le pouvoir par terre en 2002 – force est de constater que cette campagne médiatique tous azimuts a eu du plomb dans l’aile. En effet, deux évènements ont terni cet anniversaire que courtisans, laudateurs et autres prébendiers voulaient immaculé et éclatant. Ceux-ci lui ont ravi la vedette aussi bien dans l’actualité nationale qu’internationale.

Le premier, précédant le 8 juin est l’attaque et l’occupation des casernes militaires de Ménaka et Kidal le 23 mai 2006 ; le second, la publication le lundi 9 juin 2006, du Manifeste pour la démocratie par un groupe de démocrates de divers horizons. Le traitement médiatique des deux évènements montre hélas, que la presse d’Etat demeure encore au Mali, une presse bâillonnée.

– Est-ce de l’autocensure ?
– Serait-ce un déficit de professionnalisme ?
– Est-ce le consensus qui fait qu’il n’y a plus de débats politiques à la radio et à la télévision ?

Et pourtant ce ne sont pas des problèmes à résoudre qui manquent au Mali ! Heureusement qu’il y a sur la place, des hommes et des femmes de médias privés, courageux, qui croient réellement à leur devoir d’informer et qui le font de belle manière !

L’attaque crapuleuse des garnisons de Ménaka et Kidal par une poignée de soldats déserteurs de l’armée malienne ne pouvait être tue, parce que la presse internationale l’avait ébruitée et que le Septentrion malien, particulièrement la zone de Kidal, reste une zone très sensible à cause des rébellions dites touarègues des années 60 et 80 du siècle dernier. Le président de la République, ATT, lui-même est monté au créneau depuis Diéma en première région où il se trouvait, pour demander au peuple malien de ne point faire d’amalgame entre cette poignée de soldats déserteurs et les populations touarègues de Kidal en particulier et du Mali en général.

Cette démarcation qui allait dans le sens de l’apaisement et de la tolérance a été bien accueillie par tout le peuple malien. Malheureusement, pour en savoir plus, notamment de l’évolution du problème, il faut se rabattre uniquement sur la presse privée ; pour les organes d’Etat, mutisme et black-out total : témoin, les dernières révélations des accords dits d’Alger que le gouvernement a signés !


Quant au deuxième événement
, la publication du Manifeste pour la démocratie, il a été soit doctement ignoré par les médias d’Etat, soit qu’on a pernicieusement parlé de lui. C’est ainsi que l’organe officiel L’Essor n°15726 du 20 juin 2006, dans la rubrique « L’avenir politique du Mali », sous la plume du politologue maison qui écrit sous le pseudonyme Kalifà, on lit : Le « Manifeste » vient tout à la fois trop tard et trop tôt.

Il faut dire ici, qu’à notre humble avis, l’intellectuellement correct aurait été de publier intégralement le texte du Manifeste, ou d’en donner une référence, ensuite de le critiquer. A ce moment, il aurait été loisible au lecteur de porter un jugement plus objectif sur le contenu du Manifeste et sur le commentaire fait par Kalifà. C’est de cette façon que la plupart des journaux de la place ont procédé, même s’ils n’ont pas concomitamment effectué publication et commentaires.
Pour en revenir au premier événement, les révélations faites par la presse privée les lundi 3 et mardi 4 juillet 2006 se sont confirmées, et elles dénotent plus qu’on ne le croit, la pratique que dénonçait le Manifeste à savoir : « la dépolitisation intégrale de la gestion de notre nation et comme corollaire logique à cet état de fait, l’émergence et la promotion de la culture de l’informel ».

Elles confortent les signataires du Manifeste pour la démocratie et tous les démocrates sincères dans leur opinion selon laquelle : « … les partis politiques n’ont qu’une existence virtuelle dans notre pays, car ne jouant qu’un rôle de faire-valoir dans la gestion de l’Etat… ».

En effet, comment comprendre que ce problème du Nord soit traité, négocié et signé sans que les élus de la nation, c’est-à-dire les politiques n’aient leur mot à dire ?

Comment comprendre que des accords qui engagent toute la nation malienne, par certains de ses aspects jusque dans ses fondements, puissent être signés au nom du pays sans se référer aux autres institutions de la République notamment l’Assemblée Nationale détentrice du suffrage du peuple ?

Comment comprendre qu’une poignée de rebelles, des déserteurs de l’armée nationale de surcroît, puisse représenter le peuple de Kidal ?

– Où sont donc passés les élus locaux ?
– Que deviennent les conseils communaux ?
– Que deviennent les conseils des cercles ?
– Que devient l’Assemblée régionale ?
– Que deviennent les chefs de fractions ?
– Sont-ce là que des institutions folkloriques sans représentativité ?

Le peuple a droit à l’intégralité des accords ; le peuple a droit à la vérité.

– Que font les partis politiques ?

Est-ce cela le consensus ? C’est-à-dire le désintéressement aux problèmes de la nation ? L’absence de débats politiques, la passivité sinon la démission des partis politiques face aux problèmes de la nation, ne seraient-elles pas les avatars du fameux consensus ?

En ce qui conserne la controverse générée par le retrait du préavis de grève déposée par la Douane, le Nouvel Horizon donne la parole à Mohamed Bassirou Camara qui représente le syndicat des douanes au Syntade ainsi qu’au Conseil Economique, Social et Culturel, dans sa parution du 7 juillet, sous le titre : « Crise à la section syndicale des douanes : Mohamed Bassirou Camara s’explique« .

Bamako, le 7 juillet 2006