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web-29.jpg«Le sein est sain» énonce le slogan chéri par les spécialistes de la nutrition infantile pour convaincre les jeunes mères d’adopter l’allaitement au sein pour leur enfant. L’intense campagne de communication en faveur de l’allaitement maternel ranime des traditions qui sont encore fraîches dans les mémoires, même des citadines.

L’exemple de MTK prouve que l’explication a été convaincante et que les filles prennent conscience de l’importance du sein dans la croissance de leur nouveau-né.

MTK est une jeune fille courageuse. Elle vit dans une institution religieuse. La demoiselle a contracté une grossesse non souhaitée, il y a 12 mois. Lorsqu’elle eut connaissance de son état, elle en informa son amant. Le futur père a longtemps hésité avant d’assumer ses responsabilités et de reconnaître la paternité de l’enfant annoncé. Cette reconnaissance resta cependant formelle car le jeune homme n’apportera aucun soutien matériel à la jeune fille. Elle vécut seule l’appréhension, les douleurs et les charges de la grossesse. Elle se rendait à ses frais à la maternité pour les examens de routine. Les ordonnances étaient réglées par l’institution religieuse où elle est encore hébergée.

En juin dernier, MTK donna naissance à un garçon dans la famille de son amant. Les parents de ce dernier accueillirent le nouveau-né dans la joie. Mais cette allégresse ne dura pas. Quelques jours plus tard, « la belle-fille » fut contrainte de quitter ses « beaux-parents » car leur comportement à son égard avait changé du tout au tout. Au moment de la séparation, sa belle-mère lui recommanda de revenir leur donner le bébé lorsqu’il aurait trois mois. La famille paternelle le garderait ainsi définitivement.

La jeune fille écouta cette recommandation sans dire mot, et s’en alla avec son enfant. Elle l’allaita au sein jusqu’à dimanche dernier. Cette nuit-là, elle reçut un appel de son amant. Il demanda pourquoi elle tardait à ramener l’enfant, le bébé ayant désormais plus de trois mois. Depuis le jour où elle avait été renvoyée de la famille de son petit ami, MTK avait, fort heureusement, bénéficié de l’assistance de la mère d’une de ses amies. Cette femme compréhensive avait accepté de prendre en charge la garde du nourrisson. Ainsi MTK n’avait pas dû interrompre ses études.

Elle répondit à son ancien amant qu’elle ne pouvait pas se séparer de son enfant à l’âge de trois mois. Elle tenta de lui expliquer que le bébé était encore trop fragile pour se développer sans le lait maternel. Et certainement aussi, sans l’amour de sa mère.

Le père particulièrement inconscient, piqua une vive colère et menaça d’aller reprendre « son » enfant. Sans monter le ton, la jeune mère précisa qu’elle ne s’opposait pas au retour de l’enfant dans la famille paternelle mais qu’elle souhaitait le faire quand il aura atteint six mois. Le jeune homme ne voulut rien comprendre. Il se mit à vociférer et la jeune fille prit peur. Elle raccrocha le téléphone et attendit impatiemment le lever du jour. Très tôt, hier lundi, MTK se rendit au commissariat du 11e arrondissement. Elle exposa son problème à l’inspecteur Daouda T. Diarra. «Je ne veux pas les convoquer, mais l’enfant est encore trop petit pour être remis à son père», a-t-elle plaidé auprès du policier.

Daouda T. Diarra la calma et lui conseilla de rentrer chez elle en lui remettant son numéro de téléphone et celui du commissariat. Il lui demanda de le prévenir si le garçon se présentait pour lui retirer le nourrisson. Cette assurance réconforta MTK. Elle quitta le commissariat heureuse de savoir que nul ne pourrait lui prendre son enfant de force et sans raison fondée.

G. A. DICKO – Essor

11 septembre 2007