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L’Espace d’Interpellation Démocratique (EID) a été institué au Mali en 1994. La 13ème édition eu lieu le 10 décembre 2008. L’évènement de cette année qui met face à face les gouvernants et les gouvernés sur les pratiques des droits de l’homme a été couplé à la célébration du soixantième anniversaire de la déclaration universelle des Droits de l’Homme et des Peuples le 10 décembre 1948.

Au commencement, l’EID suscita un grand intérêt au sein de la population dont les droits sont constamment bafoués par certains agents de l’administration publique. Pour ces catégories de populations, l’EID était l’occasion rêvée pour qu’elles soient remises dans leurs droits, ce qui n’est pas toujours le cas.

C’est pourquoi, d’année en année, l’Espace d’Interpellation Démocratique (EID) perd son caractère d’indépendance des faits et pratiques de certains agents de l’administration qui cherchent coûte que coûte à s’accrocher à leur fauteuil au grand dam des citoyens dont les droits sont violés.


Des attentes non comblées

Ainsi, depuis plus de dix ans, des dossiers d’interpellation déjà traités reviennent sans cesse parce qu’ils n’ont pas été exécutés, plusieurs autres dossiers sont purement et simplement rejetés par les commissions nationales d’organisation. Les auteurs des dossiers rejetés pensent que leurs interpellations sont dérangeants pour les départements d’où leurs rejets.

En tout état de cause, pour cette année, sur plus de cent requêtes déposées, seulement dix sept ont été acceptées et les autres retirées du circuit. L’un des interpellateurs de la 13ème édition, à savoir le président de l’Associaiton Malienne pour la Défense des Droits des Détenus (A.D.D.M-SOS), M. Basile D. Guindo, juriste de son état (ex-détenu) dont le dossier a été rejeté, attire l’attention des pouvoirs publics sur l’engorgement de la Maison Centrale d’Arrêt de Bamako, l’alimentation des détenus, leur état de santé entre autres violations des droits de l’homme.

Les repas des prisonniers

La Maison Centrale d’Arrêt de Bamako (MCAB) a été construite depuis l’époque coloniale pour une capacité de 400 détenus. Actuellement, elle en compte plus de 1 800. Ces prisonniers, pour la plupart, sont nourris à l’ordinaire comme c’est le cas dans les garnisons militaires où les recrues s’alimentent autour d’un grand plat commun. Comme la plupart des citoyens ordinaires, les prisonniers mangent trois fois par jour (matin, midi et soir).

Mais cela n’est pas le problème, là où le bas blesse, c’est que la qualité de ces repas laisse à désirer. Le matin, les prisonniers prennent une bouillie très mal préparée que l’on appelle dans leur jargon le “zago”. Selon un membre influent de SOS détenu, l’administration pénitentiaire ne met jamais du sucre au “zago” servi en général entre 7 heures et 8 heures.

Pour le déjeuner généralement entre midi et 13 heures, c’est du “tô” qui est servi. Selon la même source, cet repas n’est jamais accompagné de la viande. Cela veut dire que dans nos prisons, pas de sucre et de viande. Puisque les portes et fenêtres des prisons se ferment à 18 heures, le dîner également du “tô” en général est servi vers 16 heures.

Exceptionnellement, les jours de fête les repas sont un peu bons avec un peu de viande et de sucre. La qualité très mauvaise des repas insuffisants d’ailleurs a des conséquences sur la santé des détenus.

De l’engorgement des prisons

Les renvois intempestifs des audiences et des délibérés, les chantages et concussions entre les détenus et certains agents des tribunaux, voilà entre autres calvaires qui sont des pratiques courantes dans les milieux juridiques et judiciaires au Mali. Ces pratiques peu orthodoxes sont des actes qui contribuent à l’engorgement des prisons. Ici, l’arbre cache la forêt, puisque des détenus incarcérés pour citation directe, relevant du parquet sont aujourd’hui jugés à temps. Cela mérite d’être encouragé et poursuit.

Quant aux différents dossiers orientés vers les magistrats au siège pour informations, ils souffrent de la lenteur des procédures. Faut-il en vouloir à ces juges d’instruction quand on sait que la loi les autorise un delai de 3 ans (1an renouvelable 2 fois)?


Daba Balla KEITA

15 Décembre 2008