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Le procès intenté par le Bureau malien du droit d’auteur (Bumda) contre Africable sort du cadre ordinaire d’un simple litige. Les 40 millions de F CFA réclamés à Africable sur 4 ans montrent la vraie face du Bumda longtemps accusé par les artistes de ne pas défendre leurs intérêts.

Quarante millions de F CFA : telle est la rondelette somme que le Bumda réclame à Africable sur 4 ans. Ce montant représente une moyenne de 10 millions par an que le Bumda estime que son client doit lui reverser au titre de droits d’auteur. Le contentieux, porté devant le Tribunal de la Commune VI, a fait l’objet de condamnation d’Africable de la somme de 53 millions de F CFA comprenant les pénalités.

Pour en revenir au contentieux, Africable version originelle et Bumda avaient signé un protocole de reversement en 2001. Cet accord a duré un an avant qu’Africable ne soit racheté en 2004 par Ismaïla Sidibé, son PDG, grâce à un financement bancaire et des exonérations du gouvernement. La chaîne créée en 2000 avec des partenaires étrangers était à l’origine cryptée et destinée aux réseaux câblés.

N’ayant pas encore d’autorisation d’émettre à partir de Bamako, elle était mise en boîte en France (RFO) et diffusée par satellite en Afrique. Cette expérience a été de courte durée à cause de la faiblesse des revenus générés. Pour certainement étancher sa soif d’argent, le Bumda a dû exhumer l’ancien contrat de 2001 pour réclamer des arriérés de reversements allant de 2004 à 2008 et s’élevant à 40 millions de F CFA.

Africable qui a fêté ses 4 ans au mois de juin n’est plus un enjeu national ou sous-régional mais continental, voire mondial. Cette chaîne, par la force et le courage de son principal initiateur et ses principaux animateurs, s’est taillée une place de choix sur la scène médiatique africaine.

Elle est au rendez-vous des grands événements de tous les pays et sert même de tribune aux chefs d’Etat de dire haut et fort leurs ambitions pour leurs pays et pour l’Afrique. Ce rayonnement fulgurant fait des jaloux, comme le Bumda, qui précisément pense que c’est l’occasion plus que jamais d’avoir sa part du gâteau.

Cabale

L’acte du Bumda d’intenter un procès à un particulier mérite d’être analysé sous tous ses angles. Il est opportun de connaître qui paye quoi à ce service, où va l’argent perçu, qu’est-ce que les artistes y gagnent ? Ce questionnement est d’autant plus important qu’on ne peut pas comprendre l’acharnement du Bumda sur Africable. C’est d’ailleurs la toute première fois que le Bumda intente un procès contre une structure de TV ou radio au niveau national et même international alors que biens d’utilisateurs d’œuvres artistiques et culturelles ne se bousculent pas à ses portes.

Les fameux stickers que Bumda a trouvés pour contrecarrer la piraterie ont pratiquement été un blanc-seing aux faussaires. Puisque les mêmes stickers se retrouvent sur les cassettes de contrefaçon sans qu’on sache comment ils sont sortis des magasins du Bumda.

Pendant que le Bumda s’accroche au fameux protocole, Multicanal-SA, une autre société de rediffusion d’images cryptées par satellite appartenant à Ismaïla Sidibé paye par an, 3 millions de F CFA rien que pour ses 45 chaînes. Dans le même temps, l’ORTM, la télévision nationale s’acquitte de 5 millions CFA. Canal Horizon qui est une société étrangère rediffusant plus de 57 chaînes et radios se la coule douce. Elle ne reverse un kopeck comme droits d’auteurs pour son bouquet. Le Bumda a finalement signé la paix des braves avec les radios privées qui ont refusé de reverser des droits en estimant qu’elles font la promotion des artistes.

Les artistes en herbe ne cessent de remercier Africable d’avoir fait leur promotion gratuitement. Leurs nouveaux clips sont acceptés gracieusement à la chaîne du continent qui aide les artistes à travers d’autres émissions.

La cabale de déstabilisation d’Africable est bel et bien là. Une démarche visant à amener son fondateur à se démettre. En pleine procédure judiciaire, le Bumda a organisé une conférence de presse pour porter le contentieux au vent en remettant une copie de son protocole d’accord le liant à Africable aux journalistes.

Ismaïla Sidibé est décidé, contre vents et marées, à poursuivre l’œuvre patriotique qu’il a commencée : en continuant de faire émettre sa chaîne à partir de son propre pays et participer à la construction nationale.

Abdrahamane Dicko

15 Octobre 2008