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web-71.jpgLes douaniers ont donc réussi une superbe opération en deux phases. Les colis de chanvre indien étaient transportés de manière plutôt artisanale, dans une brouette. Ce mode de locomotion rudimentaire a sans doute été choisi délibérément pour endormir la vigilance des gabelous. Manoeuvre ratée. Mais la convoyeuse, qui s’apprêtait à faire sortir du territoire malien sa cargaison pour l’amèner en Guinée, a pu se faufiler entre les mailles du filet dressé par les éléments de l’inspecteur Diarra, leur abandonnant ses 18 briques. Koffi Chini Julien, de nationalité togolaise et son compère nigérian Kennedy N’Didy, n’ont pas eu la même baraka. Ces deux dealers méditent désormais sur leur sort à la prison de Kangaba.

Quand on interroge les douaniers et leur chef l’inspecteur Diarra sur la manière dont ils ont réussi leur coup, ils ont la modestie de souligner que la chance a joué un rôle non négligeable dans leur exploit. « Depuis plusieurs mois, explique l’inspecteur Diarra, la direction nous avait demandé d’intensifier les contrôles tous les individus qui nous paraissaient avoir un comportement suspect. Or, les informations fournies par nos diverses sources convergeaient vers un homme, le dénommé Julien. Il n’avait rien fait de répréhensible sur notre territoire, mais avait une conduite assez peu claire. Il se livrait à d’incessants va-et-vient. Mais ne convoyait aucune marchandise. Nous continuons donc de garder un oeil sur lui en nous référant sur les indications sur ses différents mouvements, indications portées dans les laisser-passer que nous délivrons à tous les étrangers qui entrent sur notre territoire et qui se retrouvent donc listés sur un registre de la douane. Nous avons patienté le temps qu’il fallait, puis nous sommes passés à l’action le mercredi 21 novembre dernier aux environs de 10 heures. Nous avons décidé d’interpeller Julien et son acolyte« .

Le far-west

Décision heureuse. Lorsque les douaniers mirent la main sur eux, les deux malfaiteurs voyageaient à bord d’une berline de marque Opel, immatriculée en Guinée Conakry. La fouille de la voiture a permis de découvrir cachée un peu partout la drogue emballée dans des films plastiques solidement scotchés. Les paquets ainsi constitués étaient dissimulés sous les sièges et dans les espaces creux entre la carosserie et les rembourrages. Un échantillon envoyé au laboratoire a confirmé que tous les colis contenaient de la cocaïne brute, d’une qualité très recherchée dans le milieu des toxicomanes. Julien possédait sur lui six cartes grises correspondant à différents véhicules.

Le dealer changeait fréquemment de voiture, certainement dans l’espoir de ne pas trop attirer l’attention sur lui. L’importance de la prise faite à Kourémalé donne encore plus d’ampleur au cri d’alarme lancé dans nos colonnes par les services chargés de la répression du trafic de drogue. Notre pays est en train de devenir un carrefour de passage pour dealers de plus en plus audacieux. Mais avons-nous aujourd’hui les moyens de contrer la montée du trafic ? Ce n’est pas sûr lorsqu’on écoute l’avis des hommes du terrain, ceux qui se trouvent en première ligne face à un adversaire bien organisé et ne reculant devant rien. Tous soulignent le manque des moyens matériels et humains. Le responsable du poste de Kourémalé, l’nspecteur N’Tjiké Diarra, admet la difficulté de procèder à un contrôle rigoureux sur toutes les marchandises qu’inspectent ses hommes. La plupart de ses éléments ne disposent que de connaissances sommaires en matière de stupéfiants. Ils ont donc besoin de formation et d’un meilleur équipement pour identifier plus sûrement les produits illicites.

A Kourémalé, une dotation en matériel supplémentaire serait en tous les cas la bienvenue. La localité est en effet devenue un point de passage très prisé par les fraudeurs de tous acabits. Ces derniers font trafic de motos, de drogues, d’armes. L’axe Conakry-Bamako est devenu aujourd’hui un véritable « far-west » où il n’est pas rare de voir des douaniers lancés dans des courses-poursuites spectaculaires derrière les trafiquants jusque dans les sous-bois qui encadrent la voie principale.

Il arrive sfréquemment que des trafiquants poussés dans leurs derniers retranchements essaient de s’en tirer en ouvrant le feu sur leurs poursuivants. « Je souhaite que les journalistes viennent passer une journée d’opération avec nous. Vous comprendrez dans quelles conditions nous travaillons ici. Je vous assure, vous allez beaucoup vous instruire« , nous dit un douanier. Sans aucun doute. Mais ce que nous avons pu relèver au cours de notre reportage est déjà suffisant pour asseoir une conviction. Kourémalé a effectivement besoin d’un renforcement de ses dispositifs d’investigation et de contrôle. Le sort ne sera pas éternellement favorable aux hommes qui se dévouent sur le terrain pour faire barrage aux divers trafics, si l’appui indispensable ne leur est pas fourni.

L. DIARRA | Essor

27 novembre 2007