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1-21.jpgMissabougou, un quartier de la Commune VI, vit une tragédie depuis samedi dernier. La mairie ayant décidé de joindre l’acte à la parole, a démoli les habitations illicitement construites. Selon des témoignages recueillis sur place, dès les premières heures de la matinée, des membres de la commission mise sur pied pour l’opération au niveau de la mairie de la Commune VI, entourés par un important dispositif sécuritaire et un Bulldozer, ont occupé les lieux ciblés. La messe était déjà dite et il n’y a pas eu de round d’observation.

Le puissant engin de terrassement a emporté dans sa folle course toutes les maisons sur lesquelles il y avait des croix. Les édifices flambant neufs, pour la plupart des constructions en dure à hauteur de plusieurs millions de F CFA, se sont couchés au passage de la mastodonte, qui aplatissait toutes les briques. Même les tôles de maisons de certains déguerpis, qui croyaient religieusement à une solution de dernière minute, n’ont pas été épargnées.
Toute cette scène certes horrible s’est déroulée sous les yeux de citoyens qui ne savaient plus à quel saint se vouer tant les tentatives de négociation ont échoué ; des habitants, pour qui le poids de la canicule ne représentait rien voyaient s’envoler leurs réalisations. Inutile alors de décrire l’état d’âme de ces déguerpis assistant, impuissants, à la destruction des fruits de plusieurs années de dur labeur.

Les yeux rouges et le moral en berne, certains d’entre eux, n’ont pipé mot. « C’est une tragédie, ils nous ont causés du mal et renient notre avenir et celui de nos enfants. Cela ne peut en aucun cas être la fin de cette affaire. Il faut qu’ils nous montrent une zone de recasement », s’est plaint un déguerpi avec des larmes prêtes à tomber. Et un autre d’ajouter : « j’avais investi à hauteur de plusieurs millions de F CFA sans compter le prix d’achat de la parcelle. Tout cela est réduit à néant aujourd’hui. Comment allons-nous faire maintenant ? ».

D’autres ont par contre déversé leur bile sur les plus hautes autorités : « Nous avions été voir ATT qui, tout en promettant de nous prendre en compte, nous avait envoyés au ministre Kafougouna Koné. Véritablement, nous voyons aujourd’hui qu’ils n’ont rien fait pour sauver la situation. Comment peut-on parler de lutte contre la pauvreté et d’équité sociale dans une telle atmosphère d’auto destruction ? »

Rançon de l’entêtement ?

Assurément, les occupants illicites n’ont aucune porte de sortie maintenant. La semaine dernière, le gouverneur du district, Ibrahim Féfé Koné, le maire de la Commune III, Abdel Kader Sidibé, et une délégation des services techniques de l’urbanisme ont lancé à Sogonafing et Koulouba la croisade contre les contrevenants en matière domaniale. L’objectif est de recouvrer les domaines publics illégalement occupés et de juguler le phénomène qui prend de l’ascenseur dans la capitale. Mandat a été donné aux responsables compétents dans ce sens.

Mais, à la différence des cas de Sogonafing et de Koulouba, la démolition de Missabougou, serait l’épilogue d’un long processus de mise en garde par la mairie de la Commune VI. A en croire des agents municipaux, entre janvier et avril derniers, le conseil municipal avait adressé une « sommation » à chaque occupant illicite afin de le contraindre pacifiquement à vider les lieux. Le maire de la Commune VI, Souleymane Dagnon avait même affirmé que « la démolition peut intervenir à tout moment puisque les occupants illégaux ont été déjà avertis ».

Cependant, ces « pauvres habitants » dont certains soutiennent avoir acheté leurs parcelles à coût de millions avec les propriétaires de champs et dont plus de la majorité ne détiendrait pas de papier officiel certifiant une quelconque appartenance, ne l’ont pas entendu de cette oreille. Sur ce dernier point, le maire Dagnon avait même précisé que « toutefois, cette même démolition ne concernera pas les gens qui ont une notification en bonne et due forme ».

Des membres de la commission de la mairie ont informé que ces terrains de l’Etat passeront après sous la main d’agences immobilières, à l’exception du site prévu pour le recasement des 165 foyers inondés de Missabougou. En tout état de cause, les Etats généraux du foncier sont plus que jamais d’actualité pour placer les jalons communs d’un domaine sensible.

Conjurer l’habitat spontané

La commission ad hoc qui a statué sur l’ensemble des litiges fonciers à Bamako et qui a recommandé de lever l’interdiction d’attribution de parcelles, qui a duré de 1999 à 2006, a mis à la disposition des communes du district des réserves foncières pour résoudre les cas litigieux et au besoin procéder à de nouvelles attributions.

La nouvelle politique foncière et domaniale mise en œuvre depuis la fin de la mesure d’interdiction d’attribution de lots à usage d’habitation par les maires tant à Bamako qu’à l’intérieur du pays, a été accompagnée d’une série de mesures dont l’arrêt strict de la prolifération des habitations spontanées. Il a été alors recommandé de veiller à l’application stricte des dispositions du code domanial et foncier interdisant de construire sans permis ni titre de propriété.

A Koulouba, en Commune III, et Missabougou et Yirimadio en Commune VI, des citoyens se sont retrouvés dans l’illégalité découlant de leur hantise d’avoir un chez soi. Comme le disait la semaine dernière, Ibrahima Féfé Koné, le gouverneur du district, lors d’une rencontre avec les chefs de quartiers de Koulouba, Sogonafing et Point G, souvent ces terres sont vendues par des propriétaires de champ ou chefs autochtones qui se disaient propriétaires fonciers ou même des maires indélicats. A Koulouba précisément, le gouverneur et des maires ayant assisté à la rencontre, se sont rendu compte que certaines personnes ont construit jusqu’à la lisière du palais présidentiel.

La situation des 18 ha de Missabougou et des 95 ha de Yirimadio sort aussi de l’ordinaire. Ces deux secteurs sont des titres fonciers de la Commune VI. Ils ont été lotis et sont l’objet de titres de propriété. Nonobstant cela, les mêmes parcelles ont été morcelées et monnayées par de soi-disant propriétaires de champs. Ils ont mis sens dessous dessus l’ancien plan de lotissement en ne laissant nulle place aux espaces verts, écoles, centres de santé et équipements marchands.

Bamako comme la plupart des villes africaines n’échappe pas au phénomène du développement des bidonvilles, appelés habitats spontanés. La démographie galopante et la conjoncture font que de plus en plus, les campagnes se vident au profit des villes. Les pouvoirs publics, qui ont été passifs, entendent s’affirmer en usant de manières fortes. Mais avec des milliers de personnes sans abris ne craint-on pas une autre situation : l’accroissement de la tension sociale ?

Abdrahamane Dicko et Ogopémo Ouologuem(stagiaire)

Essor du 12 mai 2008