Partager


La politique des médicaments essentiels a permis d’améliorer la santé des populations maliennes, assure Dr. Yattassaye Aïssa Guindo, présidente directrice générale de la Pharmacie populaire du Mali (PPM). Dans l’interview ci-dessous, elle se prononce aussi sur les rapports PPM-DPM-Officines privées de pharmacies, les médicaments et la vie chère, la lutte contre la contrefaçon, etc.

Les Echos : Quelles sont les missions dévolues à la pharmacie populaire du Mali depuis la privatisation du secteur ?


Dr. Guindo Aïssa Yattassaye
: Les missions sont entre autres, l’acquisition, le stockage, la distribution des médicaments essentiels génériques appelés médicaments à dénomination commune internationale (DCI) et des consommables médicaux.

Les Echos :Il existe une direction de la pharmacie et du médicament (DPM). Quel rapport y a-t-il entre vous ?

Dr. G. A. Y. : Nous sommes deux services du ministère de la Santé. Mais contrairement à la DPM qui est directement rattachée au ministère, la PPM est un service personnalisé qui a un statut d’entreprise à caractère industriel et commercial (Epic) depuis 1993.

Dans ses missions, la DPM coordonne l’ensemble des activités pharmaceutiques du département de la Santé. Elle est à son tour chargée entre autres, de suivre toute la réglementation pharmaceutique en République du Mali. Elle délivre toutes les autorisations de mise sur le marché de l’ensemble des médicaments qui entrent sur le territoire national.

La DPM peut superviser le public aussi bien que le privé. En un mot, la DPM a une fonction de régulation alors que la PPM a une fonction commerciale. Nous sommes l’instrument de mise en œuvre de la politique pharmaceutique de l’Etat. Ce rôle nous a été dévolu depuis la privatisation à travers laquelle l’Etat a précisé le rôle des uns et des autres.


Les Echos :Est-ce que la privatisation a eu un effet positif dans le domaine de la pharmacie ?

Dr. G. A. Y. : Bien sûr que oui ! A travers la privatisation, l’Etat a voulu rendre les médicaments accessibles à tous les Maliens et à des prix abordables. Avant la privatisation, malheureusement, le taux de couverture en produits pharmaceutique était très faible. L’Etat s’est surtout penché sur ces médicaments dit génériques en raison de leurs coûts assez faibles pour améliorer l’état de santé des couches défavorisées. C’est dans ce cadre qu’il a décidé de faire de la PPM son instrument de mise en œuvre de cette politique pharmaceutique.

L’Etat a érigé une liste de médicaments à dénomination commune internationale (DCI) que la PPM doit avoir dans ses magasins. Cette liste couvre plus de 80 % des pathologies couramment rencontrées dans notre pays. Cette même liste est révisée tous les deux ans au niveau du ministère de la Santé par l’ensemble des acteurs impliqués dans le secteur des médicaments.

Les Echos :Notre pays est l’un des pionniers en matière d’utilisation des médicaments DCI à travers l’Initiative de Bamako adoptée, il y a plus de 20 ans. Quel rôle joue exactement la PPM dans la vulgarisation de ces DCI ou médicaments génériques ?

Dr. G. A. Y. : La PPM est, comme je l’ai dit tantôt, l’outil de mise en œuvre de cette politique pharmaceutique. A cet effet, elle a le rôle et le devoir de rendre ces médicaments disponibles et accessibles de façon financière et géographique sur l’ensemble du territoire national. Donc nous avons une politique de prix pour faire ceci.

La politique de prix consiste à vendre le médicament au même prix partout où l’on se trouve en République du Mali. L’Etat a fait de gros efforts pour subventionner les prix. Ça fonctionne par un système de péréquation de prix avec un système de recouvrement de coût.

L’Etat s’est focalisé sur les médicaments génériques et qui ont les mêmes principes actifs que les spécialités dont ils sont les copies. Ce sont les emballages seulement qui les diffèrent. C’est une politique bien pensée car elle a permis de réduire considérablement les prix permettant ainsi de toucher les 80 % des populations. Il y a 10 à 15 ans, la PPM ne parvenait pas à couvrir les 20 % de la population malienne du fait de la cherté de ces produits.

Les Echos :Selon vous, l’Etat a consenti des efforts en faveur des populations, mais la cherté de la vie n’a-t-elle pas alteré ces efforts ?

Dr. G. A. Y. : L’Etat a beaucoup fait en matière de politique pharmaceutique. De mon point de vue, on n’a jamais vu l’Etat s’impliquer davantage en matière de politique pharmaceutique que ces dernières années. Il y a beaucoup de programmes gratuits comme l’opération Millagro, l’opération de kit césarienne sans compter les trois programmes prioritaires gratuits que sont le paludisme, la tuberculose et le Sida. C’est dire que de gros efforts ont été concentrés.

En plus de ces efforts, pour ce qui concerne les autres pathologies non visées par la gratuité des soins et des médicaments, l’Etat a fixé le prix des médicaments génériques dans les secteurs public et privé pour deux ans. Cela est matérialisé par un décret datant de 2007. La fixation des prix est respectée par tous les intervenants parce que de temps en temps, la DPM intervient pour des contrôles inopinés dans l’applicabilité des prix.

Les Echos :Les médicaments de contrefaçon prolifèrent. Quel rôle jouez-vous contre ce fléau ?

Dr. G. A. Y. : Nous sommes une entreprise commerciale et l’on ne peut pas être juge et partie. Ce n’est donc pas notre rôle d’intervenir à ce niveau. Nous le constatons et le déplorons comme tout le monde. C’est un problème qui gagne de l’ampleur malheureusement.

Je peux vous assurer que le ministère de la Santé fait de la lutte contre les médicaments par terre son cheval de bataille cette année. Il existe une commission nationale de lutte contre ces genres de médicaments. Cette commission est pilotée au niveau du ministère de la Santé. C’est même une commission transversale qui implique d’autres départements comme l’administration territoriale, le ministère des Finances, entre autres. La commission est fonctionnelle et décentralisée au niveau régional.

Les Echos :La PPM a une fonction commerciale. Les Officines privées évoluent aussi dans ce créneau. Est-ce que vous êtes des concurrentes ?

Dr. G. A. Y. : Nous ne sommes pas des concurrentes, nous sommes plutôt complémentaires dans la mesure où la PPM ravitaille le public aussi bien que le privé. Nous sommes représentés dans les 8 régions du pays où les privés peuvent se ravitailler. Je pense plutôt à la complémentarité.

Propos recueillis par

Abdrahamane Dicko

18 Août 2008