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Pays ensoleillé, le Mali peine à absorber son déficit énergétique. Dans cette interview, le Directeur général de l’Agence des énergies renouvelables (AER), propose des solutions

L’Essor : Pouvez-vous nous parler des panneaux solaires ?

Dr Souleymane Berthé : Les panneaux solaires sont des équipements qui transforment le rayonnement du soleil en courant électrique. Ils sont utilisés dans les domaines comme l’éclairage public, le pompage de l’eau, les feux de signalisation, etc.

L’Essor : Qu’en est-il au Mali ?

Dr Souleymane Berthé : L’utilisation de l’énergie solaire a toujours été au cœur des politiques nationales énergétiques depuis l’accession du pays à la souveraineté nationale et internationale. Cela a été illustré par la création du premier laboratoire «LESO» de l’Afrique en 1964.

Devenu Centre national de l’énergie solaire et des énergies renouvelables (Cnesoler) en 1990, il a été baptisé Agence des énergies renouvelables (AER-Mali) en 2014.

Le Mali a été l’un des premiers pays à exonérer les équipements solaires de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Le décret pris à cet effet est devenu, en 2020, la Loi portant exonération des équipements d’énergies renouvelables.

Le pays dispose aussi d’une stratégie très ambitieuse pour la production d’énergies renouvelables dont l’objectif est de porter à 50% le mix énergétique national d’ici 2030. Il existe également des plans nationaux d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique, et d’accès durable à l’énergie pour tous à l’horizon 2030.

L’Essor : Quels sont les avantages liés à l’utilisation de l’énergie solaire ?

Dr Souleymane Berthé : Les panneaux solaires permettent la production d’énergie propre pour la satisfaction de nos besoins énergétiques. Ils ne dégagent pas de gaz à effet de serre qui sont source de pollution de l’atmosphère et du réchauffement climatique. La source est gratuite et inépuisable à l’échelle humaine. Pour le Mali, elle est abondante et bien repartie sur l’ensemble du territoire national.

Ils peuvent permettre de renforcer la capacité de production énergétique du pays et de faire d’économie dans l’importation des hydrocarbures. Les panneaux solaires permettent aussi de faciliter l’accès à l’électricité même dans les milieux les plus éloignés des réseaux électriques classiques.

En matière de satisfaction des besoins énergétiques (éclairage, pompage, climatisation), les panneaux solaires permettent de faire des économies sur nos factures d’électricité, etc.

L’Essor : Est-ce-que le coût de cette énergie est à la portée de tout le monde ?

Dr Souleymane Berthé : Avec l’engouement mondial pour l’énergie solaire et les avancées technologiques, le solaire est concurrentiel. Le prix du watt solaire diminue d’année en année. Aujourd’hui, elle coûte moins cher que l’énergie produite par les centrales thermiques. On peut dire que le coût de cette énergie est à la portée de tout le monde et sa technologie est mature. Un panneau solaire a une durée de vie comprise entre 25 et 30 ans.

L’Essor : Il semble que les panneaux solaires sont défaillants pendant la saison pluvieuse. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Dr Souleymane Berthé : Il n’y a pas de défaillance dans l’utilisation des panneaux solaires pendant la période pluvieuse. On constate seulement une baisse de la production quand il y a des nuages ou la pluie. C’est une énergie intermittente. Pour solutionner cela, il est recommandé de stocker l’énergie à l’aide des batteries qui emmagasinent l’énergie et la libèrent pendant la nuit ou au moment où il pleut.

En Afrique de l’Ouest, le Mali dispose de la plus grande centrale solaire installée sur un même site. Située à Kita, elle a une puissance de 50 MWc avec une production d’énergie annuelle de 750 MWh.

L’Essor : Que faut-il faire pour arriver à atteindre les objectifs en matière de production d’énergies renouvelables ?

Dr Souleymane Berthé : La solution aux problèmes énergétiques que traverse le pays passe par les énergies renouvelables surtout l’énergie solaire avec un mix énergétique à dominance renouvelables. Il faut accélérer la transition énergétique du pays vers ces énergies-là. Pour ce faire, les autorités doivent investir de manière conséquente dans le développement des énergies renouvelables et la construction de grandes centrales solaires.

Elles doivent également penser au développement des lignes de transports électriques et des postes afin de faciliter l’injection de l’énergie produite par les centrales dans le réseau électrique national.

Il importe aussi d’investir dans les ressources humaines en renforçant lescapacités, afin de permettre au pays de s’approprier les technologies en matière d’énergies renouvelables.

Propos recueillis par
Yacouba TRAORÉ

Source: L’Essor