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Dans une interview qu’il nous a accordée, le tout nouveau président de l’Union des patriotes pour la République (URP), Dr. Modibo Soumaré, fait part de l’idée qui a sous-tendue la naissance du dernier né des partis politiques maliens.

Tout en évoquant son propre parcours, il fustige la corruption politique qui pourrait s’avérer fatale à la démocratie malienne. Il s’insurge contre le manque de débats contradictoires et promet de faire le plein des voix aux prochaines municipales. Entretien.

Les Echos : Vous avez quitté le Mouvement citoyen pour le Parti citoyen pour le renouveau (PCR). Aujourd’hui vous avez créé l’URP, pourquoi ?

Dr. Modibo Soumaré : Il y a des moments dans la vie d’un homme où il faut savoir faire un choix. Nous avons commencé par la vie associative. Nous avons créé l’AEEM, le Mard, le Conseil national de la jeunesse et l’Amicale des anciens de l’AEEM que j’ai eu l’honneur de diriger.

Nous avons été par la suite parmi les premiers acteurs du Mouvement citoyen avec l’Association Espoir Mali-2002. Nous avons soutenu à l’époque la candidature du président ATT et nous avons pu gagner les présidentielles de 2002 et 2007. Mais, pour qui connaît mes positions, j’ai toujours lutté pour un cadre légal d’expression des ambitions politiques. Les choses ont pris du temps

Nous avons par la suite été parmi les membres fondateurs du PCR. Des raisons objectives ont fait que j’ai fait le choix de me retirer humblement de ce parti. Je ne jette l’anathème sur personne. J’ai décidé de travailler à la création d’une nouvelle formation politique dans laquelle nous estimons travailler sur ce à quoi nous croyons.

Notre objectif est de rendre à ce pays ce qu’il nous a donné. Ce pays nous a formés, nous a permis d’aller à l’école, où nous avons étudié pour avoir des diplômes grâce auxquels nous vivons. Nous pensons aussi que ce qui se passe dans le champ politique malien n’est pas très luisant.

Il y a trop de corruption, les partis ne jouent pas à fond leur rôle et les médias d’Etat sont à la traîne, les débats politiques se font de plus en plus rares. Un parti politique doit être à la quête permanente du pouvoir politique.

Les Echos :D’aucuns vous reprochent des ambitions non satisfaites notamment le fait que vous n’avez pas été nommé dans le premier gouvernement formé après la réélection d’ATT en 2007 pour expliquer votre départ du PCR. Vrai ou faux ?

Dr. M. S. : Les uns et les autres peuvent beaucoup épiloguer sur ce sujet. Je ne fais pas la politique pour être ministre. Je fais la politique pour un changement et une transformation de la société. Ce rôle, je peux le jouer en étant dans n’importe quelle place dans la société, de simple citoyen à maire, député, ministre ou président de la République. J’avais pourtant étayé les causes de mon départ du PCR dans ma lettre de démission. Les valeurs pour lesquelles je me bats n’étaient plus respectées. Ce sont des valeurs d’honnêteté, de probité, de travail bien fait et d’ambitions partagées. Ce sont des questions sur lesquelles je suis intransigeant.

J’ai trouvé que ces valeurs étaient mises en mal au PCR. Mais je suis néanmoins resté en bon terme avec mes camarades malgré mon départ. Ce sont des choses auxquelles je m’attendais car la vie d’un homme est faite d’embûches et de remise en cause. L’URP n’est pas la propriété privée de Modibo Soumaré. Il appartient aux jeunes, aux femmes et à tout le peuple malien.

Les Echos : La création de l’URP découle-t-il réellement d’ambitions personnelles ou d’un idéal politique ?

Dr. M. S. : Si on crée un parti politique, ce n’est pas pour des ambitions personnelles. En tout cas ma compréhension de la politique n’est pas pour gravir les échelons très vite. Si cela était ma vocation, des voies plus courtes s’offraient à moi pour me retrouver dans un gouvernement ou ailleurs. Je n’ai pas d’ambitions personnelles et je ne suis demandeur de rien auprès de qui que ce soit.

Nous faisons la politique parce que, mon histoire personnelle est que je suis quelque part le fruit de la lutte de la jeunesse malienne de 1990 jusqu’à nos jours. Certains de mes camarades sont morts pour l’avènement de la démocratie dans notre pays. A partir du Mard, nous avons fait le constat que les jeunes sont instrumentalisés. Bien qu’ils constituent plus de 75 % de la population, ils ne sont représentés qu’à peu près 6 à 7 % dans les instances électives.

Ce n’est pas parce que les jeunes ne savent rien faire, mais c’est parce qu’ils sont relégués au rôle de second plan. Les femmes sont traitées de la même sorte. Nous avons fait à l’époque le tour des partis politiques pour leur demander de permettre aux jeunes d’être dans les instances de décision, mais on n’a pas été écouté. Après les élections de 2007, le pourcentage était de 26 %.

Nous avons beaucoup réfléchi sur les grandes questions de l’heure comme la santé, l’éducation, l’immigration, le co-développement. Je ne suis pas le seul. Je peux vous citer l’honorable Mme Touré Safiatou Traoré, qui est la 1re vice-présidente de l’URP. Elle a changé les choses en Commune III. D’autres camarades sont à la tête de réseaux de jeunesse au niveau national et international. Ensemble, nous avons bâti l’URP qui va compter dans l’histoire politique de ce pays.


Les Echos :Vous avez promis de redorer le blason du politique au Mali, qui selon vous tombe de Charybde à Scylla. Comment vous compter vous vous yprendre ?

Dr. M. S. : Nous allons essayer de promettre ce que nous pouvons faire. Nous allons faire en sorte que les partis politiques aillent de plus en plus vers une formation, une sensibilisation des électeurs et non la corruption. J’ai dit quelque chose qui n’est pas pour faire peur. Si demain, cinq milliardaires se rendent compte de la façon dont les élections se passent aujourd’hui dans notre pays, ils peuvent briguer la magistrature suprême et la remporter sans coup férir. Si chacun d’eux se cotise en raison de 5 milliards, ce qui fera 25 milliards de F CFA, ils achèteront toutes les voix. Donc, la démocratie malienne va être entachée. Il faut mettre fin à la corruption électorale pour ne pas tomber dans ces travers. Tous les partis doivent jouer leur partition pour éviter la corruption électorale. Elle travestit notre démocratie et nos valeurs de société.

Les Echos :Bientôt les communales d’avril 2008. Avez-vous commencé le travail de terrain ?

Dr. M. S. : Les élections sont évidemment la voie par laquelle il faut passer pour avoir une partie de l’exercice du pouvoir. Dès mardi (Ndlr : aujourd’hui) le bureau politique national de l’URP a une réunion sur les élections communales. Nous allons cibler les zones à conquérir et travailler pour faire le plein de suffrages. Compte tenu des délais très courts, les futures échéances ne sont pas très vitales pour notre parti, mais elles constituent tout de même un test grandeur nature pour nous.

Les Echos :Vous avez également parlé des élections générales de 2012 dans votre discours d’investiture. Est-ce que pour la présidentielle, vous alignerez un candidat ou soutiendrez ATT s’il est candidat pour un 3e mandat ?

Dr. M. S. : Je ne suis pas dans le secret de Dieu, mais je sais quand même que la Constitution malienne limite le mandat présidentiel à deux. Je n’ai pas parlé d’un 3e mandat avec le président de la République donc je ne saurais pas me prononcer sur ce sujet. Pour ce qui est de notre part, c’est une question que nous partagerons au sein du bureau national au moment opportun. Mais ce qui est sûr, nous ne serons pas en reste dans ces échéances. Cela ne veut pas dire que nous allons forcément présenter un candidat sous nos propres couleurs.


Propos recueillis par

Abdrahamane Dicko

24 Février 2009