Partager

comitediarra.jpg

« Le secteur agricole est stratégique pour le Mali ».
Au Mali, beaucoup d’efforts ont été déployés pour faire de l’agriculture le pilier de l’économie nationale afin de réduire la pauvreté, notamment en milieu rural. Mais le monde rural reste toujours exposé à la précarité dans un environnement économique international contraignant.

C’est pourquoi le président de la République entend moderniser l’agriculture et en faire le moteur de la croissance nationale. D’où l’adoption de la Loi d’orientation agricole en vue de prendre en compte les préoccupations de l’ensemble des acteurs.

Pour mieux comprendre le fonctionnement et les objectifs que se fixe la LOA, L’Aube a rencontré, le Dr Daouda Diarra, Secrétaire permanent du Comité exécutif du Conseil supérieur de l’agriculture, présidé par le président de la République.


L’Aube : Dr Daouda Diarra, la création de la LOA a suscité enthousiasme et espoir chez les professionnels du secteur agricole au Mali. Quels objectifs l’Etat vise t-il à travers une telle loi?


Dr Daouda Diarra :
La volonté politique affichée des autorités est très claire au sujet du secteur agricole. C’est pourquoi, il a été décidé de mettre en place une loi d’orientation agricole comme vecteur de changement. C’est idée du président de la République, Amadou Toumani Touré, un instrument juridique qui fixe les orientations de la politique de développement agricole.

Notre pays est un pays à vocation agropastorale et ce secteur occupe près de 70% de la population malienne et contribue à hauteur de 40% environ à la formation de la richesse nationale. C’est vous dire que le secteur agricole est non seulement essentiel et stratégique, mais aussi un secteur d’avenir pour le Mali. De ce point de vue, les efforts doivent être vraiment mis ensemble pour pouvoir assurer le développement et la modernisation de ce secteur.

Donc une des raisons de l’élaboration de cette LOA, c’est essentiellement comment faire en sorte que le secteur agricole soit au cœur du développement de notre pays.

Il a procédé personnellement au lancement du processus d’élaboration, le 07 février 2005. Depuis, un vaste mouvement est déclenché à travers le mouvement paysan ; des concertations ont été organisées. Il est important de signaler que 4 000 producteurs agricoles ont été largement impliqués dans le processus d’élaboration de la LOA.

A terme, il s’agira de gagner le pari de la production et surtout le pari de l’alimentation. Bref, faire en sorte que notre secteur soit tout simplement un secteur porteur de croissance.

Ne pensez-vous pas sincèrement que cette LOA vient s’ajouter à la longue liste des lois mort-nées au Mali ?

Je ne dirai pas qu’il n’y a pas eu dans ce pays des lois qui sont restées en souffrance. Mais ce qui est sûr, c’est que la LOA n’est pas une loi qui viendra allonger la liste de lois mort-nées comme vous dites. Cela n’arrivera pas pour plusieurs raisons. D’abord à cause de son originalité. Je vous disais tant tôt que la LOA est une loi à caractère participatif.

Elle n’est pas conçue seulement à partir de la vision des cadres. Ce sont des producteurs qui se sont mis ensemble et qui portent aujourd’hui très haut cette loi là. Donc je crois que cette première raison est une source de motivation pour croire en son application entière.

Ensuite, il y a le dispositif institutionnel de mise en œuvre de la LOA. Tout le titre 6 est consacré à comment mettre en application la loi. Il y a d’abord la création du Conseil supérieur de l’agriculture, présidé par le président de la République. Avant le 31 mars de chaque année, l’équipe du Conseil supérieur viendra rendre compte de la mise en œuvre de la Loi d’orientation agricole.

Ensuite, il y a le Comité exécutif national présidé par le Premier ministre. Cette instance regroupe un certain nombre de ministères clés et les organisations paysannes pour mettre vraiment en application les orientations et les directives données par le Conseil supérieur de l’agriculture.

Puis il y a le Secrétariat permanent du Comité exécutif national du CSA que je dirige depuis mars 2007 et qui travailler au quotidien dans le domaine du suivi entre les ministères dans le domaine de l’évaluation de la mise en cohérence.

A partir donc de ce dispositif institutionnel, il n’ y a aucune raison de douter de la volonté des pouvoirs publics et des techniciens à mettre en application cette loi.


Avez-vous le sentiment que les paysans adhèrent effectivement à la Loi ?

Oui, j’en ai la certitude. J’ai parlé tout de suite de dispositif institutionnel de mise en œuvre. D’abord je commence par le Conseil supérieur de l’agriculture qui comprend 36 membres dont 14 seulement sont du secteur public. Les 22 autres membres sont du monde agricole. Au niveau de ce Comité, l’on retrouve non seulement l’APCAM, mais aussi les organisations paysannes. Donc, partout et à tous les niveaux de la Loi, les paysans sont présents


Quel bilan pouvez-vous déjà dresser de la LOA ?

La loi d’orientation agricole a été promulguée le 5 septembre 2006 et, depuis cette date, la LOA a très rapidement évolué et des actes majeurs ont été posés.

Le 23 février 2007 a été pris le décret N°066 fixant la composition et les modalités de fonctionnement du Conseil supérieur de l’agriculture conformément à l’article 185 de la LOA.

Très rapidement il été mis en place aussi le Secrétariat permanent du comité exécutif du CSA. Deux décrets ont été adoptés dont, l’un règlemente les questions foncières. Le foncier est le premier facteur de production parce que tant qu’on a pas la terre on ne peut pas promouvoir l’agriculture.

Le décret sur le foncier a été pris en vue de garantir les investissements des producteurs agricoles. Ensuite, nous avons engagé une activité qui va viser à mettre en place un fonds : le Fonds national de développement agricole, un instrument financier qui va davantage attirer les producteurs, qui va inciter les producteurs à l’agriculture. Ce fonds va être un vrai levier pour l’investissement.

Et cela est très important, car c’est tout cela qui manque aujourd’hui à notre secteur agricole
Il y a d’autres activités sur lesquelles nous sommes en train de travailler. Je citerai par exemple, le statut des exploitants et des exploitations agricoles sur lequel nous allons rapidement travailler et sortir un décret. Ensuite, nous avons le modèle organisationnel des filières.

Il faut que les filières soient vraiment développées et qu’elles soient bien tenues. Aujourd’hui ce décret est très avancé et très bientôt nous allons fixer les conditions de leur création et de leurs enregistrements pour qu’en face les producteurs qui évoluent au sein d’une même filière puissent savoir comment s’organiser économiquement pour rendre rentables les différentes filières.

Qu’en est-il exactement du Fonds national de développement agricole annoncé ?
On est dans l’organisation institutionnelle et juridique. Le Fonds sera un établissement public à caractère administratif et assez flexible, qui ne permettra pas de faire de crédit, mais de l’appui.

Parlez-nous un peu Du droit d’indemnisation
Il s’agit là des dispositions de l’article 58. On appelle ça le fonds de risque de calamité agricole.

Quel parallèle faites vous entre la LOA et L’Initiative Riz
Je salue fortement l’initiative du Premier ministre. Aujourd’hui, le Mali à l’instar de la communauté internationale, est en proie à une grave crise alimentaire. La meilleure réponse à cette situation préoccupante est de produire. Et c’est cela, que se propose de faire, l’Initiative Riz. La Loa et L’Initiative Riz sont donc indissociables.

Réalisée par ALPHA KABA DIAKITE

23 Juin 2008