Partager

Le texte du PM avait un mérite : il était clair et limpide. Trop clair et trop limpide. Modibo Sidibé a fait un texte qui s’égrenait comme un programme d’un PDG d’entreprise, avec des délais, des « objectifs et des résultats quantifiables ».

Sur ce sujet, mis à part les atermoiements des ministres de la Santé et de la Sécurité intérieure par rapport au député bastonné par des policiers, Modibo Sidibé a été irréprochable. Mieux, il a été doctoral, devant des élus qui affichaient un béatitude mal à propos.
Au passage, il faudrait affirmer avec force la primauté du pouvoir politique, en démocratie, sur l’autorité militaire. Un concept qui a de la peine à s’encrer, même chez des officiers qui ne professent cela que du bout des lèvres, sans y croire, encore moins y adhérer…

Donc, face à un texte aussi clair, l’attitude des députés, surtout ceux de la majorité (Adéma URD) aurait été d’exiger un commentaire détaillé, du genre : « Sommes-nous sûr d’avoir bien compris ? » Cet exercice aurait eu le mérite de permettre d’ancrer dans les esprits les promesses et les engagements pris par le Premier ministre, et de deux, de faire comprendre au Premier ministre lui-même que les députés croient en ce qu’il dit, et qu’ils ne considèrent pas sa déclaration comme des vœux pieux.

Les Maliens, qui voyaient au moins une alternative à ATT qui promet sans s’y attarder, et en laissant à leurs illusions ceux qui y accordent foi, voulaient une explication de texte. Nos braves élus de la majorité ont montré un empressement, voir un zèle à « évacuer » (le mot est d’un élu de la majorité) le dossier.

ATT n’a voté que pour un député

Qu’est-ce qui peut expliquer ce refus de débat de la part des députés ? La première lecture possible et plausible est leur volonté de montrer au président qu’ils sont avec lui. En effet, la mise en place du bureau, le débat sur le député bastonné et bien d’autres sujets ont échappé à Koulouba. Les points de vue de la colline ont été très peu pris en compte Place de la République, non pas parce que ceux de la majorité voulaient le défier, mais parce que, dans leur tête et dans leur comportement (et c’est heureux), nombre de nos élus se croient vraiment indépendants.

Le débat qui n’a pas eu lieu n’était pas une défiance de plus. Adhérer, faire allégeance n’est pas un manque de loyauté. Certainement, autant qu’ils se croient redevables à ATT, autant ou plus ils sont redevables aux pauvres hères qui ont mis leur bulletin dans l’urne, leur donnant mandat de les représenter. En dehors de l’élu de la Commune III, le général n’a voté pour personne d’autre.

Modibo Sidibé est-il sûr de tenir ses engagements ? En dehors des arguments de mobilisation des finances qu’il a pris en compte dans son texte, quelles garanties donne-t-il par rapport aux autres facteurs non négligeables chez nous comme les lourdeurs administratives, la corruption, l’intrusion du politique dans les dossiers techniques et même le populisme d’en haut ? Puisque les députés ont refusé le débat, montrant par là qu’ils ont réponse à nos questions, il leur revient donc d’y répondre.

Une chose est sûre : les députés ont manqué à leur devoir. En montrant un empressement à voter le texte en l’état de Modibo Sidibé, en lui signant un blanc-seing, ils nous ont fait montre d’un complexe soit d’infériorité, soit de niveau, en tous les cas qui n’était pas de mise. Plus jamais, ils n’auront l’occasion de se racheter. A moins que, comme c’est dans l’air du temps et à l’image des élèves et étudiants, ils n’aient plus la tête aux fêtes de fin d’année.
Ils ne sont pourtant pas parmi la majorité des Maliens qui tirent le diable par la queue !
Alexis Kalambry

18 décembre 2007