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Jamais à Bamako, des funérailles n’ont égalé celles du président Modibo Kéita, décédé en détention au Camp des commandos parachutistes de Djicoroni le 16 mai 1977.

jpg_mo.jpgComme le répète souvent un confrère de Radio France Internationale, Alain Foka : « Nul n’à le droit d’effacer une page de l’histoire d’un peuple, car un peuple sans histoire est un monde sans âme ».

Ancien président de la République du Mali, « instituteur à la retraite », Modibo Kéita est mort le 16 mai 1977 au Camp para de Djicoroni à l’âge de 62 ans. Mais avant, au lendemain du coup d’Etat du 19 novembre 1968, Modibo Kéita fut envoyé au camp de Kidal où il a été soumis à un isolement continuel, « ne recevant que quatre courriers par an » (extraits de Ma vie de soldat de Soungalo Samaké), il refusa toujours d’être libéré contre la promesse d’abandonner toute activité politique.

Le jour où Modibo Kéita est mort, son corps a été rendu à sa famille. Ensuite tous ceux qui ont voulu l’accompagner en sa dernière demeure ont pu le faire librement. Et ce n’est pas le Comité militaire de libération nationale qui pouvait interdire au public d’y assister, tant l’affluence était grande.

Ousmane Doumbia, un sexagénaire de Ouolofobougou, proche de la famille du défunt président Kéita se souvient. « Le jour de l’inhumation de Modibo, il y avait tellement de monde que le cimetière était rempli alors que le cortège qui s’étirait jusqu’au domicile de ses parents n’avait pas encore fini de recevoir tous ceux qui voulaient le rejoindre ».

Le corps, à l’en croire, était arrivé au cimetière alors que certains étaient encore assis à Ouolofobougou et ne le savaient même pas. « La police a été débordée. Les élèves ont dit qu’il fallait aller donner le corps à ceux qui ont tué Modibo ». Son camarade Aly Konaté, vieux soldat de l’armée française d’ajouter que : « ce jour-là, rien ne pouvait contenir la foule tant le nombre était élevé et déterminé à affronter même le diable ».
Plus patriote que…

Certaines sources affirment qu’il a fallu encore faire recours à Soungalo Samaké et aux parachutistes pour empêcher la foule d’aller au siège du CMLN et pour diriger le cortège funèbre sur le cimetière. « Après les funérailles, on a pris certains de ceux qui ont participé à l’enterrement. On les a amenés au Camp para et on m’a dit de les corriger ».

Plus de 30 ans après sa mort, nos interlocuteurs déplorent qu’on ne sait pas encore qui a assassiné le président Modibo Kéita encore moins situer les circonstances réelles de son décès. « Il n’y a eu aucune enquête sérieuse sur ce sujet ».

Le groupe de retraités qui passent tout leur temps devant la mosquée de Ouolofobougou, dit à qui veut l’attendre que Modibo était un exemple, mort pour la cause des Maliens. « Voyez vous-même, le pouvoir représente quoi aujourd’hui aux yeux des Maliens ? Si ce n’est pas la banalité, la calomnie… Nous ne pouvons nous incliner que devant lui ».

Pour un autre, Modibo a été celui qui a su incarner le respect et la considération à l’homme malien. « C’est à cet homme que nous nous reconnaissons ». Et de rappeler que celui dont le général de Gaulle avait dit un jour, en raison de sa haute stature, qu’il est le seul chef d’Etat devant lequel il n’était pas obligé de baisser la tête pour lui parler.

En attendant que la lumière soit faite sur l’affaire, le livre « Ma vie de soldat » du capitaine Soungalo Samaké semble donner une piste. Extraits : « Un jour le soldat qui lui apportait ses repas est venu précipitamment me voir pour dire que Modibo était tombé au pied de son lit. J’ai couru, pour aller dans sa cellule. Il bavait. Je l’ai pris ; j’ai dit au soldat : aide-moi. Nous l’avons couché dans son lit. J’ai pris une serviette pour essuyer la bave. Je lui ai posé la question : qu’est-ce que tu as ? Qu’est-ce que tu as ? Il voulait parler, mais le son ne sortait pas… »

Modibo Kéita, né le 4 juin 1915 à Bamako, était l’une des figures emblématiques de la scène politique africaine. Il a été immortalisé par l’Etat malien le 16 mai 1995 avec la construction d’un mémorial appelé « Mémorial Modibo Kéita ». Chaque 16 mai, le président de la République procède au dépôt de gerbe de fleurs sur la tombe de Modibo Kéita au cimetière d’Hamdallaye.

Amadou Sidibé



Ce que j’en sais: L’élan brisé

Comme Lumumba, Kwamé Nkrumah et récemment Thomas Sankara, Modibo Kéita était un leader très en avance sur son temps. Figure de proue de l’Afrique des années 1960, ses idéaux d’indépendance nationale, de justice sociale, d’union africaine, de liberté et de paix répondaient aux aspirations d’une majorité de la jeunesse du continent. Des aspirations qui sont plus que d’actualité. Père de la nation malienne, Modibo Kéita a plus que jamais imprégné de façon indélébile les mentalités collectives de ses compatriotes.

jpg_mo1.jpg« L’homme avait du caractère. Sa combativité, son intransigeance et sa ténacité trouvaient leurs justifications dans un idéal profond. Ainsi, c’est, parfois, avec acharnement qu’il défendait les causes auxquelles il croyait profondément » , disait-on souvent de lui.

Il est vrai que pugnacité, persévérance, courage et sacrifices sont des mots qui ont toujours caractérisé son combat politique et syndical. Pour de nombreux observateurs, le militant qu’il était, « savait faire preuve de réalisme, de pragmatisme et d’imagination créatrice pour faire triompher ses idéaux d’indépendance, de justice, de liberté et de paix ».

C’est l’homme qui parvenait toujours à convaincre par son discours très pédagogique. Ce qui ne surprend guère, car avant de devenir un chef d’Etat charismatique, Modibo Kéita fut un instituteur modèle et engagé.

« J’ai découvert Modibo, orateur né, qui parlait sans complaisance… Son verbe était de la dynamite, ses idées clairement exprimées fusaient comme propulsées par une inlassable énergie », témoignait ainsi Y. Djermakoye, ancien secrétaire général adjoint de l’ONU.

Modibo était un visionnaire parce qu’il avait su placer le Mali sur la voie du développement à partir de ses propres richesses. Et notre pays avait réussi à décoller. Un élan malheureusement brisé par le coup d’Etat du 19 novembre 1968. Une rupture forcée qui a fait reculer le pays des décennies en arrière. Près de 41 ans après, le pays essaie de repartir sur la voie tracée par Modibo Kéita. Aujourd’hui, faire du Mali une puissance agricole est la volonté politique la mieux affichée et la mieux traduite en actes concrets.

Telle était aussi la volonté du regretté président Modibo Kéita. Il l’avait clairement affichée dans son discours-bilan prononcé devant l’Assemblée nationale le 20 janvier 1961. Mieux, Modibo voulait déjà hisser le Mali à l’heure de l’agro-industrie.

« Le Mali est un pays agricole, certes, mais une économie malienne harmonieusement équilibrée ne s’instaurera que s’il existe des industries nationales. Ce sera là le moyen de remédier à notre état de dépendance économique et d’éviter une sortie exagérée de devises qui serait préjudiciable à notre jeune économie », avait-il déclaré devant les élus de la nation. C’est ainsi que son gouvernement avait pris des contacts avec « toutes les nations amies sans exclusive » pour aider le Mali à implanter des industries permettant de valoriser les produits du pays.

jpg_mo2.jpg« Le Mali, par exemple, exporte annuellement 5200 tonnes de coton graine et, dans le même temps, il importe pour 1 milliard 695 millions 805 mille francs de fils et de tissus de coton. Pourquoi ne pas accroître notre production de coton pour l’exportation et pour la fabrication sur place de fils et de tissus de coton ? » , s’était-il interrogé.

Une interrogation qui s’est par la suite traduite par la création de filatures et d’industrie textiles, d’huileries et de savonneries, de tanneries, cimenteries… Il avait poursuivi son discours en soulignant que « le cheptel du Mali constitue une autre source de richesses : il peut être évalué à 3 500 000 bovins et 8 à 10 millions de moutons et chèvres. Ce qui présente au bas mot un capital de 10 milliards de F CFA. Tous les efforts seront poursuivis parce que l’élevage constitue dans le Mali de demain un des facteurs clefs de l’accroissement du revenu national. Dans cette optique, une exploitation rationnelle des produits de l’élevage sera entreprise », avait déclaré le visionnaire. N’est-ce pas en cela que les autorités maliennes s’attellent aujourd’hui ?

Idem en matière de désenclavement. « Dès l’éclatement de la Fédération, le gouvernement du Mali a pris des contacts avec ceux des Républiques de Côte d’Ivoire et de Guinée. Le principal objectif ici sera d’organiser le transport des marchandises de façon très souple, d’assurer une rotation très rapide du matériel de transport et surtout d’éviter au maximum les ruptures de charge. Ainsi, des projets sont à l’étude pour relier par voie ferrée le Mali à la Côte d’Ivoire d’une part, à la Guinée de l’autre. L’infrastructure et les transports aériens seront également développés », avait promis le père de l’indépendance du Mali.

Difficile alors de ne pas croire que le coup d’Etat du 19 novembre 1968 a été un sérieux obstacle pour le Mali sur la voie de son développement. Certes, au fil du temps, des rectifications se seraient imposées. Mais, le Mali était bien lancé pour maîtriser son destin en s’affranchissant davantage des puissances impérialistes. Un élan, hélas brisé par les militaires qui ont réduit à néant tous les acquis de nos premières années d’indépendance.

Alphaly

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Vie sociale de Modibo Keita: Un homme de vertu


Modibo Kéita, premier président du Mali indépendant, est né et a vécu dans une famille musulmane respectueuse de l’honneur, la dignité, le travail…

jpg_mo3-2.jpgNé dans une famille musulmane pratiquante, Modibo Kéita durant toute sa vie fera siennes les valeurs inculquées par l’éducation familiale ; à savoir : l’honneur, la dignité, la probité, le courage, le travail, le respect des traditions, témoigne El hadj Tidiane Sidibé, compagnon de l’ex-président et père de l’actuel maire de la Commune III, Abdel Kader Sidibé.

Il a été dans l’enfance un élève studieux, travailleur, consciencieux et sérieux, ajoute El hadj Tidiane Sidibé qui l’a rencontré à l’école. Ce sont ces qualités qui ont valu à celui qui allait être plus tard le premier président du Mali d’être un homme politique doté d’une forte personnalité. Aux dires de M. Sidibé, Modibo était un homme plein d’humilité.

Pour Amadou Traoré dit Amadou Djicoroni, le président Modibo Kéita était un homme intègre. A preuve, dira-il, au moment de son arrestation par les membres du CMLN, il n’avait qu’en tout et pour tout que 160 000 francs maliens.

La compassion était une autre qualité du 1er président du Mali indépendant. Pour nos interlocuteurs, Modibo Keita a aidé beaucoup de ses concitoyens dans la nécessité. Il n’hésitait pas à se sacrifier pour sauver son prochain en danger, témoigne encore M. Traoré, qui rappelle qu’étudiant à Gorée, il s’est jeté en mer pour sauver d’une noyade son camarade, Emile Derlin Zinzou, qui deviendra plus tard président du Dahomey (actuel Bénin).

Dans la vie sociale, Modibo était un citoyen dont tout l’entourage était fier, disent nos interlocuteurs.
Denis Koné

Kansoro Sogoba, ex-chef de la milice RDA: « Rien n’impressionnait Modibo Kéita »

Kansoro Sogoba, octogénaire, garde encore de bons souvenirs de Modibo Kéita, qu’il a souvent côtoyé dans le cadre de ses fonctions de responsable de milice nationale.

Kansoro Sogoba n’a pas été un très proche collaborateur de Modibo Kéita, mais l’évocation du nom du premier président de la République du Mali lui a donné une nouvelle énergie alors même qu’il était alité. Il s’est mis à parler du défunt président comme s’il parlait des faits récents.

« Je n’ai pas travaillé directement avec Modibo. Mais, en ma qualité de chef de la milice du parti, il m’est arrivé de le rencontrer directement à son bureau, à Koulouba, pour régler des besoins financiers de la milice. Je garde de lui le souvenir d’un homme honnête, sincère, intègre, intelligent » , témoigne le vieux Sogoba qui ploie sous le poids des ans. A ses dires, « rien n’impressionnait le premier président du Mali indépendant ». Quelle que soit une situation donnée, il trouvait la solution appropriée et avait le don de traiter chaque cas comme il se doit.

La réhabilitation de Modibo Kéita, faite dans un Mali démocratique dirigé à l’époque par Alpha Oumar Konaré, une quinzaine d’années après sa mort, est tout un symbole, aux dires de Kansoro Sogoba. Celui-ci se félicite de l’identification de sa tombe et surtout de l’organisation de cérémonies commémoratives du 16 mai 1977.

Selon M. Sogoba, rares sont les présidents africains qui ont conduit leur pays à l’indépendance, dont la mémoire est saluée de la sorte par le peuple.
Abdrahamane Dicko

Mamadou Lamine Diarra, Ancien élève de Modibo Keita: « Modibo était un homme complet »

Parangon de l’enseignant, le 1er président du Mali indépendant, Modibo Kéita, avait les qualités morales, intellectuelles et physiques du noble métier qu’il exerçait. Témoignage d’un de ses élèves au Cours normal de Sikasso, première promotion 1943-1946 .

« Il faut savoir beaucoup. Enseigner peu mais bien » , aimait à dire Modibo Kéita à ses élèves. Avec une rectitude morale jamais prise à défaut, l’homme avait le souci de perfectionnement de ses élèves. Bien qu’il ne soit plus de ce monde, ses anciens disciples ne se plaignent guère de son comportement tant professionnel que moral. Au cours normal de Sikasso avec la première promotion 1943-1946, Modibo Kéita a marqué son temps et son contrat à travers ses cours de psychologie, de pédagogie, le jardinage, la forge, la menuiserie.

Et l’octogénaire Mamadou Lamine Diarra, ancien secrétaire général du Syndicat national de l’éducation et de la culture (Snec), est passé par là pour être moniteur d’enseignement. Pour lui, Modibo Kéita était un homme complet en tant qu’enseignant, car, argumente-t-il, il aimait ses élèves. « Il leur conseillait et les guidait même au sortir du Cours normal de Sikasso. Modibo était le seul à nous enseigner pendant les 3 ans les matières comme la psychologie, la pédagogie, le jardinage, la forge, la menuiserie ».

Polyvalent, Modibo Kéita l’était, selon Mamadou Lamine Diarra. « Il y avait des ateliers concernant la menuiserie, la forge… Tous les matins, nous étions ensemble pour arroser et pendant l’hivernage, nous étions dans les champs pour cultiver », se souvient l’ancien du Cours normal de Sikasso. Selon lui, Modibo Kéita a également donné le goût du sport à ses élèves avec lesquels il jouait surtout au basket-ball, au volley…

Mais ce qui a le plus impressionné M. Diarra chez l’homme, c’est le fait de leur dispenser 3 ans durant sans un seul jour de maladie ou de repos y compris les dimanches. « Pour nous, Modibo était un modèle d’enseignant. Il avait toutes les qualités morales, physiques et intellectuelles. Nous n’avions pas à nous plaindre de son comportement », témoigne-t-il. Modibo est aussi, pour lui, celui qui avait le don de cacher sa nervosité. « Nous l’avons jamais surpris un jour une douleur sur le visage. Il était très patient dans les explications ».


L’élève retient toujours de son maître, cette phrase :
« Qui se frotte contre moi Modibo, se brise comme verre ». Mamadou Lamine Diarra se rappelle également que l’homme même en étant président de la République ne se dérangeait pas de recevoir ses élèves et de prendre conseils auprès d’eux. « A l’occasion, c’était une fête familiale. Pour nous, nous étions devenus des conseillers bénévoles. Il n’oubliait pas les noms ». Ce qui fait dire au président de la Fédération nationale des parents d’élèves que Modibo Kéita avait une mémoire visuelle développée.

A la fin du cycle en 1946, Modibo a fait comprendre qu’« on ne peut pas enseigner sans aimer les enfants. Aimez-les donc ! En plus de cela, vous avez reçu un rudiment d’instruction, il faudra que vous vous perfectionniez en faisant des études par correspondance pour pouvoir vous élever un jour. Car, vous ne pouvez pas rester éternellement moniteur d’enseignant ».

De même, témoigne Mamadou Lamine Diarra, il nous disait « ce pays est le vôtre. Chacun doit savoir lire et écrire. Ne vous laissez jamais marcher sur les pieds. Surtout soyez fiers du métier que vous exercez. Il est noble ».

Affligé par la disparition de son maître, l’ancien du Cours normal de Sikasso, reconnaît cependant que la vie appartient à Dieu. « Il est mort et les circonstances de sa mort appartiennent à Dieu. Nous, en tant que déiste, nous regrettons sa mort. Il aurait pu être encore utile pour notre pays ». Estimé et respecté de tout le monde, Modibo Kéita ne laissait rien au hasard.

Mohamed Daou



Des compagnons de Modibo: Modibo Kéita une référence

Après le coup d’Etat du 19 novembre 1968, des folles rumeurs doublées de calomnies ont été diffusées sur le père de l’indépendance. Aujourd’hui encore, la jeune génération sait peu de choses sur le 1er président de la République du Mali, lâchement assassiné le 16 mai 1977. Ses compagnons aussi bien du Mali et que du monde entier témoignent sur l’homme. Nous vous proposons quelques-uns parus dans le livre d’Amadou Seydou Traoré dit Amadou Djicoroni. Certains ne sont plus de ce monde.

Idrissa Diarra(secrétaire politique de l’US-RDA) : « Modibo était honnête »

« Modibo avait une grande passion pour le Mali qu’il a servi avec dévouement et abnégation. Homme de terrain, il était en contact avec le pays profond dans le souci de toujours mieux répondre aux préoccupations du peuple. Il mangeait dans leurs plats, discutait ouvertement avec son peuple. Le peuple se reconnaissait en lui. Modibo était un homme d’Etat honnête. Démocrate, progressiste, il voulait toujours faire participer le plus grand nombre à l’œuvre de construction nationale ».


Madeira Kéita(ancien ministre de l’Intérieur) :
« Un symbole ne meurt pas »

« Le dirigeant qui arrive à l’incarner est tenu de transcender à la fois le temps, les hommes et leurs faiblesse. Il devient nécessairement l’homme des hommes, le militant des militants, la pensée des pensées, la raison de la raison. Modibo est un symbole et le symbole ne meurt pas. La direction de l’Union soudanaise RDA a bénéficié de la chance d’avoir à sa tête un homme de l’envergure de Modibo Kéita ».

Léopold Sédar Senghor(ancien président du Sénégal) : « Il était droit »


« Ce que je retins de Modibo Kéita, c’était sa droiture qui prenait sa racine dans sa foi profonde. C’était ce que j’appelle un vrai musulman, c’est-à-dire un homme qui suivait, dans leur esprit, les préceptes du Coran. Il ne croyait pas aux gris-gris et aux maraboutages, comme trop de musulmans et de chrétiens. On comprend qu’il ait été un des grands hommes de la première conférence d’Addis-Abeba : un militant de l’unité africaine ».

Pr. Ali N. Diallo(acteur du Mouvement démocratique):« Un grand homme qui nous manque »

« Au premier président du Mali, respect, estime, affection profonde. Qu’il continue de nous inspirer pour l’amour profond du Mali et du peuple malien ! »

Rassemblés par

Idrissa Sako

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Mme Keita Amina Haidara: La belle-sœur adoptive du père de l’indépendance

Mme Kéita Amina Haïdara est la belle-sœur de Modibo Kéita, elle est précisément la petite sœur de Didy Haïdara, deuxième épouse du 1er président du Mali. Mais Mme Keita se considère plutôt comme la fille de Modibo pour avoir été adoptée par ce dernier.

jpg_mohu1.jpg« J’ai été élevé par Modibo et ma sœur Didy depuis qu’ils étaient à la mairie centrale avant qu’ils ne montent à Koulouba » , se souvient-elle. Notre interlocutrice est très reconnaissante vis-à-vis de son beau-frère qui lui a permis d’aller à l’école, car, à l’en croire, la famille dont est elle issue n’envoyait pas à l’époque ses enfants à l’école française.

« Dans la famille Haïdara tout le monde allait à l’école coranique, mais j’ai été le premier enfant de mon père à fréquenter l’école française grâce à Modibo » , explique Mme Kéita, qui avoue avoir été traitée par le 1er président comme si elle était sa propre fille et non une belle-sœur. Ce qui fait dire à Amina que le père de l’indépendance du Mali a été un chef de famille attentionné à l’égard de tous ceux qui étaient placés sous sa tutelle.

Amina révèle qu’en plus d’elle, d’autres enfants adoptifs, Ami Touré (fille de Didy) et Souleymane Travelé (neveu de Mariam la première épouse de Modibo) ont vécu et tissé des relations parentales avec Modibo tout au long de son existence.

Quel souvenir garde-t-elle du président/chef de famille. «On n’a pas senti un seul instant que Modibo Kéita, parce qu’il est chef d’Etat, ne peut pas s’occuper de sa famille. Il était toujours présent avec nous. Chaque jour à midi et le soir nous partagions le même plat et mangions à l’africaine ».

Selon Mme Kéita l’ancien président du Mali était très exigeant sur le plan des études. « Celui qui ne travaillait pas à l’école, devait s’attendre à être corrigé. Dans le cas contraire, les récompenses étaient assurées ».

Rien que de bons souvenirs pour Amina qui regrette l’emprisonnement et les circonstances de la mort de son « père adoptif ». Elle regrette de n’avoir pas la chance de partager avec Modibo sa « réussite », car aujourd’hui notre interlocutrice est cadre supérieur de la Société des télécommunications du Mali (Sotelma), précisément directeur du service audit et contrôle. A l’arrestation de Modibo Kéita, Amina était en 9e année fondamentale.


«Quand j’ai réussi au DEF, c’est par lettre qu’il m’a félicité, j’aurais souhaité qu’il soit là pour lui manifester ma reconnaissance
» . Amina invite néanmoins ses concitoyens à s’approprier des valeurs d’honnêteté et patriotisme du père de l’indépendance de notre pays.

Amadou Waïgalo

Les Echos du 15 Mai 2009