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Tout ceci avec la bénédiction d’ATT qui, par petites phrases, boutades et digressions, jette toujours les partis politiques en pâture. Ainsi disait-il, il n’y a pas longtemps à Diboli, entouré de députés élus de partis politiques, que ce n’est pas la parole de politicien, mais parole de soldat. Comme s’il était encore sous les drapeaux. Bref, je demeure constant et je maintiens ce que j’avais écrit et publié dans la presse en janvier 2004.

J’ai écrit : « … de mon point de vue, le Mouvement citoyen est un parti politique qui ne dit pas son nom, qui passe le temps à casser le sucre sur le dos des partis politiques et qui ne fait rien d’autre que les pratiques des partis politiques, excepté la formation et l’éducation des citoyens et des militants. Le mouvement citoyen, c’est cette nébuleuse de citoyens qui – pour la plupart – se sont rarement assumés, qui n’ont pas réussi dans les partis politiques quand ils y ont milité, qui, à la faveur de la candidature de ATT se sont amarrés à lui et, sans que ni la lutte du peuple, ni la République ne leur doivent quoi que ce soit (contrairement à ATT) se veulent être aujourd’hui la boussole du Mali. Le mouvement citoyen, c’est le nouveau parti, en gestation qui ne dit pas son nom mais qui sillonne notre vaste pays aux frais de l’Etat, à travers des missions inventées souvent de toutes pièces…

Au mouvement citoyen, les animateurs affectent de se faire appeler indépendants. Ils voudraient dire indifférents, ce qu’ils ont toujours été en général vis-à-vis de la chose publique et de la politique. N’empêche que les indifférents, à la faveur de l’opportunité de l’avènement de ATT, veulent être le centre du monde : ils exigent d’être conseillers techniques, quand la loi dit chargés de mission, peu importe, ATT passe outre et accède à leur requête ! Ils veulent être financés comme les partis politiques, mais la loi s’y oppose. Ils n’ont pas encore le courage de s’ériger en parti politique, de peur que le jeu soit plus clair, de peur de ne plus pouvoir utiliser la couverture d’ATT dont ils se servent et abusent tant qu’ils ne sont pas parti politique pour se conformer à l’engagement d’ATT ! Ils veulent participer à la révision administrative des listes électorales, mais dans un acte de courage rarement égalé l’administration territoriale s’y oppose, conformément à la loi.

Bref, ils veulent le beurre et l’argent du beurre ! Le Mouvement citoyen, c’est enfin cet assemblage de gens qui – le plus souvent – ne se sont jamais intéressés à la chose publique et qui découvrent tout à coup, qu’à la faveur de l’unanimisme ambiant, après avoir cheminé un an ou deux avec ATT, ils peuvent faire main basse sur notre démocratie et ses acteurs. Ils n’ont pas compris que ces hommes-là (les acteurs de la démocratie) en ont vu d’autres et croient, aujourd’hui comme hier quand ils combattaient la dictature de Gmt, que seule la lutte paie. Si c’est cela le Mouvement citoyen dont l’objectif avoué est de vouer aux gémonies les partis politiques ; si la pratique constante des hommes et femmes qui animent ce mouvement est « d’enlever à l’Etat l’emprise des politiques » comme l’aurait dit abusivement le chef de l’Etat ; si, fort de la complaisance (c’est peu dire) du Président de la République, le Mouvement citoyen réussit à faire (ou faire faire) chantage sur des cadres et chefs de services, sur des commerçants jamais en règle vis-à-vis du fisc ; si, au bout de tout cela naissait officiellement un parti-Etat, qui en serait surpris ? … »

Propos recueillis par Boukary Daou

21 juin 2006