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Sous la première République, au seuil de l’indépendance, une citation du président Modibo Keïta passait régulièrement sur les antennes de Radio Mali. Elle disait en substance que « trois voleurs sont recherchés par la police : les bandits qui attaquent la nuit, les commerçants qui font du trafic et les clients des trafiquants.

Toi, quelle sorte de voleur es-tu ? » En effet, selon la méthode employée, on peut distinguer plusieurs types de voleurs. Cela va du contrebandier au brigand de nuit, du faussaire à l’escroc en passant par le pick pocket. Aujourd’hui ils sont légion ceux qui détroussent leurs voisins au lieu de gagner leur pain à la sueur de leur front.

Mais contrairement à ce que dit l’adage, les voleurs ne s’entendent pas toujours comme larrons en foire. Ainsi en est-il dans « l’âne et les trois voleurs » Tandis que « l’un voulait le garder, l’autre le voulait vendre ; arrive un troisième larron qui enlève maître Aliboron ». Entre truands de même acabit, le poisson (pardon le butin) n’est pas le plus souvent partagé conformément aux engagements pris avant la pêche.

Les querelles de marchands de tapis prennent le pas sur les intérêts sordides.

C’est la mort dans l’âme qu’on constate qu’on a été plumé la veille par un malfrat qui a tout emporté et qu’on doit recommencer la vie à zéro. N’en voulons pas trop au pauvre Harpagon qui, pour un larcin, voit le ciel se dérober sous ses pieds : « Au voleur ! Au voleur ! A l’assassin, au meurtrier, justice, juste ciel ; on m’a dérobé mon argent, on m’a coupé la gorge. Qui est-ce ? Oh arrête ! »
Sur le vol, les sujets de sa gracieuse majesté britannique, la reine d’Angleterre, ont l’humour souvent caustique.

Dans l’histoire du voleur volé, un homme entre par effraction chez un particulier à une heure tardive de la nuit.

Pendant que le voleur s’affairait dans sa chambre, l’homme ronfla de plus belle faisant croire à son étrange visiteur qu’il a définitivement sombré dans les bras de Morphée. C’est au moment d’enjamber la fenêtre après avoir accompli son forfait que le voleur, sans qu’il s’en rende compte, se fit vider les poches par le maître de céans.

Une fois au-dehors, il ne peut que constater les dégâts. Il avait perdu jusqu’à son dernier kopeck, y compris tous les sous qu’il avait piqués ailleurs. Va-t-il revenir sur ses pas pour récupérer ce qu’il avait indûment perçu ? Tout bon policier vous dira que le criminel revient toujours sur les lieux du crime.

Plus sérieusement, les vols chez les particuliers n’étanchent plus la soif inextinguible des malfrats.

Les mosquées deviennent de plus en plus leur domaine de prédilection. Les fidèles musulmans qui se rendent à l’office se plaignent fréquemment du vol de leurs chaussures. Pour ne pas être victimes de tels agissements, ils entrent dans la mosquée avec ces chaussures qu’ils rangent dans des placards prévus à cet effet.

Mais le problème est qu’il y a infiniment plus de chaussures que de placards. Même le micro du muezzin fait l’objet de convoitise.

Vendredi, dernier lors de la grande prière, le prêcheur de la mosquée de Djicoroni-para a annoncé aux fidèles qu’un individu malintentionné a enlevé le tapis de prière de l’iman. Et de poser cette question lourde de sens : doit-on vraiment maudire cet homme?

Mamadou Lamine Doumbia

17 Juin 2008