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Djibril Baba Tabouré est une figure connue dans le monde des affaires au Mali. Directeur général de ATS, la première agence de voyage du pays, il est membre du Conseil présidentiel pour l’investissement (CPI). Il est aussi un administrateur de la société FITINA-SA et c’est en cette dernière qualité qu’il s’exprime dans la contribution que nous vous proposons.

Une pièce importante à verser dans le dossier FITINA-SA qui a défrayé la chronique, ces dernières semaines.

Chers amis

L’affaire «Ministre Sow» est devenue l’affaire «FITINA SA», donc me concerne directement désormais. Certains parmi vous se sont inquiétés. Je les remercie sincèrement de leur marque d’amitié.

A tous, je dois des explications et des apaisements d’autant plus que je serai absent de Bamako dans les jours à venir.


1.
Vous verrez dans la presse des avis de vente des bâtiments et matériels de l’usine.


2.

Aucune inquiétude à avoir car la société est en règlement préventif, donc sous la protection de la loi contre toute saisie.

2. La BEI, à la base de cette évolution, est, en tous les cas, dans l’impossibilité de faire quoi que ce soit avec l’actif de FITINA, car le nantissement est partagé avec les autres banques qui ont financé les investissements. Elle ne peut pas se permettre d’agir toute seule. D’autres raisons que je ne dévoilerai pas ici, font que sa démarche est vouée à l’échec.


3.
Elle reproche à FITINA d’avoir surfacturé les équipements achetés.

Depuis quand une entreprise peut se surfacturer elle-même au détriment d’une banque ?

Si surfacturation il y a, elle est un problème pour les autres actionnaires, pas la banque qui a prêté l’argent. Ce n’est pas un don.

Je suis sûr que vous n’accepterez pas que votre banque vous interpelle sur les dépenses que vous faites de l’argent qu’elle vous a prêté. Elle peut, au pire, vous demander le remboursement, mais cela dans le respect des conditions contractuelles. Rien d’autre.

En tous les cas, nous sommes sereins. C’est juste un mauvais moment à passer.

Rappelez-vous l’affaire Hôtel Kempinski, les agitations des banquiers ont juste retardé le plan de vente de l’affaire. Elles ne pouvaient et n’ont pas eu gain de cause en justice.

4. Le matériel acquis a fait l’objet de deux expertises contradictoires (une française et une américaine) avant le financement par les banques.

Le dossier a été monté avec un montant décoté de 50 % de la plus faible valeur expertisée pour tenir compte que ce n’est pas du neuf.

Tout le monde l’a accepté et craché en connaissance de cause. Il faut croire que la BEI finance à la légère.


5.
Pourquoi un tel acharnement ?

La réalité est que les enquêteurs de l’Union Européenne, qui ont sillonné le Mali et le Sénégal pour trouver les preuves des allégations contre l’ancien Directeur du CDE, n’ont rien trouvé de probant qui peut lui être opposé. Manque de pot pour eux, les fichiers informatiques volés ne peuvent pas être présentés en justice. Nous sommes en Europe.

Il fallait s’accrocher à quelque chose, vaille que vaille.


La longue liste a fondu et la surfacturation présumée est devenue l’os à ronger.


Ce n’est plus une affaire CDE, c’est maintenant une affaire BEI.

6. Comment en est-on arrivé là ?

Hamed Sow, qui n’est pas un saint, paie aujourd’hui le prix de sa décision de virer un employé du CDE qui a fait des fautes. Manque de pot pour lui, cet employé avait pris contrôle de son ordinateur, il était l’informaticien du CDE. Pire, il est électeur dans la circonscription électorale d’un député européen anglais qui a juré d’avoir la peau de cet Africain qui veut virer son électeur.

Sa hargne est d’autant plus forte qu’il a reçu de l’informaticien des documents subtilisés de l’ordinateur de son directeur qui tenterait à montrer l’intérêt du Directeur à certaines entreprises financées.

Celui qui est, aujourd’hui, ministre a reconnu qu’avant d’être directeur du CDE, il avait un temps fait le projet de revenir au Mali et s’impliquer dans l’affaire FITINA.

7. Comment comptons-nous en sortir ?

Le ministre gère ses problèmes, FITINA SA gère les siens. En grande difficulté comme plusieurs unités industrielles de ce pays, nous avons un plan de relance qui exige une mise sous protection afin d’intéresser des repreneurs potentiels.

FITINA SA est donc mise en règlement préventif, comme l’était l’Hôtel Kempinski au moment de l’attaque des banquiers. Nous travaillons à reprendre l’activité sous la protection de la justice et intéresser des repreneurs qui auraient plus de trésorerie, car nous sommes à bout.

Les actionnaires de FITINA SA, dont certains sont les principaux créanciers de l’entreprise, donc aujourd’hui pénalisés, vont faire un dernier effort financier pour la reprise afin de rendre la mariée belle. Il est simplement dommage que l’agitation politicienne de la BEI fasse de la mauvaise publicité à notre affaire et complique la tâche de relance.

Mais ?????????

taboure@ats.com.ml

16 Mai 2008