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Peu après son élection au poste de députée suppléante à l’Assemblée française, nous avons contacté Djénéba Kéita. Cette militante du Parti de Rassemblement de Gauche (rattaché au PCF) qui a quitté son pays d’origine (le Mali) il y a 16 ans, fustige « l’absurdité des lois sur l’immigration en France« . Dans cet entretien -par téléphone et net, Jenny (pour les intimes) exprime le sens de son combat.

Le Challenger : Députée – suppléante au Palais-Bourbon. Quelle signification pour la Malienne d’origine que vous êtes ?


Djénéba Kéita :
Je suis animée par divers sentiments. D’abord, une grande joie, car c’est un honneur pour moi d’être la suppléante de Jean-Pierre Brard (député-maire de Montreuil). Ma fierté est d’autant plus grande que je suis, à ma connaissance, la seule Malienne suppléante de la nouvelle législature. Mais aussi, un sentiment de responsabilité. Parce que je dois me battre pour les Montreuillois et tout mettre en œuvre pour faire entendre leur voix au Palais- Bourbon.


Les atouts pour atteindre vos objectifs ?

Mon atout, c’est avant tout ma double culture qui me permet de puiser dans tout ce qui est positif dans l’éducation que j’ai reçue au Mali et les valeurs d’égalité et de fraternité de la France.


Des dossiers urgents concernant vos frères et sœurs issus de l’immigration vous attendez certainement ?

Bien sûr ! Le projet de loi sur l’immigration qui va durcir les conditions du regroupement familial. C’est absurde. Il doit être abrogé. Le problème de l’immigration en France doit se traiter en tenant compte des droits de l’Homme et des enfants. C’est tout un arsenal mis en place pour cacher l’incapacité du gouvernement de Sarkozy à résoudre les problèmes sociaux de la France. Voyez les méthodes d’expulsion. Elles sont inhumaines. Je dénonce cela.

Enfin, je me battrai pour que les relations Nord-Sud soient beaucoup plus honnêtes et pour le co-développement.

Etes-vous acceptée par les populations montreuilloises ? Parmi les « Français de souche » surtout, comme aime le rappeler J-M. Le Pen ?

Je suis réellement acceptée par la population de Montreuil. Car je suis une militante associative très active dans les quartiers. J’étais donc assez connue avant les élections.

Chez les politiques, peu importe que vous soyez issu de l’immigration. Ce qui compte, ce sont vos compétences, le combat pour vos convictions.

L’expression «  Français de souche » ne veut plus rien dire. Car la France, c’est la diversité.

Un bon Français de souche, c’est celui qui partage les valeurs de la France. Qui aime son pays, aime et respecte tous ceux qui ont contribué à faire de la France une terre des droits de l’Homme et d’égalité, sans discrimination aucune.

Certes, il y aura toujours des gens, notamment de la mouvance extrême droite, qui n’accepteront pas. Cela ne devrait pas nous arrêter, quand nous avons des convictions. Je pense que la présence des minorités doit devenir normale dans toutes les instances de l’Etat français. C’est un gage pour l’avenir de nos jeunes. Ceux-ci doivent comprendre qu’ils sont des Français à part entière.

Qu’est ce qui a été déterminant pour la victoire ? Les proches ? La communauté des immigrés ? Votre formation politique ?

Ce qui a été déterminant, c’est la campagne de proximité dans les quartiers. La cohésion entre tous les partis politiques qui nous soutenaient. Aussi, nous avons associé les Montreuillois à l’élaboration de notre contrat de législature qui vise à maintenir les acquis sociaux.

Enfin, il faut reconnaître la participation active des jeunes. Sans entrer dans le communautarisme, je tiens à signaler que les Français issus de l’immigration africaine m’ont beaucoup soutenue. Car c’était pour eux une fierté de me voir sur les affiches partout et à la T.V. Je remercie particulièrement la communauté malienne qui a fait une campagne exemplaire.


Propos recueillis par Zié Sériba GNISSAMA

Le Challenger du 19 juillet 2007.