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A vrai dire, les dix années d’ATT au pouvoir auront vérifié l’adage selon lequel, la chute la plus douloureuse est celle qui intervient lorsqu’on a fini de monter très haut. En effet, le généralissime ATT, si adulé au point que les populations rivalisaient de sobriquets pour lui manifester leur attachement, n’aura été que l’ombre de lui-même, une fois élu président de la République, depuis l’année 2002. D’ailleurs, si l’on en juge par l’ensemble de son parcours de président de la République en deux mandats, on ne peut s’empêcher de dire, tout simplement, qu’il a tout raté.

En qualité de chef suprême des armées, il fut interpellé par les épouses de ses subalternes pour qu’il avoue son implication supposée dans les déboires de l’armée, sa responsabilité implicite dans les tueries subséquentes de soldats désarmés par des rebelles.

La cuisante défaite de Tessalit qualifiée de repli tactique alors que cette garnison était perçue par tous les observateurs comme un verrou stratégique pour le contrôle de la frontière avec l’Algérie. Pour atténuer la perte de cette «mère des batailles», le Président sortant fait publier un communiqué laconique alambiqué pour atténuer le goût amer de la déconfiture de l’armée, privée de nourriture et de munitions au milieu d’un désert hostile. Le généralissime avait préparé les esprits à cette éventualité, lorsqu’il dit qu’une guerre est une succession de batailles perdues ou gagnées, lors du 8 mars, Journée internationale des femmes. Si on les perd toutes, alors on aura perdu la guerre.

En sa qualité de garant de la Constitution, il s’est attaqué à la forme républicaine de l’Etat en foulant au pied la sacro-sainte séparation des pouvoirs, intervenant dans le domaine judiciaire comme bon lui semble, limogeant de hauts magistrats, inversant le cours de la justice, séquestrant arbitrairement des prévenus acquittés, faisant libérer des trafiquants de cocaïne.

De même, en ne revenant pas sur une réforme constitutionnelle controversée et vorace en ressources budgétaires, alors même que la guerre fait payer des cotisations aux populations démunies, il cède à l’appel de son ego au lieu de céder à l’appel de son sentiment patriotique. En somme, il décaisse 9 milliards FCFA sur les impôts des pauvres gens pour satisfaire une lubie personnelle et tirer à moindre frais une gloire post présidence.

En sa qualité de chef de l’exécutif, il devait veiller aux règles de transparence financière et de bonne gouvernance. Au lieu de cela, des transactions douteuses sont conclues en Conseil des ministres ou des appels d’offres légaux sont supprimés au détriment des entreprises nationales, mais au profit d’entités opaques.

L’image du Président est si écornée qu’on aurait dit que cet ultime crime contre la démocratie lui profite par le biais de sociétés-écrans pilotées par les membres de sa famille, selon un journal de la place.

On ne peut s’empêcher de faire un lien entre l’affaire Waic/Bhm et la famille présidentielle, selon des indiscrétions émanant de milieux bien informés, et l’intervention suspecte du Président dans le dossier.

Les bruits de saccage des biens publics amplifiés par les rapports du premier Vérificateur général continuent à alimenter la suspicion sur la corruption tous azimuts des barons du régime.

Les goulots d’étranglement de la société malienne que sont la crise scolaire, le chômage des jeunes et la corruption des élites se sont approfondis, créant un sentiment de faillite d’un système.

A la fracture sociale habituelle, est venue se greffer une fracture identitaire et ethnique dans la plus grande imprévoyance des gouvernants.

Au lieu d’une démocratie apaisée, le Mali, depuis une décennie, est soumis à une sorte de dictature souriante, qui embrigada tous les partis politiques dans une gestion concertée du pouvoir à l’italienne, avec une omerta sur les scandales du régime. Aucune voix discordante à part celle du parti Sadi dont le chef serait traqué par ailleurs pour avoir rompu le pacte du silence et qui avait cédé un moment à l’appel pour dépecer «l’éléphant Mali».

Après avoir offert le gîte et le couvert aux rebelles qui l’ont trahi et qui tentent de diviser le pays, le Président apparut, flottant dans son boubou blanc, devant les femmes du 8 Mars, pour dire qu’il aurait été la victime d’un coup d’Etat sous le couvert de manifestations des femmes de soldat. Qui l’eut cru? Aucune arrestation. Le Président ne cesse de s’enfoncer sans la présence de son avocat, parce que tout ce qu’il dit sera retenu contre lui. Pour une fois, qu’il veuille bien se taire pour respecter la douleur des familles et laisser du temps aux soldats du front de digérer leur défaite de Tessalit, prier pour les suppliciés d’Aguel Hoc et de Léré.

Gérard DAKOUO

Le Prétoire du 15 Mars 2012