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A quelques jours d’intervalle, la vie politique malienne a été marquée par deux évènements, certes paradoxaux mais importants, dont la répétition pourrait scander désormais le paysage politique partisan, en l’altérant souvent, en le rectifiant toujours.

Le premier est la dissolution du Rassemblement National pour la Démocratie (RND) dans l’Alliance Démocratique du Mali (Adema). Cette fusion a consacré l’acte de décès officiel du « parti du souvenir ».

Le deuxième évènement, au contraire, a vu la naissance d’une autre formation politique, l’UDM (Union pour le Développement du Mali), à la suite d’un déchirement, un de plus, au sein d’un parti politique.
Auparavant, il y a eu d’autres fusions mais aussi d’autres créations de nouvelles formations politiques, sur fond de déchirures et de divisions, donnant le ton à la recomposition du paysage politique malien. Avec quel impact sur les partis politiques ?

Ces déchirures et divisions, si elles n’ont épargné aucun des partis politiques nés après mars 1991, ont, cependant, particulièrement affecté les trois plus grandes formations qui se sont distinguées à cette époque. Il s’agit de l’Adema, de l’US-RDA et du CNID. De la première sont nés trois partis politiques : le Miria, le Rpm, et l’Urd. De la seconde, le Bdia et le Pids.

De la dernière, la Sadi, le Parena et le Bara. Si beaucoup rêvent (et se perdent en conjectures) à la refondation, la reconstitution ou la régénération, c’est selon, de ces trois grandes familles politiques, les divisions n’ont pas pour autant cessé. Mais elles affectent de moins en moins la première famille. Au contraire, celle-ci enregistre depuis quelques temps des adhésions.

C’est ainsi que si le Rpm traîne le pas et perd du terrain depuis 2007, l’Urd et le Pasj sont devenus la cible des migrants et autres transfuges, et confortent leurs positions de plus grandes formations de l’échiquier politique national. Qu’y gagnent-ils ?

Après l’absorption du Rnd, beaucoup seraient tentés de croire que le Pasj a fait une bonne opération. A l’issue de cette fusion, le « parti de l’Abeille » ne s’est payé que la portion congrue, c’est-à-dire quelques chefs à défaut du gros de la troupe. Les cadres et militants du parti, notamment ceux de plusieurs sections de l’intérieur du pays ont préféré, quant à eux, se rallier à une formation, l’Urd.

Mathématiquement, on est tenté de croire que c’est ce deuxième parti qui a réalisé le boni ayant englouti le plus grand nombre.

Mais c’est oublier que la quasi-totalité des partis politiques au Mali se confondent à leurs premiers responsables et que les militants, si on peut les appeler ainsi, sont plus enclins à les suivre plutôt qu’à s’en séparer.
Le même constat est valable à l’issue de l’adhésion de certains responsables du Bdia à l’Urd.

Dans ce cas, même si le président du Bdia est resté, avec plusieurs cadres et militants, il n’en demeure pas moins que ceux qui ont quitté le parti en sont des responsables qui peuvent se prévaloir d’une certaine assise électorale mais aussi et surtout d’une paternité politique, notamment en tant que membres fondateurs.

Leur parti d’accueil, l’Urd, l’a si bien compris qu’il vient de leur attribuer, tout comme aux autres transfuges du RND et du CNID, des postes de responsabilité dans la nouvelle direction issue de son dernier congrès.

Les prochaines élections de proximité, les communales de 2009, permettront de fixer ces différentes formations sur l’opportunité et l’importance des fusions et/ou des adhésions dont elles ont bénéficiées.
A défaut de cette certitude, à l’heure actuelle, une autre s’impose. C’est que les divisions et déchirures affaiblissent les partis politiques qu’elles affectent.

L’Us-rda, deuxième force politique après l’Adema en 1992, n’est plus aujourd’hui que l’ombre d’elle-même. De même, le Cnid, troisième sur l’échiquier politique national à la même époque, se trouve aujourd’hui relégué au bas du tableau des partis politiques. D’autres comme le Pdp, le Rdt, le Bara, le Rdp, etc. même s’ils n’ont jamais véritablement marqué le paysage politique, se sont tout simplement estompés dans le souvenir des Maliens.

Cependant, même si certains d’entre eux ont choisi le réalisme en disparaissant de la scène politique, soit en se fondant dans des formations plus représentatives au sein desquelles leurs responsables escomptent un vague poste de vice-président, soit en cessant toute activité politique, les autres continuent à s’accrocher en participant aux scrutins, législatives ou communales, à leur portée dans des zones ciblées. C’est le cas, entre autres, du Ramat à Tombouctou, de la Cds et de la Sadi à Sikasso, du Psp à Mopti…

Les partis politiques qui peuvent cependant se prévaloir d’une plus large représentativité et d’une véritable implantation nationale ne sont pas non plus à l’abri des scissions.

Ainsi, l’Adema a frôlé le schisme après l’élection présidentielle de 2007 ; l’Urd a évité l’affrontement interne relatif à la présidence du parti, lors de son dernier congrès. Quant au Rpm, il vient de perdre une importante partie de ses cadres.

Ceux-ci viennent de mettre sur pied un nouveau parti politique, l’Udm. Que pourrait-il apporter au paysage politique national ? Ses dirigeants sont connus du public. Ils ont décidé de soutenir le projet du président de la République. Ils veulent s’imposer comme force politique alternative. Ils disent vouloir faire la politique autrement. Pourtant ce parti est atrophié dès sa naissance.

Celui qui le préside, Ibrahima Siby, a été élu sur fond de discorde. Notamment entre lui-même et les deux principaux autres acteurs, les frères Amion Guindo, qui avaient conçu le projet de parti, et qui ont fini par abandonner. Aux dernières nouvelles, ils seraient en train d’hésiter entre la création d’un autre parti politique ou le retour au sein de leur formation d’origine, le Rpm.

Comme on le voit, le paysage politique se recompose sans cesse. Au rythme des déchirements, des fusions et des naissances. La classe politique avait pourtant eu l’occasion de se stabiliser, de se réconcilier et de jeter des bases pérennes.

En effet, après la gestion catastrophique d’une Adema encline à diviser, fragiliser ou détruire les autres partis politiques, la classe politique, de 2002 à 2007, a bénéficié d’une situation d’accalmie grâce à la gestion consensuelle du pouvoir proposée par le président de la République lors de son premier mandat,

et à laquelle elle a largement participé. Apparemment, les séquelles étaient beaucoup plus profondes pour s’estomper l’espace d’une mandature.

Cheick Tandina

12 Mai 2008