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L’agriculture peut être la clé de la diversification de l’économie africaine et donner au continent une place respectable dans le commerce international. Pour ce faire, il faut que l’Afrique crée les meilleures conditions lui permettant de tirer le maximum de profit de ses immenses potentialités agricoles.

L’un des principaux objectifs de la Loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (Agoa) est d’aider les pays d’Afrique subsaharienne à diversifier leur économie, c’est-à-dire à ne plus tout miser sur les exportations de pétrole et de gaz naturel, voire du coton et à privilégier les exportations de produits agricoles dont le continent regorge.

« Nous sommes ici pour faire en sorte que l’agriculture travaille pour les Africains et pour leur économie », avait déclaré à la presse, le 17 juillet, un responsable du ministère américain de l’Agriculture, Mark Keenum, à l’occasion du 6e forum annuel de l’Agoa, qui se tenait à Accra les 18 et 19 juillet.

Les chocolats et les ananas du Ghana, les fleurs coupées d’Ouganda et les agrumes d’Afrique du Sud sont certains des produits qui figurent sur la liste des quelque 6000 articles pouvant être exportés en franchise de droit de douane aux Etats-Unis en vertu de l’Agoa, loi commerciale adoptée par le Congrès en 2000.

« Si les exportations de produits agricoles sont encore faibles par rapport à celles de pétrole et de gaz, elles augmentent régulièrement et entraînent la création de nombreux emplois », a indiqué M. Keenum. L’Agoa, a-t-il expliqué, a permis de renforcer les échanges entre les Etats-Unis et l’Afrique subsaharienne. Ceux-ci ont atteint le chiffre record de 71 milliards de dollars en 2006, année où les exportations africaines aux Etats-Unis ont augmenté de 17 % pour atteindre 59,2 milliard de dollars.

Les exportations de produits agricoles africains, pour leur part, ont augmenté de 33 % et ont atteint 360,8 millions de dollars. Mais, ils n’ont représenté que moins de 1 % de l’ensemble des exportations, alors que les exportations de pétrole et de gaz ont constitué plus de 80 % de l’ensemble des exportations africaines à destination des Etats-Unis dans le cadre de l’Agoa. Ce qui n’est pas forcément l’objectif recherché par cette loi commerciale.

Si le secteur énergétique génère des recettes pour les Etats africains, il crée bien moins d’emplois que l’agriculture et, a indiqué M. Keenum, « il est souvent la proie de la corruption ». Sans compter que l’exploitation et l’exportation des hydrocarbures profitent plus aux dirigeants qu’aux pays producteurs comme on le voit au Congo, au Gabon, au Tchad, au Soudan, en Angola… où de vraies dynasties ont été constituées autour des revenus du pétrole au détriment de l’intérêt national.

Pour nombre de spécialistes du développement et du commerce, notamment le président de la sous-commission des affaires africaines de la Chambre des représentants, Donald Payne, ces chiffres ci-dessus cités sont troublants. Ce déséquilibre, estiment-ils, « compromet les efforts visant à réduire la pauvreté entrepris dans le cadre de l’Agoa ».

« Le meilleur moyen de relever le niveau de vie des pauvres en Afrique, notamment des femmes et des enfants, c’est d’encourager la croissance du secteur agricole et d’autres secteurs dans les zones rurales où la majorité de la population vit et travaille », avait souligné le secrétaire général adjoint du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa) devant la sous-commission des affaires africaines.

Après avoir reconnu que le pétrole et le gaz naturel étaient les deux produits dominants des échanges entre l’Afrique et les Etats-Unis, M. Keenum a fait remarquer que des exemples tels que la décision de la société Cargill de construire au Ghana une usine de transformation du cacao, qui coûtera 70 millions de dollars, montraient qu’il était possible d’inverser cette tendance. « L’usine Cargill pourrait produire jusqu’à 120 000 tonnes de beurre de cacao, de poudre de cacao et de liqueur de cacao. Ces investissements contribueront à la prospérité de la population locale grâce aux emplois qu’ils créeront », a-t-il précisé.

Pour sa part, le ministre ghanéen du Commerce, de l’Industrie et du Développement du secteur privé, Alan Kyerematen, a déclaré que « la possibilité d’exporter plus de 6400 produits en franchise de douane, sans contingent, vers le marché de consommateurs le plus important du monde devrait être un encouragement suffisant pour que chaque pays africain s’efforce de produire sur une grande échelle tout un éventail de produits destinés à l’exportation ».

Le Mali peut ainsi tirer de grands profits, aussi bien au niveau des devises et que des emplois dans la commercialisation des mangues, du beurre de karité, des textiles. « Après tout, créer des emplois, gagner des devises étrangères et accroître en conséquence le niveau des revenus, en particulier pour les gens défavorisés et vulnérables, c’est cela réduire la pauvreté », a ajouté M. Kyerematen.

De l’avis de M. Keenum, le gouvernement ghanéen, qui a accueilli le forum de l’Agoa cette année, a fait « un excellent travail en organisant une conférence novatrice qui rassemble des responsables politiques, des hommes d’affaires, des universitaires et des représentants d’organisations internationales » et qui reflète ainsi la diversité du marché mondial.

« Les Etats-Unis ne doutent pas que le Ghana continuera à être un exemple important pour le reste du continent africain en raison des réformes politiques et économiques qu’il a entreprises et des progrès qu’il a réalisés dans ces domaines », a-t-il ajouté. Un exemple qui doit servir de référence aux autorités maliennes car, jusqu’à preuve du contraire, on ne voit pas réellement ce que le pays tire de l’Agoa.

Moussa Bolly

18 septembre 2007.