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L’opération de distribution des cartes d’électeurs a démarré le 27 mars et devra se poursuivre jusqu’à 23 avril soit trois jours avant le scrutin prévu pour le 26 avril 2009. Les commissions de distribution constituées des représentants des partis politiques et d’un président nommé par l’administration, qui ont pris place dans les centres, avancent à pas de tortue en Commune V. Sur des milliers de cartes d’électeurs à distribuer les commissions n’en étaient qu’à quelques centaines lors de notre passage le 4 avril.


Opération timide

Le centre de Bako Djicoroni (groupe scolaire Ibrahima Ballo) abrite quatre commissions de distribution, mais aucune ne témoigne d’une affluence des électeurs pour retirer leurs cartes. Il y a moins d’une centaine de cartes délivrée par une commission, alors qu’elles ont des milliers à distribuer. Par exemple une commission de ce centre qui a 11 347 cartes à distribuer en était à 466 cartes enlevées, après une semaine de distribution.

Dans ce même centre, une commission disposant de 5 922 cartes dont 149 distribuées. Au centre principal de la Commune V (école de Tokorobougou), une commission de 7688 cartes n’en avait distribué que 729. C’est seulement au centre de Badalabougou qu’on peut constater une certaine mobilisation. Une commission qui avait 12 284 cartes en avait déjà placé 1287.

La faible mobilisation s’explique selon les présidents de bureau que nous avons rencontrés. Pour retirer sa carte, il faut d’abord disposer d’une carte en cours de validité. Et même ceux qui disposent d’une carte valable, les difficultés continuent.

Pour certains les conditions de l’enlèvement des cartes sont devenues plus difficiles et ne s’adaptent pas à nos réalités. La première mesure qui est nuisible à la forte mobilisation, selon nos interlocuteurs est le retrait individuel de la carte qui ne permet pas à un électeur de rendre service à ses parents en enlevant à leur place leur carte d’électeurs.


Par exemple
, il n’est pas rendu possible à un électeur de retirer la carte pour ses parents. Selon les confidences de certains membres de commissions, l’URD qui dirige la mairie aurait déjà fini de retirer les cartes de ses militants et toutes les astuces de la loi sont utilisées pour empêcher les autres de retirer leur cartes. En plus les nombreuses cartes qui ne seront pas enlevées serviront de base à la fraude.

Le parti du maire sortant Demba Fané encouragerait ce retrait individuel des cartes pour démobiliser les autres. Selon un homme politique rencontré sur le terrain, et qui est tête de liste de son parti en commune V, cette pratique relève dune volonté manifeste de saboter le retrait des cartes et le déroulement des élections.

La décision est culturelle car on ne peut pas demander à un vieux ou à une vieille de venir retirer sous un soleil de plomb. C’est pour décourager l’électorat et l’esprit de vote. Il y aura une fraude massive sur la base des cartes non enlevées.

Un autre motif de démobilisation serait les heures choisies pour la distribution correspond aux heures de travail c’est-à-dire de 8 à 16 heures. De ce fait les travailleurs ont peu de chance d’avoir le temps d’une opération qui relève du parcours du combattant. Dans la cour du centre, il faut d’abord vérifier son nom, date de naissance et affiliation pour déterminer son bureau de vote.

Le tout se fait sous un soleil accablant en faisant face à un mur sur lequel sont affichés les extraits de la liste électorale. Quand on sait que la plupart des électeurs ne savent pas lire, on peut facilement imaginer les difficultés car il faut chercher quelqu’un pour retrouver son nom sur cette longue liste où il y a des homonymes nés à la même date et souvent il est impossible de se retrouver, nous disent les membres des commissions.

Selon certains membres des commissions visitées au centre de Torokoro, Badala et Daoudabougou, la liste électorale contient beaucoup d’incohérence au niveau des noms des parents de l’électeur, mais aussi des dates de naissance: très souvent les gens sont nés le 31 décembre, certains ont le nom de leur marâtre à la place de leur mère. Et d’autres n’ont tout simplement pas leur nom sur la liste. Le comble est que certaines de ces listes sont déchirées et illisibles.

Au niveau de ces différentes commissions des centres, cependant, on note l’absence ou l’irrégularité de certains délégués de partis politiques. A noter que la Commune V fait 195 306 électeurs pour 411 bureaux de vote et 26 centres de vote.

Ce qui fait de cette commune l’une des plus vaste de Bamako. Ce qui fait qu’elle sera âprement disputée entre les formations politiques lors du scrutin du 26 avril 2009.


B. Daou

07 Avril 2009