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Ça y est ! Le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) mis sur pied au lendemain du coup d’Etat du 18 août 2020, qui a renversé le régime de Ibrahim Boubacar Kéita, est désormais dissous. L’acte de sa dissolution a été rendu public hier, 26 janvier 2021. Et l’on pourrait dire que ce n’est pas trop tôt. Car, la CEDEAO avait longtemps réclamé la dissolution de ce fameux comité qui devrait, de facto, disparaître avec l’installation du Conseil national de la Transition (CNT). Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en prenant cette décision, les autorités de la Transition font encore un pas de plus dans le bon sens puisqu’elles satisfont ainsi à l’une des dernières exigences de l’instance sous-régionale. C’est aussi, et c’est peu de le dire, un ouf de soulagement pour bien des acteurs de la scène politique malienne qui nourrissaient une peur bleue vis-à-vis de ce comité.

En tout cas, c’est un acte salutaire   qui vient s’ajouter à d’autres, notamment la visite d’une délégation ministérielle à Kidal, fief des rebelles de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), et ce, pour la première fois depuis le putsch du 18 août 2020. Faut-il y voir un signe de décrispation marquant le retour de l’Etat malien dans cette ville longtemps considérée comme une citadelle imprenable ? On attend de voir. Toujours est-il que le retour de l’Etat malien à Kidal est un préalable longtemps exigé par la Communauté internationale. Cela dit, il revient aux autorités de Bamako de travailler à se rapprocher davantage des populations de cette zone à travers des mesures de développement comme la construction d’infrastructures scolaires et sanitaires et bien d’autres. Pour le moins, on fait le constat que cette visite ministérielle à Kidal intervient au lendemain d’une double attaque-surprise qui s’est soldée par des pertes en vies humaines et par de nombreux blessés.

C’est dans un tel contexte d’insécurité récurrente, qu’une équipe du commandant de brigade de recherches de la gendarmerie du camp n°1 de Bamako, a fait la première grosse prise dans le domaine du trafic de faux billets, depuis plus de dix ans au Mali. Au total, la somme d’une valeur de plus de 5 milliards de FCFA de faux billets a été saisie la semaine dernière chez un marabout, présumé cerveau d’une bande d’indélicats qui travaillaient à écouler ces faux billets de FCFA, de dollars et d’euro, dans plusieurs pays. Il y a lieu de se demander si cette somme exorbitante de faux billets, n’aurait pas, entre autres, servi à alimenter le terrorisme au Mali ou ailleurs. Le marabout a été présenté hier, 25 janvier, au juge.

Que peut-on dire d’une telle situation d’insécurité doublée de faux monnayage ?

Dans un premier temps, on observe une décrépitude des repères moraux, éthiques et religieux au Mali. En effet, le marabout d’antan en Afrique subsaharienne comme au Mali, était, selon la tradition, le gardien des connaissances en herboristerie et en pratiques thérapeutiques. En sus, son exemplarité en tant que sage, quelque fois juge, intercesseur, prêtre ou simplement éducateur, lui conférait un rôle prépondérant dans la gestion des conflits sociaux.

Il est légitime de supposer que le tristement célèbre marabout est à la tête d’un grand réseau de faussaires

Malheureusement, aujourd’hui, au Mali comme ailleurs, de nombreux marabouts sont devenus des arnaqueurs et des criminels. On peut alors déplorer qu’en dépit de la crise sécuritaire qui sévit au Mali, certains marabouts, au lieu d’aider ce pays à retrouver sa cohésion sociale, soient devenus des contre-exemples, au point de se livrer au trafic de faux billets.

Dans un second temps, dans le contexte actuel marqué par l’indigence des populations sur fond de chaos économique, il va sans dire que le faux monnayage est une activité aux lourdes conséquences financières, dans la mesure où la fausse monnaie entraîne une baisse de la valeur de la monnaie authentique, affecte le consommateur parce que source d’inflation, et représente un manque à gagner pour des entreprises déjà chancelantes.

Enfin, ce qui se passe au Mali en matière de trafic de faux billets, pourrait avoir forcément des répercussions sur les pays frontaliers. Il est légitime de supposer que le tristement célèbre marabout est à la tête d’un grand réseau de faussaires, agissant à l’échelle sous-régionale ou même internationale. C’est pourquoi la Justice malienne ne doit pas lésiner sur les moyens à mobiliser, en vue d’identifier, de stopper et de juger ce marabout et ses complices !

Monique NARE

Source: Lepays.bf