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Pour leur réputation d’officiers compétents et valeureux, les colonels -major Yamoussa Camara et Ibrahima Dahirou Dembélé devraient conseiller utilement au président du Cnrdre, Amadou Haya Sanogo, d’abandonner le projet de dissolution du Régiment des commandos-parachutistes, à l’heure où l’armée malienne a cruellement besoin de toutes ses spécialités.

Le 30 avril dernier, dans une action désespérée et suicidaire, les bérets rouges du 33ème Régiment des Commandos-Parachutistes de Djicoroni ont tenté de mettre fin au règne des putschistes de Kati. Instrumentalisés semble-t-il par leur commandant, Colonel Abdina Guindo, ils perdent la bataille et se dispersent dans la nature face à des forces armées et de sécurité qui se sont coalisées pour la riposte. Certains parmi eux sont arrêtés, d’autres auraient été exécutés.

La chasse aux bérets rouges continue selon toute vraisemblance. Ce qui est sûr, c’est que personne au Mali ni ailleurs n’a bien apprécié cette ‘’guerre des bérets’’ dans les rues de Bamako.

Dans une interview accordée à notre estimé confrère, Youssouf Touré, directeur de la télévision nationale, sur les antennes de l’Ortm, le 12 mai dernier, le président du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (Cnrdre) le Capitaine Amadou Haya Sanogo, laisse éclater sa colère. «Une chose est sûre : plus de Régiment Parachutistes au Mali, plus de bérets rouges au Mali…. Le corps est déjà rayé. Il n’y a plus de particularités. Infanterie, armée de terre, escadron, blindé et ainsi de suite, comme une seule armée, vont se battre les uns aux côtés des autres. Il n’y aura pas de super hommes…», a-t-il martelé.

Le RCP, composante essentielle de l’Armée malienne !

Et, comme pour donner un contenu à ces propos, le 26 juin, le chef d’état-major général des armées, Ibrahima Dahirou Dembélé, accompagné du chef d’état-major de l’armée de terre et des représentants du ministre de la Défense, était à la Compagnie -Para pour faire part aux bérets rouges de la dissolution prochaine de leur régiment. En décidant que le RCP sera supprimé, colonels-major Yamoussa Camara et Dahirou Dembélé, respectivement ministre de la Défense et des anciens combattants et chef d’état-major général des armés, restent-ils fidèles à leur serment, pour avoir juré de servir le pays et non un homme ?

Ne sont-ils pas les mieux indiqués pour conseiller utilement leur mentor sur l’évidence que le Régiment des commandos-parachutistes, entité à part entière de l’armée de terre, est habituée à des missions difficiles et spécifiques, dont l’Armée nationale a plus que jamais besoin en cette période ? Le ministre Camara et le CEMGA Dembélé ne devraient-ils pas œuvrer plutôt à l’assainissement du climat en encourageant la libération des détenus, la remise des corps des ‘’disparus’’ à leurs familles et en rassurant ceux qui se cachent pour leur sécurité ? Pourquoi ne pas organiser une grande cérémonie de réconciliation au cours de laquelle les frères d’armes se pardonneraient mutuellement pour de bon ? Le ministre Camara et le CEMGA Dembélé sont –ils sûrs et certains de ne pas répondre un jour devant le peuple malien et l’histoire de la dissolution du RCP ?

Dans l’armée, beaucoup plus qu’ailleurs, il est vrai que l’ordre de la loi et le commandement de l’autorité légitime ne se discutent pas. Mais il est des décisions qu’il refuse de prendre ou d’exécuter… quand un officier aime son pays. Alors, pourquoi ne pas savoir raison garder ?

B. Siby

Le Challenger du 3 Juillet 2012