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Dans notre parution n°433 du lundi 3 mars, nous titrions à la Une «Le Secrétaire général du MNLA, Bilal Ag Chérif, se radicalise, une dissidence se dessine». Nous évoquions dans l’article la déception de la plupart des membres du MNLA, qui ne se reconnaissent plus en Bilal, lequel refuse toujours de reconnaitre l’intégrité du territoire du Mali et le dialogue inclusif en terre malienne.

Aujourd’hui, ceux qui ont mis de l’eau dans leur vin, qui ont compris le langage ferme de la communauté internationale, se sont démarqués de Bilal Ag Chérif, aux abois, et qui cherche un soutien désespéré jusque y compris auprès de la Russie de Vladimir Poutine, actuellement accusé de violer le droit international, en annexant la Crimée.

Les opposants de Bilal se sont donc concertés pour porter sur les fonts baptismaux la Coalition du Peuple pour l’Azawad (CPA), un mouvement dissident du MNLA. C’est à Hassi Labyad, dans la région de Tombouctou, qu’il a été créé. Dirigée par Ibrahim Ag Mohamed Assaleh, la CPA revendique la très grande majorité des combattants dans les régions de Gao et Kidal. Ceux de Tombouctou y ont adhéré à l’unanimité.
Nous avons pu en joindre certains au téléphone, lesquels nous ont confirmé leur adhésion à la CPA pour «la simple et bonne raison que le nouveau mouvement veut la paix». L’un d’entre eux nous a expliqué: « nous sommes fatigués et nous voulons la paix. Nous soutenons toutes les initiatives allant dans ce sens. Nous sommes vraiment fatigués et nous demandons l’apaisement. Tous ceux qui prônent la paix seront nos alliés. C’est pourquoi nous soutenons Ibrahim Ag Mohamed Assaleh, qui incarne notre espoir».

Pour ce combattant de Kidal qui séjourne actuellement à Bamako, Souleymane Ag Akly, conseiller du chef de fraction Sidi Mahamad Ag Erfal, «la jeunesse consciente du MNLA, notamment les Idnans, est engagée dans la voie de la paix, de la réconciliation nationale. Nous soutenons donc la dissidence, qui est proche de nos préoccupations ».
Maintenant, comment peut-on savoir qui du MNLA ou de la CPA est suffisamment représentatif des combattants? Seul le cantonnement permettra de déterminer le nombre de membres de chaque groupe, et encore faudrait-il que le MNLA soit vraiment engagé dans ce processus.
Dans le cas contraire, tout indique que le MNLA sera perdant dans ce processus de paix et de réconciliation nationale, ainsi que de désarmement et de réinsertion socio-économique, parce que l’extrémisme n’a jamais eu raison sur la pondération, très différente de la compromission.

Rappelons que, dans l’histoire de la rébellion touareg au Mali, ce n’est pas la première fois qu’un mouvement rebelle se désintègre. En effet, en 1991, après les Accords de Tamanrasset signés par le Mouvement Populaire pour la Libération de l’AZAWAD (MPLA), le principal mouvement rebelle d’alors, créé par Iyad Ag Aghaly, celui-ci se scinda en trois groupes: le MPA (Mouvement Populaire de l’Azawad), le FPLA (Front Populaire de l’Azawad) et l’ARLA (l’Armée révolutionnaire de Libération de l’Azawad).
Parallèlement à ces mouvements touaregs, le FIAA (Front Islamique Arabe de l’Azawad) est né. En décembre 1991, les Algériens réussissent à réunir tous ces mouvements de rébellion à El – Goléa. C’est ainsi qu’apparut la Coordination des Mouvements et Fronts Unifiés de l’Azawad (MFUA). Son porte-parole était Zahaby Ould Sidi Mohamed, l’actuel chef de la diplomatie malienne.
Il n’est donc pas à exclure que le MNLA, la CPA et le HCUA (issu d’une dissidence du Mouvement islamique de l’Azawad) se retrouvent dans un grand ensemble pour défendre leurs intérêts, comme ce fut le cas dans les années 90. Il faut préciser qu’il ne s’agissait pas alors d’un montage, mais bien de véritables dissidences. En témoignent les carnages d’alors entre l’ARLA et le MPA.

Le numéro deux du MPA, très populaire, du nom de Bilal, fut assassiné dans une embuscade tendue par les membres de l’ARLA. La suite est connue par les observateurs d’alors, notamment le Professeur Aly Nouhoum Diallo, qui fut également un grand acteur de la paix.
En définitive, faut-il se réjouir de cette dissidence au sein du MNLA? La réponse est positive, parce que tout ce qui permet d’affaiblir les radicaux, dans un processus de dialogue, est une bonne chose. Il reviendra donc à l’Etat de jouer pleinement sa partition, afin de nous conduire vers une paix durable, source de progrès social pour tous. A suivre.

Chahana Takiou

Le 20 Mars 2014