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“Tout ce qui gît dans l’obscurité aspire à la lumière”, disaient les anciens. Cet adage illustre parfaitement ce qui se passe actuellement au Mali avec ces découvertes macabres qui n’en finissent pas. En effet, deux semaines après la découverte d’un charnier à Diago, l’intraitable juge Yaya Karembé, chargé de l’instruction des crimes et exactions commis par les auteurs du coup de force du 22 mars 2012, vient encore d’exhumer quatre cadavres qui, dit-on, appartiennent au corps des Bérets rouges, exécutés et enterrés à la va-vite au cimetière de Hamdallaye, un quartier du sud de Bamako. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’étau se resserre autour de l’ex-capitaine putschiste.

C’est l’audition d’un militaire interpellé dans le cadre de l’affaire de l’assassinat d’autres militaires parachutistes, qui aura permis une telle découverte qui, selon toute vraisemblance, est loin d’être la dernière. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’étau se resserre autour de l’ex-capitaine putschiste devenu subitement général et qui, en si peu de temps seulement au pouvoir, se serait rendu coupable de nombreuses atrocités.

Heureusement donc, dira-t-on, que l’expérience a été très courte et que l’ère Sanogo a fait long feu. Car, que serait devenu le Mali si, au contraire de Salou Djibo du Niger et de Sékouba Konaté de la Guinée, qui ont volontairement renoncé au pouvoir, Sanogo avait réussi, envers et contre tous, à se maintenir à la tête de l’État, ne serait-ce que pour un an de transition ? Assurément qu’il aurait envoyé ad patres tous ses adversaires, notamment les Bérets rouges, pour qui il voue une haine viscérale et qu’il ne veut pas voir même en peinture.

La preuve est qu’en moins d’un mois de règne seulement, Sanogo semble avoir battu le record en matière de crimes et d’exécutions sommaires indignes d’une époque civilisée. A cela, s’ajoutent les nombreuses violences commises contre des hommes politiques, des journalistes et des membres de la société civile. Le summum de la dérive a été surtout l’agression suivie de bastonnade du président de la transition Dioncounda Traoré dont le dossier, après instructions, vient d’atterrir sur le bureau du Procureur général.

Le président de la République Ibrahim Boubacar Kéita (IBK) a promis que, désormais, personne ne serait au-dessus de la loi au Mali.

Trop, c’était trop ! C’est le lieu d’ailleurs de saluer la fermeté de la communauté internationale, en particulier de la Cedeao (Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest), qui a permis de faire plier Sanogo qui aspirait déjà à un destin national. L’homme serait resté au pouvoir que pour rien au monde, il n’aurait lâché prise. A l’instar de bien des dirigeants du continent, il s’y serait accroché, de crainte d’être un jour rattrapé par l’histoire. On n’en est pas là. Et c’est tant mieux.

De toute évidence, le moment est venu pour tous les macchabées de se faire entendre outre-tombe. Que ceux-là qui, jusque-là, sont restés silencieux du fond de leur tombe, “lèvent le doigt” pour que, par petites doses, jaillisse enfin la vérité. En cela, on a de bonnes raisons d’espérer, surtout que le président de la République Ibrahim Boubacar Kéita (IBK) a promis que, désormais, personne ne serait au-dessus de la loi au Mali. A lui donc d’en donner les gages en ne cherchant pas à faire obstruction à la justice comme c’est généralement le cas sous nos tropiques. A défaut, la réconciliation tant recherchée au Mali ne sera qu’une simple vue de l’esprit, surtout quand les bourreaux continueront de narguer les victimes.

En tout cas, IBK doit aller jusqu’au bout. Il n’a pas le droit de décevoir.

Source: Le Pays du 18 décembre 2013

Soir de Bamako du 19 Décembre 2013