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La nouvelle est tombée avant-hier en fin de journée. Mamadou Keita dit Capi est décédé à la suite d’une longue maladie. C’est tellement triste et douloureux qu’il faut y croire, nous attendons tous ce jour fatidique. Hier jeudi le monde sportif lui a rendu un dernier hommage au Stade Omnisports Modibo Keita. Comme pour dire qu’il vivra toujours dans nos coeurs de façon sportive.

La nation vient de perdre un fils dont l’engagement et le dévouement n’ont fait l’objet d’aucune ambiguïté. Autrement dit, il a toujours répondu présent, à chaque fois qu’il a été appelé pour sauver une situation souvent incertaine.

Agé de 61 ans, marié et père de cinq enfants, Mamadou Kéïta dit Capi est nanti d’un diplôme de la plus haute école d’entraîneur de Cologne (en Allemagne). Professeur de football, instructeur de la FIFA et de la CAF, Capi a dans son actif un brillant parcours de joueur et d’entraîneur avec le Stade Malien de Bamako et des Aigles du Mali.

Pour nous les jeunes qui n’avons pas vécu la CAN de Yaoundé 72, nous le découvrirons plus tard quand il était entraîneur du Stade Malien de Bamako vers les années 1982-1983. Date à laquelle il laissa les rênes de son club de coeur (après son élimination en coupe d’Afrique face à une équipe Algérienne) pour se retrouver en Côte d’Ivoire et au Gabon.

En 1993, il surgit pour parachever un travail du coach Molobaly Sissoko, en donnant au Mali sa deuxième qualification à une phase finale de Coupe d’Afrique. La suite est connue : les Aigles du Mali considérés comme les petits poucets, et après vingt-deux années d’absence, se classeront 4è. Mais Capi est limogé trois ans après pour insuffisance de résultats et remplacé par le Français Christian Sarramangna.

Il s’aventura une nouvelle fois en Côte d’Ivoire, notamment à Bouaké et à Korogho. Avec le déclenchement de la rébellion en 2002 en Côte d’Ivoire, Capi retourna au Mali pour donner des cours à l’Institut National de la Jeunesse et des Sports, avant d’être recruté par Malifoot comme Directeur Technique National. Piqué par le virus d’entraîneur, malheureusement Mamadou Keita n’a pas pu résister à la tentation quand il fut appelé en sapeur-pompier pour diriger les Aigles lors des éliminatoires de la CAN 2006.

Le temps démontrera plus tard qu’il avait eu tort d’abandonner son poste de DTN pour une équipe nationale gangrenée à l’époque par une indiscipline notoire. Victime d’un environnement pourri et avec un match nul à Bamako contre le Sénégal et une défaite à Lomé, il sera de nouveau remercié.C’est en ce moment qu’il décida de concrétiser un projet qui le tenait à coeur depuis des années : la création d’une école de football. L’on comprend aisément que Capi a consacré toute sa vie au football.

Certes il n’est pas donné à tout le monde de réussir tout ce que l’on entreprend dans la vie : c’est peut-être le cas de Capi. Mais l’histoire retiendra que l’homme a été animé de la rage de vaincre durant sa vie sportive. Aujourd’hui, nous retenons deux anecdotes de Capi : en 1983 au lendemain de son départ du Stade Malien de Bamako, Capi affirma que certes il s’en va, mais la génération (Seydou Diarra dit Platini, Yacouba Traoré Yaba, Mamadou Coulibaly dit Kouici, Adou Kanté, Lassine Soumaoro, Cheick O Koné et autres) qu’il laisse entre les mains des dirigeants du Stade fera des succès durant les trois ans à venir (1984-1985-1986).

En 2003 lors d’un de nos reportages à la Femafoot, Capi nous disait également qu’il serait mieux d’établir une lettre circulaire et l’adresser à tous les joueurs expatriés (avec des exigences du point de vue comportement et engagement) pour intégrer l’équipe nationale du Mali. Evidemment il s’en est allé aujourd’hui, mais le temps lui a donné raison dans presque tous ses raisonnements.

Dors en paix Capi et la nation Malienne se souviendra de toi éternellement.

O. Roger Sissoko

11 avril 2008.