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La gouvernance du colonel Assimi Goïta est de plus en plus sujet à réflexion au regard des incohérences qui la caractérisent. Le Président de la transition du Mali semble avoir quelques problèmes avec la gestion des hommes, que cela déteint dangereusement sur la mise en œuvre de sa vision et le ‘’Malikura’’ (nouveau Mali) qu’il prône. Le limogeage du Directeur général du PMU-Mali, Alfousseyni Niono, et celui de la Direction Nationale du Trésor et de la Comptabilité Public (DNTCP), Mahamane Dédeou, tous deux nommés le 28 avril dernier,  en sont des illustrations. 

La énième révocation du Dg du PMU-Mali et du Trésor Public a été une grosse surprise pour les Maliens. La facilité avec laquelle les Dg de ces structures étatiques sont remerciés entache la crédibilité du président de la transition qui prône le changement dans la gestion des affaires publiques. Loin de vouloir défendre un individu, c’est plutôt les responsabilités que requièrent ces postes et les structures concernées  qui préoccupent ici. En  l’espace de deux mois ou presque, on compte banalement deux directeurs généraux pour le PMU-Mali et le Trésor Public, deux maillons plus importants du développement au Mali. Pour ne se limiter qu’aux derniers,  on se souvient que c’est le vendredi 25 juin dernier que le colonel Assimi, à travers son ministre des Finances, a fait  débarquer Alfousseyni Niono et Mahamane Dédéou, les successeurs de Robert Vital Diop et de Sidi Almoctar Oumar, au PMU-Mali et au Trésor Public. Tous deux des cadres valables, on les présentait comme de sérieux spécialistes des services financiers qui viendraient réformer le PMU-Mali et le Trésor Public et les rendre plus compétitifs. À peine deux mois plus tard, ceux-ci (Alfousseyni Niono et Mahamane Dédéou) sont  relevés de leurs fonctions, sans raison, du moins officielle.

Surprise générale, pour remplacer ces derniers, c’est les noms de Fasséry Doumbia, le Chef de cabinet du Ministère de l’Économie et des Finances et celui de Boubacar Ben Bouillé, l’ancien DG du Trésor de mai 2012 à février 2015, qui réapparaissent. Des hommes providentiels, des oiseaux rares que le Président de la Transition a réussi à débaucher de leurs gîtes, pour qu’ils viennent prendre en main le PMU-Mali et le Trésor d’où Ben Bouillé a été (presque) chassé quelques années plus tôt, suivi de polémiques à l’époque, entre le Chérif de Nioro et le régime-IBK. Leurs missions sont aujourd’hui, entre autres,  d’insuffler une nouvelle dynamique au PMU-Mali et au Trésor Public.

Le parachutage des DG 

Le retour de Boubacar Ben Bouillé à la tête de la Direction Nationale du Trésor et de la Comptabilité Publique (DNTCP) et le bombardement du Chef de cabinet à la tête PMU-Mali ne répondent à priori à aucune exigence technique. Si le chef de la transition est censé être le seul à connaître et à définir les raisons et l’opportunité de ses choix, il reste que ces services de l’assiette de l’État sont des poumons de l’économie nationale et qu’il ne faut pas s’amuser à changer leurs directeurs généraux à tout bout de champ. En outre, lorsqu’un nouveau Dg s’installe, il définit une nouvelle politique de développement de sa structure. Pour la mettre en œuvre et en escompter des résultats tangibles, une période raisonnable s’avère nécessaire.  En l’espace de quelques mois, il est impossible de diriger convenablement une structure comme le PMU et le Trésor et pouvoir en mesurer les impacts. Il se trouve qu’au bout de deux mois de changement, celui du PMU et du Trésor en ont connu au moins deux.
Cette situation appelle quelques observations. La première fait remarquer la manière presque cavalière avec laquelle la junte parachute sous cette période transitoire ses hommes de main à la tête des services publics et des sociétés d’État, apparemment sans consultation de leurs ministres. Ces derniers qui se croient alors tout-puissants ignorent royalement leurs ministres de tutelle et traitent directement avec le président de la transition qui lui-même prête le flanc à ce jeu. La conséquence en est que les ministres se sentent frustrés et les rapports entre les deux sont souvent conflictuels. Alors qu’en temps normal,  le ministre une fois à la tête d’un département, choisit ses hommes avec lesquels ils travaillent en phase. Tel n’est pas le cas avec une transition militaire.  Boubacar Ben Bouillé qui a déjà été victime d’une telle pratique sous le régime IBK, avec  le ministre des Finances d’alors, M. Igor Diarra, n’a malheureusement pas su en tirer leçon de cette expérience.

Chassés comme des malpropres  

La seconde observation porte sur les raisons du limogeage de c’est ex-Dg du PMU et du Trésor. Ils sont victimes d’une guerre de caniveau entre l’ancien président de la transition Baw N’Daw et son Vice-président, le colonel Assimi Goïta.

Quelques semaines plus tard après la prestation de serment du colonel Assimi, à la suite du renversement de Bah N’Daw et son Premier ministre, les Dg du PMU et du Trésor sont suspendus de leurs fonctions pour « manquement à l’autorité ». Cette situation conflictuelle entre les autorités de la transition suffit-elle pour mériter un pareil sort ? C’est à se demander  s’il n’y avait pas en filigrane l’intention cachée de se débarrasser de ces deux hommes. Si ce n’était pas le cas, n’aurait-on pas dû leur adresser un avertissement, quitte à leur infliger une sanction plus grave en cas de récidive, au regard des responsabilités qui sont  les siennes en leur qualité de DG du PMU et du Trésor.
Et, plus étonnant est que la raison qui sous-tend leur limogeage ne met nullement en cause leurs compétences professionnelles, ni une malversation, ni une erreur de gestion et encore moins une insuffisance de résultat. Si pour un « manquement à l’autorité », on peut du jour au lendemain sauter un Dg du PMU et du Trésor à qui on ne reproche pas une mauvaise gestion ni un détournement, il y a de quoi  s’interroger. À moins que le ministre de l’Économie et des Finances auteur de ces arrêtés de suspension vienne expliquer le contenu de « manquement à l’autorité ».
Au-delà de leurs fonctions de directeur généraux, les deux hommes auraient une mission officieuse principale. Il s’agissait de la conquête de postes de ministre. Au fond, leur nomination à ces postes, qui n’était pour eux qu’un tremplin,  ne visait que cet objectif-là. Comme on le sait, l’expérience s’est soldée par un échec cuisant, puisqu’ils n’ont même pas pu passer le cap de Dg avant de prétendre aux postes de ministre du gouvernement. Dès lors, le président de la transition n’avait plus de raison de les avoir à ses côtés. Il fallait donc trouver un prétexte ou la première occasion pour s’en débarrasser. Leur « manquement à l’autorité » n’a été que la meilleure aubaine pour leur régler le compte, après les avoir utilisé, sans succès.

Jean Pierre James

Source: Maliweb.net