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Loin d’adhérer à une analyse simpliste que la femme est pour la paix et l’homme pour la guerre ou se baser sur des perspectives avec peu de substance théorique ou pratique, il est indispensable d’accepter que les femmes comme les hommes sont impliqués dans les différentes phases du conflit et sont affectés différemment par celui-ci.

Il est, par conséquent, essentiel et indispensable que les femmes reçoivent un appui spécifique par rapport aux conséquences de la guerre, qu’elles soient intégrées au même titre que les hommes dans les processus de négociations de la paix dans leur pays, qu’elles soient prises en compte dans les politiques et programmes de reconstruction et démobilisation, et qu’elles participent activement dans les instances de gouvernance. Tout ceci ne peut se faire sans une volonté politique manifestée et un engagement financier sûr.

En effet, aux causes structurelles préexistantes qui limitent l’accès des femmes à la participation, à la prise de décision aux ressources et aux facteurs de production, s’ajoutent d’autres variables liées à la conjoncture du conflit et qui accentuent l’empire de la pauvreté et de la violence sur les femmes. Il est constaté que les “femmes sont devenues des victimes par excellence de la guerre et sont les premières intéressées à la paix”.

Surtout dans les pays tels que Libéria, République Démocratie du Congo, Rwanda, Sierra Leone, Somalie et Côte d’Ivoire, elles sont, certes les premières victimes du VIH/Sida, mais elles constituent l’une des réponses communautaires dans la mesure où elles supportent particulièrement le fardeau socioéconomique du Sida en prenant soin des malades et des orphelins. Pourtant, il a été démontré que même pendant ces moments durs, les femmes ont fait preuve d’une grande capacité d’adaptation, elles s’acquittent toujours de leur rôle de reproduction.

Malgré, l’existence des instruments juridiques internes et internationaux en faveur des femmes, le statut de protection des femmes n’est pas sauvegardé et les crimes restent majoritairement impunies, comme nous démontrent les jurisprudences des tribunaux pénaux internationaux ad hoc en Rwanda. Ce qui explique que la voix des femmes dans les processus de reconstruction, démobilisation et prises de décision est loin d’être entendue. Pire encore, l’accès à la justice reste au bord de l’illusion.

En dépit de toutes les souffrances et les humiliations endurées avant et pendant les conflits, les femmes sont les premières et principaux piliers de la reconstruction. Elles sont les premières à s’occuper des blessés, des victimes et des vulnérables, recherchent de la nourriture pour les orphelins. Les femmes ont occupé le terrain vacant créé par le chômage des hommes, en se déployant comme jamais vu auparavant dans les activités informelles génératrices de revenus, en jouant sur tous les fronts de la survie quotidienne des familles et devenant ainsi les piliers de la communauté.

Au Mali, lors de la rébellion de 1990, les femmes ont multiplié des négociations avec les groupes armés, les autorités gouvernementales et les chefs traditionnels, pour pacifier le nord du Mali. Elles ont participé activement à l’élaboration et la signature du pacte national qui a abouti à l’adoption de deux document : l’un portant aux questions institutionnelles et l’autre traitant des aspects économiques.

Par conséquent, compte tenu de la place importante de la femme dans le processus de paix et le développement de nos pays, il est donc impérieux d’assurer une justice équitable aux femmes. De même, il faudrait opérer des réformes juridiques de nos pays traditionnels et modernes pour qu’ils intègrent les questions de justice et genre. Il faut aller au-delà des textes et des mots pour s’assurer que les sanctions strictes soient adoptées et appliquées et si besoin, soutenir la création des commissions internationales de justice pour les femmes. Ainsi, il faut mettre en place des moyens et mécanismes pour l’accès de tous à la justice.

Outre la nécessité d’assurer aux femmes la jouissance de leur droit à la justice, il faut un engagement politique et financier soutenu. Les responsables politiques doivent faire de l’équité du genre tant au niveau de la gouvernance, de l’économie et des politiques, un choix politique clairement défini et qui doit être reflété dans tous les secteurs de la vie nationale.

De plus, comme l’a bien affirmé le secrétaire général des Nations Unies en 2000 sur formation spéciale aux forces de paix ; “la paix est indissociablement liée à l’équité entre les hommes et les femmes. Si les femmes doivent avoir rôle égal dans la sécurité et dans le maintien de la paix, elles doivent avoir des pouvoirs politiques et économiques et être représentées adéquatement dans tous les niveaux de décision, avant, pendant les hostilités, ainsi que dans toutes les étapes de maintien de la paix, construction de la paix, réconciliation et reconstruction.

Hady BARRY

Source Direction régionale de l’UNIFEM

27 avril 2007.