Partager

Le Président de la République, Ibrahim Boubacar Keita, a été investi dans sa fonction de Chef de l’Etat, Chef Suprême des armées, président du Conseil supérieure de la magistrature, garant de l’unité et de la souveraineté nationale entre autres, le mercredi 4 septembre dernier. C’était lors d’une audience solennelle de la Cour Suprême, la plus haute instance judiciaire du pays au Centre international de conférence de Bamako (CICB), en présence de tout ce que le pays compte de personnalités importantes. Dans son discours d’investiture, le nouveau président s’est engagé particulièrement à mettre fin à ce qu’on pourrait qualifier de « chienlit » qui prévaut depuis trop longtemps déjà dans notre pays, à travers notamment la restauration de l’autorité de l’Etat, la lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite, etc. De nombreux compatriotes ont longuement applaudi ces propos, mais pour les quelques sceptiques, la prudence est de mise. Car, seuls compteront les actes et non les belles intentions dont le peuple a été, hélas ! suffisamment abreuvé par le passé.

jpg_une-2087.jpg

Dans un réquisitoire, qualifié « d’excellent » par IBK lui-même, le Procureur général près la Cour Suprême, Mahamadou Bouaré, a opportunément rappelé à cette occasion au président de la République nouvellement élu, les priorités du moment d’un pays qui sort d’une crise affreuse et affligeante. Sans s’étaler sur les causes profondes de ce qui est arrivé au Mali ces 2 dernières années, l’éminent magistrat a insisté, entre autres, sur la restauration de l’autorité de l’Etat qui aura pour socles, une justice au service réel des justiciables et une administration respectueuse de ses usagers.
Dans son discours d’investiture, comme en réponse à cette interpellation du Procureur général sur les nombreux défis qui l’attendent, le président IBK a promis de se mettre immédiatement à la tâche « dès demain », a-t-il dit. Pour ce faire, « des actions vigoureuses seront enclenchées » en vue de récréer la confiance entre l’Etat et les citoyens, gage nécessaire à l’impérieuse restauration de l’autorité.
De ce seul engagement du Chef de l’Etat, dépendra la réussite de sa mission pendant son mandat qui couvre les 5 prochaines années. C’est un défi énorme, lorsqu’on sait l’état de déliquescence très avancée dans lequel se trouve le pays, notamment l’Etat à travers tous les pans et symboles qui matérialisent son effectivité aux yeux du citoyen et des observateurs.

En effet, il y bien longtemps que l’Etat avait cessé d’exister au Mali. Car, l’Etat a pour fondements un ensemble de règles, de lois et de principes sacrosaints dont la violation, de quelle que nature que ce soit et par qui que ce soit, doit être sanctionnée comme telle. Ces règles et principes fondamentaux sont érigés en droits et obligations de part et d’autre entre l’Etat et ses citoyens dans un environnement mondial auquel ils doivent s’adapter nécessairement.

Dans le cas espèce du Mali, la question fondamentale qu’il convient de se poser est de savoir si réellement le Mali a toujours été un Etat pour tous ses citoyens ? C’est-à-dire un Etat qui s’acquitte de ses obligations en assurant au mieux ses missions régaliennes et de façon impartiale. En d’autres termes avons-nous au Mali une bonne distribution de la justice ? L’obligation d’éduquer, de soigner, de nourrir, de loger, de protéger, de défendre entre autres est-elle assurée par notre Etat à l’égard de tous ses citoyens ? Ce n’est malheureusement pas le cas. Que demander alors au citoyen qui se sent en dehors des actions de l’Etat ou qui se sent simplement lésé dans ses droits constitutionnels de citoyen ?

Pour restaurer alors l’autorité de l’Etat de façon efficace, il faut que les pouvoirs publics jouent, en premier lieu, leur rôle (tous leurs rôles) en toute impartialité, dans un esprit d’équité et de justice.
Le Mali d’IBK en aura-t-il les moyens ? L’avenir permettra d’apporter une réponse à cette question. Mais d’ores et déjà, le discours programme étalé par le président de la République lors de la cérémonie de son investiture, augure d’un lendemain qui sera forcément différent de ce qui a été jusqu’à maintenant.

En effet, la perte de la notion de patriotisme, l’incivisme, la corruption érigée en système de gouvernance et de gestion, la course effrénée à l’enrichissement rapide et à tous les prix ou par tous les moyens, la perte des valeurs morales et sociétales d’antan, l’absence de références dans la société pour la jeune génération, l’effritement du poids et du rôle de la famille et de la communauté, une école spécialisée à produire des chômeurs plutôt qu’à former des travailleurs prêts à prendre la relève des aînés, le favoritisme, l’irresponsabilité de la plupart des responsables à tous les niveaux de la société, l’absence de perspective réelle pour la jeunesse, sont autant de maux que de défis qui minent la voie de la réalisation du bel programme sur la base duquel le peuple a investi de sa confiance le candidat Ibrahim Boubacar Keita parmi la trentaine à l’élection présidentielle de juillet et août derniers.

La légitimité que confèrent cette confiance et cette onction populaires, sera-t-elle suffisante pour que le président de la République se donne tous les moyens nécessaires et indispensables à la refondation du Mali nouveau ? L’homme dispose en tout cas de préjugés très favorables dans l’opinion et d’atouts certains de par son parcours politique et sa grande expérience de l’Etat, pour traduire effectivement ses promesses en actes concrets sur le chemin de la renaissance nationale.
Le sentiment qui exprime cet espoir nourri par tout un peuple vis-à-vis des nouvelles autorités du Mali se retrouve dans les propos judicieusement tenus par l’Archevêque de Bamako, Mgr Jean Zerbo au micro de nos confrères de l’Ortm, juste à la fin de la cérémonie de prestation de serment du président de la République au Cicb.

Les discours, les Maliens en ont entendus de toutes sortes ! A présent, ils attendent que leur espérance, manifestée à travers leurs votes massifs les 28 juillet et 11 août derniers, se traduise dans la réalité de leur vécu quotidien.

Le président de la République, Ibrahim Boubacar Keita, est certes élu pour 5 ans, mais il n’aura pas 5 ans pour convaincre et rassurer ces compatriotes du bienfondé de leur choix. Les attentes sont immenses. Les défis multiples et multiformes, certes, mais les Maliens ont faim et soif. Comme le dit l’adage « ventre affamé n’a point d’oreille » ! Alors, plus tôt ce sera, mieux cela vaudra !

Bréhima Sidibé

L’Indicateur du Renouveau du 6 Septembre 2013