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Pour dénoncer la situation qui prévaut entre la Fédération Nationale des Producteurs d’Huile et d’Aliment Bétail et la Compagnie Malienne de Développement des Textiles (Cmdt), les membres de cette fédération ont tenu une grande assemblée générale, hier mercredi 23 octobre 2013, dans la salle de conférence de Conseil National du Patronat du Mali (Cnpm). Cette assemblée était principalement animée par le secrétaire général de la fédération, M. Sidiki Diabaté, et son président, M. Abdoulaye Diawara.

A ce jour, 53 huileries sont reconnues en République du Mali. Parmi ces huileries, 48 sont affiliées à la Fédération Nationale des Producteurs d’Huile et d’Aliment Bétail.

La matière principale utilisée par les huileries est la graine de coton qu’elles achètent auprès de la Compagnie Malienne de Développement des Textiles (Cmdt). Pour protéger ces huileries locales, l’État recommande à la Cmdt de vendre les graines de coton uniquement auxdites huileries.

Ainsi, chaque année, une liste est envoyée à la Cmdt, afin d’actualiser le nombre des bénéficiaires. La Fédération Nationale des Producteurs d’Huile et d’Aliment Bétail participe également à la fixation du prix des graines de coton, en association avec la Cmdt et le Ministère des Industries.

Cette année, pour des questions de hausse de prix, un sérieux blocage est intervenu dans ce mécanisme entre la fédération et la Cmdt.

Le secrétaire général de la fédération, M. Sidiki Diabaté, a fourni des explications: « suite à la crise, la totalité de l’huile alimentaire et l’aliment bétail produite n’a pas pu être vendu. Actuellement la quasi-totalité des propriétaires des huileries est endettée. Il y a des stocks d’huile alimentaire et d’aliment bétail, des crédits des banques et de l’énergie. Tant que la Cmdt vend les graines de coton cher, les huileries seront obligés de vendre l’huile alimentaire et l’aliment bétail cher », a déclaré, M. Diabaté.

Le prix de la Cmdt pour une tonne de la graine de coton est de 100.000 Fcfa, alors que la fédération propose 60.000 Fcfa. N’étant pas parvenus à un point d’accord, la fédération a demandé à ses membres de boycotter les graines de coton de la Cmdt. Dans son mécanisme, la Compagnie Malienne de Développement des Textiles (Cmdt) a pu convaincre certains membres de la fédération, notamment l’indien propriétaire d’huileries en les vendant la tonne à 100.000 Fcfa.

Selon, M. Sidiki Diabaté, la Cmdt veut créer des problèmes entre les indiens et la fédération, alors qu’il n’y a pas problème d’ethnie ou de race au Mali. En plus, il a ajouté ceci : « s’il y a des problèmes, les différentes parties prenantes doivent s’asseoir autour d’une table, afin de trouver des solutions. Nous voulons le dialogue pour mettre en place un prix de commun accord. Dès qu’il y aura un accord, nous serons prêts à acheter tous les graines de coton de la Cmdt ».

A en croire nos informations, il y a seulement 10 ans la tonne de la graine de coton coûtait 12.500 Fcfa.

M. Abdoulaye Diawara affirme que si l’État ne s’implique pas dans cette affaire, afin de trouver une solution, il n’y aura pas 15 huileries opérationnelles sur toute l’étendue du territoire national, l’année prochaine.

Tougouna A. TRAORÉ

Nouvel Horizon du 25 Octobre 2013.


Le PDG de la CMDT, Salif A. Cissoko à propos du prix de la graine de coton : «Nous avons consenti un effort de 600 millions de FCFA, toute autre réduction va décimer les revenus des producteurs »

Pour la campagne commerciale 2013-2014, l’interprofession de la filière coton a décidé de fixer le prix de la graine de coton à 100 000 FCFA par tonne contre 103 000 FCFA lors de la campagne écoulée. Ce montant devrait être reconduit suivant le mécanisme de fixation des prix du coton. Mais face aux difficultés que la fédération nationale des producteurs d’huile et d’aliment bétail a soulevé la CMDT et ses partenaires ont décidé de laisser tomber 3 000 FCFA sur la tonne. Ce qui va engendrer un manque à gagner de 600 millions de FCFA pour la filière. Malgré cet effort, la fédération exige de ramener le prix de la graine à 60 000 FCFA la tonne, ce qui va entraîner pour la filière une perte sèche de 8 milliards de FCFA dont 55% doivent revenir aux producteurs de coton.

La CMDT vient d’entamer la campagne commerciale 2013-2014 avec le démarrage du processus d’égrenage. Les premières usines ont démarré à Sikasso et Koutiala, elles seront suivies par Fana le lundi prochain et Kita bientôt. Cependant, on constate qu’avec la mauvaise pluviométrie enregistrée, la production va tourner autour de 480 000 tonnes de coton graine. Au niveau de la CMDT, son PDG, Abdoulaye Salif Cissoko souligne que toutes les dispositions sont prises pour que cette campagne commerciale puisse se dérouler dans les meilleures conditions.

Ainsi, la priorité sera accordée au paiement à temps des producteurs. Dans cette perspective, la direction générale de la CMDT reste confiante quant au partenariat avec le pool bancaire conduit par la BDM-SA. Le coût prévisionnel de la campagne commerciale est de 110 milliards de FCFA. Sur la période octobre – décembre 2013, la CDMT obtiendra un crédit anticipé de 30 milliards de FCFA, qui sera suivi plus tard our le crédit principal de 110 milliards de FCFA.

L’un des aspects importants de cette campagne qui fait grand bruit actuellement est le prix de la graine de coton vendue aux unités de productions de l’huile alimentaire et de l’aliment bétail. Depuis quelques années, la graine de coton entre dans le chiffre d’affaires de la CMDT donc est prise en compte lors de la fixation du prix d’achat du coton aux producteurs à travers un mécanisme déjà rodé en la matière.

Au mois d’avril 2013, à travers ce mécanisme, l’interprofession de la filière coton composée de la CMDT et des organisations professionnelles des producteurs et autres acteurs de la filière, avait fixé le prix d’achat du coton graine aux producteurs à 250 FCFA et le prix de la graine de coton en TTC à 103 000 FCFA la tonne, ce qui est la reconduction du prix de la campagne 2012-2013. Ce prix a été fixé en tenant compte de la campagne caractérisée par une baisse tendancielle du cours mondial et une volonté de relance de la filière.

La fédération nationale des producteurs d’huile et d’aliment bétail a alors rencontré le Directeur général de la CMDT pour lui faire part de certaines difficultés et lui demander une réduction du prix. Selon cette fédération, les unités de transformation sont confrontées à un problème de mévente à cause de la fraude, la contrefaçon et le coût de l’électricité. Très attentif aux préoccupations de son partenaire, l’interprofession a alors décidé de ramener le prix à 100 000 FCFA, soit une diminution de 3 000 FCFA. Cette réduction, dira le PDG de la CMDT, va entrainer un manque à gagner de 600 millions de FCFA pour la filière.

La fédération est montée au créneau pour exiger que le prix soit ramené à 60 000 FCFA, ce qui va entrainer un manque à gagner de 8 milliards de FCFA dont 55% doit revenir aux producteurs. Le PDG de la CMDT, se dit heureux et fier que la graine de coton soit transformée sur place en apportant de la valeur ajoutée, cependant, il estime que cela ne doit pas occulter la volonté de préserver les intérêts des producteurs qui sont les principaux acteurs de la filière coton.

« Nous sommes dans un système libéral des prix, malgré cela et malgré le fait que l’offre est très inférieure à la demande (230 000 tonnes de coton graine sur une capacité de 1 800 000) nous avons consenti cette réduction de 3 000 CFA. Toute autre réduction va entamer les revenus des producteurs. Or, on est dans une logique de relance de la filière, les paysans ont commencé la campagne avec une idée des prix, on ne peut pas revenir sur ça. Sinon, on est disposé à accompagner les industriels dans le cadre de la solidarité filière » a expliqué M. Cissoko. Qui reste disposé à trouver avec les transformateurs un accord qui préserve les intérêts des producteurs de coton.

Youssouf CAMARA

SOURCE: L’Indépendant du 25 Octobre 2013.