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Barack Obama veut redorer le blason terni de la diplomatie américaine grâce à une politique d’ouverture et de dialogue sans condition.

Il y a des menaces auxquelles il faut faire face et des alliances à nouer” , a affirmé Barack Obama, une heure seulement après la proclamation de sa nette victoire en cette nuit mémorable du 4 novembre dernier. Bien qu’étant heureux, l’homme avait sans doute, en marge des autres difficultés, une pensée profonde pour la diplomatie américaine, réduite à sa simple expression ces derniers temps.

La mission principale de l’administration Obama sera sans doute de restaurer le leadership américain à travers une politique extérieure efficiente et cohérente, basée sur les valeurs cardinales, qui avaient permis aux Etats-Unis de s’illustrer dans les relations internationales. En la matière, les démocrates promettent de rompre avec le présent en ne mettant qu’en valeur une chose : le dialogue, rien que le dialogue “avec les amis et les ennemis”.

Cet état d’esprit ne souffre d’aucun doute. L’absence de dialogue nous “empêche de progresser et complique l’adhésion internationale au leadership américain. Sur les challenges variant du terrorisme aux maladies, du nucléaire au réchauffement climatique, nous ne pouvons progresser, à moins que nous bénéficions d’une forte aide internationale”, a défendu Obama, surtout pendant ces 20 derniers mois.

Tout en mettant en confiance les futurs interlocuteurs, ce changement radical se veut l’incarnation de la volonté des USA de trouver un dénouement heureux et pacifique à toute divergence. Et l’une des expressions de ce vœu sera l’expansion des services extérieurs du pays à travers l’ouverture de nouveaux consulats dans d’autres pays.

La Russie sera certainement l’un des premiers coups d’essai de cette arme qu’est le dialogue. Croyant à un non-retour à la Guerre froide, le duo Obama-Biden entend entretenir des relations saines avec le pays de Lénine, sans compromettre les intérêts des USA.

Cela passera partiellement par le respect des principes de souveraineté des alliés des USA en Europe et la gestion à l’amiable des tensions avant qu’elles n’escaladent. Aussi, le pays abordera-t-il avec la Russie les questions sensibles de l’heure comme le nucléaire, la lutte contre le terrorisme, l’allégement de la dépendance à l’énergie russe des partenaires américains dans la région.

Le dialogue prévaudra également pour Israël, l’Iran et la Corée du Nord. L’Etat hébreu bénéficiera d’un soutien infaillible des USA tandis que les deux derniers auront des échanges “sans pré-condition” avec Washington. Ce qui sera certainement en adéquation avec le souhait de la France, dont le chef de la diplomatie, Bernard Kouchner, a récemment déclaré que “la personnalité d’Obama pourrait faire la différence” dans la gestion de ces différents dossiers.

L’Irak et l’Afghanistan seront des tests grandeur nature pour la nouvelle administration. Après une “réflexion approfondie et une visite de terrain dans les deux pays”, l’homme hybride compte “en toute responsabilité mettre fin à cette guerre en retirant les troupes américaines d’Irak en 16 mois, soit en été 2010”. Et le futur secrétaire à la Défense, appuyé par les chefs militaires, sera commis à cette tâche dès sa prise de fonction. Le retrait, qui s’effectuera en différentes phases, se fera “avec précaution”, précise l’homme historique.

Un atout : Joe Biden

Toutefois, selon le plan Obama-Biden, des militaires américains resteront en Irak pour mener des missions anti-terroristes contre Al-Qaïda sur place et dans la région et protéger les civils irakiens ainsi que les diplomates américains. “Ces militaires ne constitueront pas une base en Irak, mais y continueront les efforts de formation et de soutien aux forces de sécurité irakiennes jusqu’à la réconciliation des leaders politiques et à la fin du clanisme”.

S’il sera question de retrait d’Irak, il n’en sera pas de même pour l’Afghanistan. Obama entend renforcer les troupes américaines dans ce pays, tout en s’assurant que “les civils et les villages seront sains et saufs”. Dans ce même état d’esprit, le centre de détention de Guantanamo, qui contraste avec les principes démocratiques et la défense des droits de l’Homme par les USA, sera fermé. Même s’il a jusqu’à présent fourni peu de détails sur le mode de fermeture de cette prison, l’ancien sénateur d’Illinois l’a décrit comme “un chapitre malheureux dans l’histoire des USA”.

Comme toutes ces guerres sont contre le terrorisme et les armes nucléaires, les désormais ex-sénateurs (Obama et Biden) entendent œuvrer dans le sens du renforcement des lois et des conventions nationales et internationales en matière de terrorisme et de prolifération des armes nucléaires aux “régimes dangereux”.

Si Barack Obama dispose d’un atout dans la mise en œuvre de son ambitieuse politique extérieure, c’est bien sûr son futur vice-président Joseph Robinette Biden, communément appelé “Joe Biden”. Sénateur du Delaware depuis 1972 quand il n’avait que 30 ans, l’homme a longtemps été membre de la Commission des relations extérieures au Sénat américain avant d’en être le président jusqu’à son élection comme vice-président.

M. Biden, qui s’est beaucoup battu pour une diplomatie de référence, a une expérience avérée dans ce domaine. Il l’a prouvé tout au long de la campagne et contre sa rivale Sarah Palin, dans l’unique débat entre les nominés à la vice-présidence des USA. D’ailleurs, c’est l’une des explications au fait que le futur locataire de la Maison Blanche a jeté son dévolu sur lui parmi une pléiade de prétendants.

“Biden apporte une grande expérience des relations extérieures et une approche directe au travail bien fait” , avait expliqué l’équipe de campagne d’Obama après l’annonce de son choix. Dans ses premières interventions avec sa nouvelle étiquette de candidat, le double prétendant à la nomination du parti démocrate (1988 et 2008, même s’il s’est retiré prématurément) a laissé entendre qu’on ne peut bâtir une bonne diplomatie sans “dialogue. Il faut vous asseoir à table et discuter”.

Une certitude : Joe Biden jouera un rôle prépondérant dans la conduite de la diplomatie américaine pendant ce premier mandat d’Obama. Et le nouveau ou la nouvelle secrétaire (probablement Hillary Clinton) d’Etat prêtera à cet homme chevronné une oreille attentive, non pas seulement en tant que vice-président des USA, mais en tant qu’expert en la matière.

Ogopémo Ouologuem

21 Novembre 2008