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Le Mali est entré sous l’ère IBK, de l’acronyme du président élu, Ibrahim Boubacar Keita, qui prête serment aujourd’hui mercredi 4 septembre 2013. Un nouveau chapitre de l’histoire politique de l’ex-Soudan français s’ouvre donc. Et un autre s’achève, celui des dix-huit mois de la période de transition suite au coup d’Etat militaire de mars 2012. L’un sera célébré comme le grand retour à une vie constitutionnelle normale. L’autre mérite d’être salué à la hauteur des défis, ô combien périlleux, qui ont émaillé son écriture.

Au président entrant le tapis rouge, au sortant, la patrie reconnaissante.

Si Ibrahim Boubacar Keita s’apprête à goûter aux délices de la magistrature suprême, c’est que Dioncounda Traoré en a souffert du pouvoir dont l’exercice relevait plus de la gageure que de la sinécure.

En effet, investi le jeudi 12 avril 2012 à la fonction de président par intérim pour une transition sous contrôle des militaires qui n’entendait guère s’en laisser conter, l’ancien prof de Math a été confronté à des équations à plusieurs paramètres, les uns aussi complexes que les autres : Faire face aux velléités de retour aux affaires de l’ex-junte, revêtir la tenue de chef de guerre contre les groupes armés qui s’étaient emparés du Nord-Mali avant de la troquer avec celle du diplomate pour les négociations de sortie de crise, et surtout conduire la transition vers une présidentielle.

«Nous avons accompli une mission quasi impossible», a clamé, satisfait, l’homme à la longue écharpe blanche lors de son dernier conseil des ministres. Chapeau à l’artiste qui a dû payer de sa personne, au propre comme au figuré, pour sauver sa patrie en danger.

Porté à la tête de la transition, l’ancien patron de l’Assemblée nationale n’a-t-il pas, par la même occasion, fait le deuil de ses ambitions politiques, quand on sait que cette nouvelle charge le disqualifiait, ipso facto, de la présidentielle ?

Pire, son éphémère bail au palais de Koulouba ne se sera pas écoulé comme un long fleuve tranquille. Bien au contraire. Il y a vécu ce que de mémoire d’homme, aucun chef d’Etat n’a subi : un tabassage en règle par une foule de manifestants à la solde de l’ex-chef de la junte militaire, l’ex-capitaine Amadou Sanogo. Une agression qui lui vaudra plusieurs semaines de séjour médical en France.

Mais à l’image du pape Jean-Paul II qui a accordé l’absolution à l’homme qui a attenté à sa vie le 13 mai 1981, Dioncounda Traoré fit de même à son bourreau. Un acte d’une grande élégance politique, même si, dit-on, il n’avait pas le choix. Mieux, le commanditaire de se passage à tabac sera propulsé au grade de général quatre étoiles.

N’empêche, tel un capitaine-courage navigant entre écueils et récif sous une grosse bourrasque, Dioncounda a su maintenir le cap du 28 juillet 2013, date prévue de la présidentielle. Alors que plus d’un de ses compatriotes n’y croyaient plus. Paru tenu.

On dira peut être qu’il a bénéficié de l’énorme soutien de la communauté internationale, particulièrement de la France qui n’a pas lésiné sur les moyens pour sortir son ex-colonie de l’ornière. C’est vrai. Mais c’est oublier que quelle que soit la solidité du levier, sans un point d’appui conséquent, on ne peut soulever la moindre charge.

Alors, à Dioncounda ce qui est à Dioncounda.
A presque 70 ans, après une telle «mission quasi impossible» l’enfant de Kati peut aspirer à «l’Art d’être grand-père», comme l’écrivait Victor Hugo.

Mais sans nul doute que la communauté internationale, admirative de pareil beau boulot ne laissera pas son auteur aller cultiver son propre jardin. Elle gagnerait, comme elle l’a fait concernant les anciens président Jerry John Rawlings, Pierre Buyoya, Nelson Mandela et Joaquim Chissano, à recycler Dioncounda Traoré comme médiateur dans les conflits qui continuent de meurtrir le continent africain.

Une façon de montrer qu’après la présidence il y a des vies. Peut-être pas plus prestigieuses que celle de chef de l’Etat mais sans doute plus noble.

Alain Saint Robespierre

Mardi, 03 Septembre 2013 20:24

Source : L’Obseravateur Palaaga