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Le tripatouillage de la constitution orchestré par certains chefs d’Etat africains pour se donner un troisième mandat ne doit pas faire tâche d’huile au Mali. ATT doit partir après son deuxième mandat à la tête du pays, tout comme l’avait fait son prédécesseur Alpha Oumar Konaré. Voilà une déclaration faite par Dioncounda Traoré, président de l’ADP au cours d’une conférence de presse qu’il a animée samedi 1er mars. La vie chère, la situation de l’école malienne, la rébellion au nord du pays et le financement public des partis étaient au centre des questions.

L’ADP se rend-elle compte de la cherté de la vie en plus de la situation que connaît l’école malienne?
« Effectivement les gens sont préoccupées, la situation est dure et difficile. Les efforts sont en train d’être faits pour minimiser ces difficultés. Les gens éprouvent des difficultés, mais, est-ce qu’ils sont vraiment mécontents ? Je ne pense pas, parce qu’ils savent pourquoi ils sont dans ces difficultés », a déclaré le président de l’ADP, Dioncounda Traoré. Selon lui « ces difficultés qui ont leurs raisons ailleurs ne sont pas à mettre au compte du gouvernement qui fait des efforts pour minimiser leurs effets ».

En définitive Dioncounda Traoré a rejeté la responsabilité de la vie chère sur les énergies et le prix du pétrole. Le Mali ne produit ni pétrole ni gaz et le coton bat de l’aile. Cependant reconnaît-il tacitement l’évidence en disant : « ce qu’il faut, c’est de ne pas jeter l’huile sur le feu, mais essayons de trouver des solutions à ces turbulences sociales… ». N’eut été les subventions de l’Etat qui vont à tous les secteurs, on aurait pu acheter le carburant à plus de 1000 Fcfa, le litre, ajoute-t-il.

Par rapport à l’école cependant, il a déclaré que si l’école continue comme telle, le Mali n’aura plus de cadres compétitifs dans 15 ans. « Il faut que tout le monde s’implique et nous qui sommes au pouvoir sommes les mieux placés », souligne-t-il.

L’ADP est elle favorable à un troisième mandat du président ATT ?

« Je ne pense pas que le problème d’un troisième mandat pour ATT soit la raison de la mise en place de la Commission d’experts sur la réforme institutionnelle. Déjà au milieu du second mandat d’Alpha Oumar Konaré, le problème de la lecture du texte fondamental, la constitution s’est posé, parce qu’après un certain nombre d’années d’exercice et d’expérimentation, nous nous étions aperçus qu’il y avait beaucoup de lacunes », a déclaré le conférencier.

Selon lui, la relecture qui a été amorcée fut le fruit d’un grand débat qui a commencé localement pour remonter au niveau régional et national. A cette occasion, un forum politique national a planché sur tous les textes fondamentaux de ce pays. Un projet de texte a été envoyé à l’Assemblée nationale et a été voté. Mais ce projet n’a jamais été soumis à referendum.

« Aujourd’hui, il y a beaucoup de choses à changer. Je crois que c’est essentiellement pour cela que le président Amadou Toumani Touré a décidé, dans sa quête de consolidation de la démocratie, et pensé qu’il fallait revoir … les textes fondamentaux qui gèrent ce pays. Si on parle du problème de troisième mandat dans beaucoup de pays, parce que malheureusement certains chefs d’Etat n’ont pas hésité à tripatouiller dans la constitution. Au Mali, cela ne s’est pas encore fait. Le premier président de la troisième République, Alpha Oumar Konaré est parti après avoir fait deux mandats. Le second président Amadou Toumani Touré va faire deux mandats et s’en aller… ».

S’agissant de la participation des partis de la mouvance présidentielle, Dioncouda a rappelé que ces partis et le gouvernement ont pris part à « des réunions qui étaient censées réfléchir sur les problèmes du Nord en vue de faire des propositions à ceux qui ont en charge la gestion de ces questions. Apparemment les choses semblent prendre une tournure telle que nous avons pris un peu de recul. Nous avons dit qu’il faut que nous réfléchissions un peu mieux pour voir qui doit faire quoi, parce que n’importe qui ne doit pas faire n’importe quoi dans ce pays… certains voudraient interpréter ce recul que nous avons pris, comme un retrait ou autre chose. Ce n’est pas de tout ça ».

Dioncounda Traoré a souligné que l’ADP soutient le président de la République dans la recherche d’une solution au problème du Nord, tout en confirmant qu’il s’est rendu effectivement en Algérie, mais s’est gardé d’en dire plus.

Par rapport au financement public des partis politiques, Dioncounda Traoré a dégagé la position des partis de l’ADP qui ne souffre d’aucune ambiguïté. « Notre conviction est que les partis politiques jouent un rôle fondamental dans notre processus démocratique et dans l’équilibre social de notre pays et que c’est à ce titre que le peuple malien a décidé d’octroyer un appui à ces partis politiques, bien entendu sous certaines conditions. Loin de nous l’idée de dire que quelqu’un qui utilise les deniers publics ne puisse pas justifier leur utilisation. Mais il ne faut pas retirer de la main gauche ce qu’on donne de la main droite. Or c’est ça que certains voudraient parce qu’ils ne sont pas favorables et ils n’ont pas compris l’utilité des partis politiques. Ils pensent que les partis politiques ne devraient pas avoir droit à ces financements publics », souligne-t-il.

Le conférencier en la personne du président de l’ADP, Dioncounda Traoré avait à ses côtés, Younoussi Touré, président de l’URD, Aliou Badara Macalou de l’USRDA et Ousmane Ben Fana Traoré du PCR.

«Il s’agit à présent pour l’ADP de rester mobilisée pour la mise en œuvre du Pdes (Programme de développement économique et social) en soutenant l’action du gouvernement dans un contexte difficile de détérioration des termes des échanges et de la hausse constante et particulièrement forte des prix du pétrole », selon la déclaration préliminaire lue par Aliou Badara Macalou. Aussi œuvrer au confort et au renforcement du fait partisan, socle et pilier de la démocratie reste le credo de l’ADP, a-t-il poursuivi.

L’Alliance pour la Démocratie et la République (ADP), constituée de 43 partis politiques s’est donné comme objectifs de soutenir la candidature de ATT à l’élection présidentielle 2007, de constituer une majorité parlementaire susceptible de soutenir l’action gouvernementale et contribuer à la consolidation du processus démocratique et au renforcement du fait partisan.
Dioncounda Traoré a nié le fait que la cohésion au sein de l’ADP a pris un coup avec la composition du gouvernement de Modibo Sidibé.

Selon lui, ce ne sont pas les partis politiques qui ont été consultés un à un pour la constitution du gouvernement, mais l’ADP qui a des structures. « Après une campagne intense, il y avait beaucoup d’attentes, cela est humain, mais il y avait aussi un profond réalisme. Chaque parti de l’ADP savait bien que dans un gouvernement de 25 à 30 membres, tout le monde ne peut pas être au gouvernement, mais qu’il y a d’autres possibilités de participation à l’action de l’exécutif et à la construction du pays. Ce n’est un partage de gâteau, mais une affaire de partage de responsabilités et de missions ».

B. Daou

03 mars 2008.