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De son opinion sur la vie chère, où il affirme qu’il ignore si les Maliens sont mécontents, à ses déclarations fracassantes à l’Assemblée nationale, engageant de manière tonitruante son institution sur la question du nord et se situant aux antipodes de la position maintes fois dégagée par le président de la République, qui a choisi d’être un homme de dialogue, le président de l’ADP et non moins président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, surprend. Certains partisans de la mouvance présidentielle s’interrogent sur le comportement de l’homme. Sert-il ATT où veut-il un embrasement du pays pour se positionner ?

Depuis la conférence de presse que l’ADP a organisée le 1er mars dernier, Dioncounda Traoré, le président de l’Assemblée nationale multiplie les sorties qui ne permettent pas de l’identifier comme un ami qui aide le président à sortir le pays de l’impasse. Au contraire, il semble attiser le feu partout, sur le front social et au nord où il galvanise les troupes à faire tonner les canons, sachant bien qu’au même moment ATT prône le dialogue et le règlement pacifique de la crise du nord.

Riche des expériences tirées de la gestion de la rébellion de 1963 par la première République, ATT, sous la transition en 1991-92, aussi bien que son successeur Alpha Oumar Konaré, sous la troisième République, a opté définitivement pour « le dialogue, le dialogue et le dialogue, même s’il faut aller jusqu’à Aghel Hoc », avait-il dit pendant un moment difficile de la rébellion. Qui a intérêt aujourd’hui à vider les acquis d’ATT, à annihiler ses vertus de dialogue, à réduire au silence et à détruire l’homme du règlement pacifique auquel font appel les pays d’Afrique, partout où la paix est menacée ? Le cas de la République centrafricaine n’est-elle pas édifiant.

Mais, hissé au perchoir, Dioncounda Traoré est-il déjà pressé de son heure qu’il va vite en besogne ? Trop pressé, il choisit la solution de la facilité au détriment du dialogue qui demande beaucoup plus de maîtrise de ses capacités physique et mentale, beaucoup plus d’intelligence et surtout beaucoup de réserve. Quand on parle au nom d’une institution comme la représentation nationale, la modération n’est elle pas de mise ? Un accord est violé, pour lui seul l’usage de la force en vaut la peine d’agir.

N’est-ce pas cette mouvance présidentielle qui, sous sa houlette, a retiré ses représentants au sein du Collectif sur l’Organisation d’une Concertation nationale sur la question du nord que présidait le président du FDR, Tièbilé Dramé ? Cette concertation nationale qui était prévue pour le mois de mars, n’aurait-elle pas eu l’avantage de réunir les fils du pays autour de la table du dialogue et d’éviter les derniers développements qu’a connus la crise du nord Mali ?

Pendant qu’il prône le feu au nord, la situation n’est guère reluisante au sud, de grèves en marches de protestation, les populations éprouvées par la cherté de la vie, manifestent leur mécontentement, cependant le président de l’ADP en conférence de presse, au centre international de conférences, s’interrogeait si on pouvait être mécontent, une absurdité qui frise le mépris: « effectivement les gens sont préoccupés, la situation est dure et difficile. Les efforts sont en train d’être faits pour minimiser ces difficultés. Les gens éprouvent des difficultés, mais, est-ce qu’ils sont vraiment mécontents ? Je ne pense pas, parce qu’ils savent pourquoi ils sont dans ces difficultés », déclarait-il.

En refusant l’évidence du mécontentement populaire, il n’a fait que raviver la colère des Maliens. Cerise sur le gâteau, il montrait au président ATT, le chemin de la sortie après son second mandat. « ATT doit partir comme Alpha est parti, après son deuxième mandat ».
La seule phrase qui a manqué pour aller jusqu’au fond de ses idées était : l’heure de Dioncounda Traoré est arrivée. Que veut-il, dès l’entame du second mandat d’ATT ?

B. Daou

23 avril 2008.