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C’est à 9h30mn précises que Dioncounda Traoré, président de la République par intérim, a prêté serment devant la Cour suprême, le jeudi 12 avril dernier au Cicb. Ce geste, accompli en présence du président du Cnrdre, le capitaine Amadou Haya Sanogo entouré du représentant de médiateur de la Cedeao, Yipéné Djibril Bassolé, ministre des affaires étrangères et de la coopération régionale du Burkina et de Adama Bictogo, ministre ivoirien de l’intégration africaine, représentant le président en exercice de la CEDEAO et de plusieurs invités nationaux de marque, lui donne les pouvoirs constitutionnels (à quelques exceptions près) de diriger le Mali pendant les quarante prochains jours au plus.

Après avoir été officiellement installé président par intérim, le Pr. Traoré a promis de ne jamais négocier la partition du Mali et, s’il le faut, il mènera une guerre totale et implacable contre l’ennemi pour recouvrer l’intégrité territoriale du pays, mais aussi pour bouter hors de nos frontières tous ces envahisseurs. Il entend aussi réaliser les conditions de la tenue d’élections avec un fichier électoral crédible et sur l’ensemble du territoire. Pour la cinquième cérémonie d’investiture d’un président malien depuis l’avènement de la démocratie pluraliste, les populations de Bamako, principalement les passagers des transports en commun et les riverains du Centre international de conférences de Bamako, ont dû se rendre compte que « Ko bè dugu la » (traduction du bambara : Quelque chose se passe en ville).

Effectivement, quelque chose se passait en ville, ce 12 avril 2012 avec des indices frappants, notamment le nombre de véhicules et d’engins stationnés et l’impressionnant dispositif militaire. La salle « Djéli Baba Sissoko » ou salle des 1 000 places, relooké, était pleine à craquer. Le podium du serment était impressionnant. Sous une grande toile aux couleurs nationales Vert Or Rouge est disposée une table autour de laquelle dix chaises entourent un fauteuil ministre, avec deux chaises angulaires et un pupitre. Ce dispositif sera occupé plus tard par le président et les membres du bureau de la Cour suprême, le greffier en chef, le procureur général et le futur président.

Top chrono Plusieurs personnalités et invités de marque étaient visibles dans la salle. Entre autres, les anciens Premier ministres Modibo Sidibé, Younoussi Touré (également 1er vice président de l’Assemblée nationale), Ousmane Issoufi Maïga; les présidents et les membres des autres institutions de la République ; des candidats à la Présidentielle de 2012, Ibrahim Boubacar Kéita, Tiébilé Dramé, Choguel Kokalla Maïga, Mamadou Bakary Sangaré. Le chrono de la cérémonie solennelle a été respecté à la lettre, avec une meute de journalistes, de cameramen et de photographes, admise dans la salle pour assurer les écrits et les images de la postérité. Voici le film de la cérémonie de prestation de serment : 9 h 00 : Entrée ovationnée des émissaires de la Cedeao, Djibril Bassolé et Adama Bictogo qui prennent place au premier rang. 9 h05 : Installation de la Cour suprême 9h10 : Entrée non moins applaudie du capitaine Sanogo (qui s’installe entre les émissaires de la Cedeao) et Pr. Dioncounda Traoré, qui se tient débout devant la chaise « présidentielle ». 9 h13 : Le président de la Cour suprême, Nouhoum Tapily, procède à l’ouverture solennelle de l’audience et installe toute l’assistance. 9 h15 : Le greffier en chef de la Cour suprême, Mme Hassanatou Sakiliba donne lecture de l’arrêt de vacance de la Cour constitutionnelle, arrêt n°2012-001/CC/Vacance du 10 avril 2012. 9 h20 : Le procureur général de la Cour suprême, représentant le ministère public, lit ses réquisitions. « Le Mali est un navire qui peut tanguer, mais qui ne chavirera jamais », dira Mahamoudou Bouaré, pour qui le Mali sortira vainqueur de l’annexion dont il fait face de nos jours. Il a salué la mise en œuvre de l’Accord-cadre du 1er avril 2012 dont l’investiture de Dioncounda est un succès. Mahamoudou Bouaré a ensuite rappelé les dispositions de l’article 29 de la constitution qui determine les pouvoirs du président de la République. Selon lui, la grande experience de Dioncounda Traoré l’aidera à réussir dans sa mission.

Il réquiert enfin qu’il plaise à la Cour suprême de recevoir le serment du Pr. Traoré. 9h28: Dioncounda Traoré est invite au pupitre. 9h30: Sur ordre du président de la Cour, Dioncounda Traoré lève la main droite et jure, à haute et intelligible voix, devant Dieu et le peuple malien, de préserver en toute fidélité le régime républicain, de remplir ses fonctions dans l’intérêt supérieur du peuple, de préserver les acquis démocratiques, de garantir l’unité nationale, l’indépendance de la patrie et l’intégrité du territoire national. Il s’engagé solennellement et sur l’honneur à mettre tout en oeuvre pour la réalisation de l’unité africaine. 9 h 33 : Le président de la Cour donne acte au procureur général de ses réquisitions, au greffier en chef de la lecture de l’arrêt de vacance du 10 avril 2007, reçoit le serment de Dioncounda Traoré, lui en donne acte, le renvoie à l’exercice de ses fonctions et le déclare officiellement président de la République du Mali par intérim.

Au nom de la Cour suprême, de la famille judiciaire et à son nom propre, Nouhoum Tapily adresse ses félicitations au président investi et souhaité que son mandat soit celui de la paix, de la concorde et de la consolidation de la démocratie. 9 h 35 : Le Chancelier des Ordres nationaux du Mali, le Cl Kokè Dembélé reconnaît comme Grand Maître des Ordres nationaux du Mali Dioncounda Traoré. « En application de la 63-61 AN-RM du 31 mai 1963, portant création des ordres nationaux, article 10, nous vous reconnaissons comme Grand Maître des ordres nationaux de la République » lit le Col, Kokè Dembelé avant de remettre à Dioncounda le grand collier et l’insigne. 9h38 : L’hymne national du Mali entonne. 9h41 : le Président par intérim prononce son discours d’investiture. Message ferme aux rebelles Devant l’auguste assemblée, Dioncounda dépeint la situation actuelle du Mali comme suit : « Tessalit, Kidal, Gao, Tombouctou occupés, le Mali, terre de paix, de tolérance et de dialogue coupé en deux. Nos populations du Nord soumises à toutes sortes d’atrocités et d’exactions, notre République laïque et notre démocratie menacées !! ». Le Mali, dira-t-il, n’a jamais connu de moments plus difficiles, puisque c’est son existence même en tant que nation, en tant qu’Etat, en tant que territoire qui est en jeu. C’est pourquoi, selon lui, aucune volonté n’est de trop pour amener l’Etat, le pays et la nation à surmonter les graves épreuves de l’heure. Le président par intérim mesure les défis qui sont aujourd’hui ceux de la République du Mali, mais il promet de ne se dérober ni à son destin, ni à ses responsabilités.

Le tissu national étant éprouvé, Dioncounda accepte d’être l’aiguille pour le recoudre. Le fil dont l’aiguille a besoin pour coudre sera constitué des Maliens de la classe politique, des organisations de la société civile, des militaires, à condition qu’ils oublient leurs appétits, leurs ambitions, leurs calculs et leurs supputations du moment. « J’ai conscience d’être le président d’un pays en guerre qui doit retrouver la paix sans tarder. Je crois en cette paix dans un pays où la seule vraie guerre devrait être celle qu’il doit mener contre tous les manques, contre la précarité, contre le faible taux d’éducation, contre le faible accès aux centres de santé et à l’eau potable, contre la corruption et l’injustice. Je suis le président d’un pays qui aime la paix et qui appelle tous nos frères et sœurs des mouvements rebelles à revenir sous l’arbre à palabre, à rentrer dans les rangs et à renforcer cette nation au lieu de la diviser.

Je leur demande d’arrêter toutes ces exactions, ces pillages, ces viols. Je leur demande de quitter ici et maintenant, pacifiquement les cités qu’ils ont occupées. Je le leur demande avec insistance et je le leur demande avec fermeté », lance aux assaillants du Nord Mali le président par intérim. Dont le seul vœu est que cet appel soit entendu par le Mouvement national de libération de l’Azaouad et Ançardine. Car, prévient-il, « nous n’hésiterons pas à mener une guerre totale et implacable pour recouvrer notre intégrité territoriale, mais aussi pour bouter hors de nos frontières tous ces envahisseurs porteurs de désolation et de misère, que sont AQMI, et tous ces trafiquants de drogues qui opèrent depuis trop longtemps dans le Nord de notre pays, de même que tous ces preneurs d’otages qui discréditent notre pays et portent un préjudice incommensurable à notre développement ». Par rapport à l’intégrité du territoire, Dioncounda Traoré est formel : « nous ne négocierons jamais la partition du Mali ».

De Tinzawaten à Diboli, le Mali restera un et indivisible, de Zégoua à Anderaboukane, ce sera le même drapeau, le même hymne, les mêmes joies, les mêmes peines, le même Mali. Le président par intérim va plus loin dans son adresse aux rebelles et son message à la nation : « Nous préférons la paix, mais si la guerre est la seule issue nous la ferons. Nous la ferons avec notre armée, remise en condition et en confiance. Elle se battra entre les dunes, elle se battra sur les collines et dans la plaine et nous serons tous derrière elle jusqu’à la victoire finale, celle du Mali qui a recouvré tout son territoire et retrouvé sa laïcité ».

Ce combat, l’armée le mènera aussi avec le soutien de la sous région et l’Afrique toute entière, elle le mènera avec l’aide et l’accompagnement de l’Union européenne et de la Communauté internationale, poursuit le Pr. Traoré. Concernant les prochaines élections générales, Dioncounda Traoré promet de réaliser les conditions de leur tenue avec un fichier électoral crédible et sur l’ensemble du territoire. Tout comme de prendre toutes les dispositions utiles pour éviter les pénuries alimentaires et assurer l’accès aux produits de première nécessité en cette année où les récoltes ont été fortement déficitaires.

Sékou Tamboura

Le 17 Avril 2012