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Sommaire:
Dioncounda Traoré élu président de l’Assemblée nationale: Presque un plébiscite
Dioncounda Traoré : Une riche expérience
Élection du président de l’AN: Les supporter chauffent l’ambiance
L’effet « IBK »


DIONCOUNDA TRAORE ELU PRESIDENT DE L’ASSEMBLEE NATIONALE/ PRESQUE UN PLEBISCITE

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Le suspense a été de courte durée hier. Le président de l’Adema-Pasj et de l’ADP, Dioncounda Traoré, a été élu président de l’Assemblée nationale au premier tour de scrutin face au candidat du CNID, Me Mountaga Tall.
Après le retrait de la candidature de Me Kassoum Tapo, les deux leaders étaient forcément partis pour un vote au premier tour. Dioncounda Traoré a recueilli 111 voix, contre 31 voix à son rival Me Tall, tandis que 5 bulletins étaient déclarés nuls.

Pourtant, la journée avait commencé avec beaucoup de pression. La salle Modibo Keïta était pleine à craquer. Tous voulaient être témoins de l’élection du président de l’Assemblée pour la quatrième législature.

DEUX DOYENS :

Beaucoup de retardataires avaient été obligés de suivre l’événement historique du dehors. La partie réservée aux invités des partis politiques, la loge de la presse et la partie réservée au grand public affichaient complet. Le service de sécurité a eu beaucoup de mal à contenir le public.

Pour cette séance inaugurale de la première session de la quatrième législature, les députés convoqués pour 10 heures devaient prendre place en fonction de leur lieu d’élection. Le secrétariat général avait pris soin d’indiquer la place réservée à chaque élu en inscrivant son nom sur un siège.

C’est à 10 h 43 minutes que le secrétaire général Seydou Nourou Keïta déclara la séance ouverte. Après avoir souhaité la bienvenue aux élus, il expliqua la procédure à suivre. Celle-ci consistait en premier lieu à faire le constat par l’huissier Me Touré de la présence effective des élus.

Puis, ce fut l’élection d’un bureau d’âge composé du doyen des députés et des deux plus jeunes élus. Ce bureau installé, alors l’élection du président de l’Assemblée pouvait débuter. La suite devant être le choix d’une commission ad hoc chargée de relire le règlement intérieur et la désignation des commissions, des groupes parlementaires et l’élection des autres membres du bureau.

Dans un premier temps, l’huissier Touré constata l’absence de 8 députés à partir de la liste d’émargement. Mais visiblement, tous avaient pris soin de signer des procurations.

Pour l’élection du bureau d’âge, l’huissier avait constaté l’existence de deux doyens. Il s’agit de Hamadi Camara, élu à Kayes et Nock Ag Atia, élu à Diré, tous nés vers 1939. Mais, il n’y eu pas de bras de fer. Nock Ag Atia signa à l’huissier une lettre de désistement. Le bureau d’âge pouvait s’installer avec Hamadi Camara comme président et Moussa Oumar Diawara et Mme Touré Safiatou Traoré élus respectivement en Communes I et III comme secrétaires parlementaires.

COMME EN 2002 :

Le président du bureau d’âge fit lire un extrait de l’arrêt de la Cour constitutionnelle proclamant l’élection des membres de l’Assemblée nationale et proposa un ordre du jour qui fut adopté par acclamation.

Hamadi Camara rendit publiques les trois candidatures enregistrées : Dioncounda Traoré, Me Mountaga Tall et Me Kassoum Tapo. C’est à ce moment qu’une suspension fut sollicitée par Mme Ascofaré Ouleymatou Tamboura soutenue par Me Kassoum Tapo et Mme Sissoko Fanta Manthini Diarra.
Cela pour permettre aux groupes politiques de ce concerter et sans doute de donner des consignes de vote.

A la reprise, Me Tapo annonça comme il l’avait déjà fait en 2002, son désistement. Le président de l’Adema se retrouvait donc face au président du CNID.

A l’issue du vote public à bulletin secret, Dioncounda Traoré a obtenu 111 voix. Son adversaire, Mountaga Tall a recueilli 31 voix. Cinq bulletins ont été déclarés nuls.
Aussitôt élu, le premier geste du tout nouveau président du Parlement fut d’aller donner une accolade à son prédécesseur, Ibrahim Boubacar Keïta et à son rival malheureux, Me Tall, avant de gagner la place qui sera la sienne pour les cinq ans à venir : au présidium.

Le nouveau président fit alors un discours de circonstance, empreint d’émotion. Dioncounda Traoré a chaleureusement remercié ses pairs qui lui ont confié la présidence de l’Assemblée nationale pour les cinq années à venir. Installé au présidium, ses premiers mots ont été de remercier « Allah, le tout puissant qui a permis que ce jour soit« .

A ce propos, il a rappelé qu’il y a un an et un mois, en août 2006, il se trouvait dans une salle d’opération en France pour subir une intervention chirurgicale. S’il peut remercier le ciel de s’être rétabli et d’avoir pu reprendre ses activités, il a aussi tenu à avoir une pensée pour ceux qui n’ont pas eu cette chance.

En effet, des élus de la dernière législature ne sont plus de ce monde. C’est aussi le cas d’autres hommes politiques notamment, Mamadou Lamine Traoré, un compagnon de lutte et du doyen Almamy Sylla décédé récemment. Une minute de silence a été observée en leur mémoire.

DE L’ÉMOTION :

Dioncounda Traoré a ensuite reconnu être en proie à une grande émotion. Ce qui ne lui arrive pas souvent, a-t-il précisé. « Tant de confiance, tant d’espoir, c’est beaucoup« , avouera-t-il, ajoutant aussitôt : « je compte sur vous pour porter ce lourd fardeau« .

Il soulignera ensuite que le vote à bulletin secret, ne lui permettait pas de savoir qui avait voté pour lui ou contre lui. Par conséquent, il choisit de considérer que tout le monde a voté pour lui.

Il s’est ensuite engagé à être président de l’Assemblée nationale d’égal partage entre tous les députés, toutes sensibilités confondues.

Dioncounda Traoré estime que dans le pays, la démocratie progresse car nous savons toujours être d’accord sur l’essentiel. Aujourd’hui, de son point de vue, l’essentiel est de renforcer la démocratie, de travailler au développement du pays et d’œuvrer pour la paix.

Il a ensuite annoncé son intention de ne proposer aucun programme avant la composition définitive du bureau de l’Assemblée nationale. « On le fera ensemble« , a-t-il promis.

Il a poursuivi son intervention en adressant ses félicitations au président Amadou Toumani Touré à qui il a réitéré l’accompagnement du parlement sans faillir à sa mission de contrôle de l’action gouvernementale.

Il a appelé à travailler dans la paix, la fraternité et conclu en revenant sur son émotion. « Je suis très ému. Les mots me manquent« , lancera-t-il, avant de demander à poursuivre avec l’ordre du jour.

Ce matin, les travaux reprennent pour la mise en place d’une commission ad hoc qui va procéder à la relecture du règlement intérieur. Ce n’est qu’au terme de ce processus qu’il sera question de la constitution des commissions de travail et des groupes parlementaires.

A. LAM


DIONCOUNDA TRAORE : UNE RICHE EXPÉRIENCE

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Dioncounda Traoré, le nouveau président de l’Assemblée nationale est né le 23 février 1942 à Kati où il entame ses études primaires en 1949.

Plus tard, il les poursuit à Nara, Kayes et Fréjus (France) jusqu’en 1954. Orienté au lycée Terrasson des Fougères (actuel lycée Askia Mohamed) en 1955, il passe le baccalauréat avec succès en 1961, avant d’entamer des études supérieures, lesquelles seront sanctionnées par un doctorat en mathématiques (spécialité analyse fonctionnelle).

De retour au bercail, il intègre la Fonction publique. Quelques années plus tard, il est nommé directeur général de l’École nationale d’ingénieur. Durant ces années de régime militaire puis de parti unique, il milite activement dans le syndicat.

Il participe ensuite à la fin des années 80, à la montée en puissance des associations qui se battent pour la démocratie et le multipartisme et à l’instauration de ceux-ci après mars 91, il se distingue dans les rangs de l’ADEMA, parti qui remportera les premières élections démocratiques en 1992.

Il est alors appelé au premier gouvernement de la IIIè République (9 juin 92). Dioncounda Traoré y occupe d’abord le poste de ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Modernisation de l’Administration. Une longue carrière ministérielle venait de s’ouvrir devant lui.

En effet, le 16 avril 1993, il est nommé ministre d’État, ministre de la Défense nationale. Quand il quitte ce poste, c’est pour occuper celui de ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, des Maliens de l’extérieur et de l’Intégration africaine le 25 octobre 1994. Poste qu’il occupera jusqu’au 24 août 1997.

Élu député à Nara, il démissionne de son poste de ministre à la veille de la rentrée parlementaire. Le nouveau président de l’Assemblée nationale connaît donc les rouages de l’Hémicycle.

Pendant cette législature (1997-2002), il occupera la fonction de président du groupe parlementaire du Parti africain pour la solidarité et la justice (ADEMA-PASJ). En 2002, il se présente à nouveau aux législatives à Nara, mais il est battu.

Entre-temps, il avait pris la tête de l’ADEMA après la démission de Ibrahim Boubacar Keita de la présidence de ce parti en octobre 2000. Et depuis, il assume le même poste.

Après un sévère reflux en 2002, il a réussi à conduire l’ADEMA à un premier succès lors des municipales de 2004 puis à un second à l’issue des législatives de juillet dernier.

Marié et père de 7 enfants, Dioncounda Traoré consacre ses loisirs à la lecture et au camping.



ÉLECTION DU PRESIDENT DE L’ASSEMBLEE NATIONALE : LES « SUPPORTERS CHAUFFENT L’AMBIANCE

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L’élection du président de l’Assemblée nationale a été un moment d’intense émotion.

L’événement, tant attendu , a drainé une foule compacte dans la salle Modibo Kéita qui était hier pleine comme un oeuf.

Les loges réservées au public ont été investies par les partisans des candidats en lice pour le perchoir. Venus en masse soutenir leurs champions, ils ont failli transformer l’hémicycle en salle de spectacles.

Fait rarissime dans une élection de président du parlement dans notre pays, la session d’hier a été très souvent ponctuées d’ovations surprenantes, parfois déplacées, obligeant le président de séance à rappeler constamment ses collègues au « calme« .

L’apparition de certains députés dans la salle n’est pas passée inaperçue. Parmi eux, Ibrahim Boubacar Kéita, le président sortant de l’Assemblée. Tout de blanc vêtu, une barbe poivre et sel bien taillée lui barrant le visage, IBK a été vivement acclamé par ses partisans lorsqu’il s’est levé pour accomplir son vote.

Me Mountaga Tall et Dioncounda Traoré, les deux candidats au perchoir ont aussi été acclamés par leurs « fans » tout comme Oumar Mariko, Younoussi Touré, Mme Ascofaré Ouleymatou Tamboura.

Le public s’est montré intransigeant lors du décompte des voix. Certains députés ont même bruyamment manifesté lorsqu’il a fallu décider s’il fallait ou non valider un bulletin de vote.

Tout est vite rentré dans l’ordre et les supporters de Dioncounda Traoré ont chauffé la salle à blanc lorsque leur champion a été élu président de l’Assemblée nationale avec une majorité écrasante.

Ils l’ont acclamé pendant de longues minutes malgré les incessants appels au calme du président de séance.

L’accolade entre Dioncounda Traoré, le président élu et Ibrahim Boubacar Kéita, le président sortant, sous les flashs des photographes a été un autre moment fort de cette cérémonie qui entre dans l’histoire de notre parlement.

M. KÉITA



L’EFFET « IBK »

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Le président sortant de l’Assemblée nationale, Ibrahim Boubacar Keïta garde une grande popularité auprès de ses collègues et du public.

Hier, lors de la séance inaugurale, il était très en vue. Les photographes et les cameramen se bousculaient pour
fixer ses moindres gestes.

Les députés, anciens et nouveaux, se succédaient pour le saluer. A 10h 12, c’est Me Tall qui passe pour une accolade de retrouvailles.

Une minute plus tard, c’est Dioncounda Traoré. Tonnerre d’applaudissement. Puis, c’est Oumar Mariko et beaucoup d’autres.

Quand ce fut son tour de déposer son bulletin dans l’urne, IBK est salué par une grande ovation.

Pourtant, l’ancien président de l’Assemblée n’était pas candidat à sa succession. Avec ses 11 élus, le RPM et son allié du Parena (qui en a 4) ont décidé de ne pas présenter de candidat à la présidence de l’Assemblée par « respect pour les principes démocratiques« .

La salle Modibo Keïta a particulièrement apprécié le geste de Dioncounda Traoré qui, aussitôt élu, est allé vers son prédécesseur pour une accolade.

A. L.

L’Essor

04 septembre 2007.