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Arraché à la junte de Kati par les inlassables et intrépides négociateurs de la CEDEAO, l’accord de principe qui reconduit le Pr. Dioncounda Traoré dans ses fonctions de Président de la République par intérim pour douze mois change les donnes au profit de ce dernier. C’est le président du CNRDRE, le capitaine Amadou Aya Sanogo, qui proclamait, dans une interview télévisée, que l’intérim de 40 jours dévolu par la Constitution à Dioncounda Traoré s’achevant le 22 mai, « il ne resterait pas une seconde de plus ».

Force est de constater que l’intéressé sera au palais de Koulouba après la date indiquée et avec une légitimité plus accrue à présider à la destinée du Mali car adoubé une nouvelle fois par la CEDEAO et, à travers elle, toute la communauté internationale.

Jusque-là Dioncounda Traoré a été confiné à un rôle figuratif entre le capitaine Sanogo, autoproclamé »chef de l’Etat » à en juger par le poster trônant dans son bureau et exerçant de facto l’essentiel du pouvoir et le Dr. Cheick Modibo Diarra, premier ministre « de pleins pouvoirs » mais ayant plutôt une fâcheuse tendance à s’aligner sur les desiderata du capitaine quand il ne les devance pas. Le président intérimaire, s’il veut se hisser à la hauteur de la responsabilité historique qui est la sienne, pourrait ne plus se constater de ce statut qui lui a été créé. Après tout, à part les pouvoirs de nomination et de révocation du premier ministre, d’organisation d’un référendum, de dissolution de l’Assemblée nationale et les pouvoirs dits exceptionnels, il dispose de tous les autres pouvoirs que confère la Constitution du Mali à un président légalement élu.

C’est à lui de s’assumer face au capitaine qui s’est arrogé des prérogatives par la seule force de la baïonnette. Si Dioncounda joue pleinement son rôle, occupe l’espace qui lui est attribué par la Constitution, le CNRDRE serait rapidement condamné à la décrépitude et à la disparition de la sphère dirigeante de l’Etat.

Dans cet ordre d’idées, la toute première mesure qu’il devrait prendre est de mettre fin au climat d’inquisition qui prévaut dans le pays depuis le renversement violent du régime d’ATT, un certain 22 mars de triste mémoire. En mettant fin aux arrestations ( »enlèvements » conviendrait mieux) détentions au secret, interrogatoires en l’absence de tout avocat, intimidations, pillages, saccages et incendies de biens privés, toutes choses qui ont installé la peur dans nombre de foyers, principalement à Bamako.

Le rétablissement de la quiétude au sein de la population en général, de l’élite politique et économique en particulier, doit s’accompagner de la protection des libertés, notamment celles d’expression (deux directeurs de journaux ont été interpellés en une semaine par la Sécurité d’Etat dans le cadre de l’exercice de leur métier) et de réunion (la crainte des exactions amène de plus en plus de politiciens à se faire discrets ou à modérer leur langage, à moins qu’ils ne choisissent l’exil pour des cieux plus cléments).
Ces mesures, qui ont un caractère d’urgence, sont indispensables pour restaurer la confiance des citoyens dans les institutions et relever une économie au plus bas depuis vingt ans.

A une autre échelle, le recouvrement des 2/3 du térritoire national passés aux mains de groupes armés nationaux et étrangers, doit figurer dans le haut de l’agenda présidentiel. Mettant de côté les susceptibilités d’orgueil national et les petits calculs politiciens qui ne disent pas leur nom, Dioncounda doit s’attacher au plus vite à rendre effectif le déploiement des troupes de la CEDEAO au Nord Mali pour en assurer la libération. Le plus tôt sera le mieux car plus l’occupation va durer, plus cette zone risque de se transformer en territoire conquis d’Alquaïda au grand malheur du Mali certes, mais aussi de ses voisins immédiats que sont la Mauritanie, l’Algérie, le Niger, voire les Etats occidentaux dont les intérêts se trouveront davantage menacés en Afrique subsaharienne, au Maghreb et en Europe même.

Restent les élections qui devaient fortifier l’ancrage de la démocratie dans les mœurs au Mali et qui ont été remisées au rancart par le putsch du 22 mars 2012. Elles ne pourront se tenir qu’après la réunification du pays, probablement plus par les armes que par le dialogue. Eu égard donc à leur caractère fort hypothétique dans le court terme, elles ne doivent pas constituer une préoccupation pressante pour le président Traoré.

Au point de lui faire perdre…le Nord.

Saouti Labass HAIDARA

L’Indépendant du 21 Mai 2012