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De tractations en tractations, l’alignement des autres candidats aux primaires sur le choix de la Commission de bons offices, en la personne de Dioncounda Traoré, n’a pas été facile. Les secrets d’une unité de façade scellée.

Depuis le lancement du processus des primaires au Parti africain pour la solidarité et la justice (Adema-Pasj), il avait été mis en place une Commission de bons offices dirigée par Oumarou Ag Mohamed Ibrahim avec pour mission de chercher un candidat de consensus. Au cours de ses travaux, la Commission a rencontré individuellement et à deux reprises, tous les candidats aux primaires. Il s’agissait de voir s’il y avait quelqu’un qui était prêt à désister. Les candidats ont tous avoué que, pour des raisons personnelles, ils n’envisageaient pas de désister dans de telles conditions.

un membre de ladite Commission, ces candidats estimaient qu’une telle décision ne serait pas comprise par leur base. En fait, non seulement ils ne voulaient pas être accusés d’avoir abandonné le combat à mi-chemin, ils se posaient aussi la question de savoir au profit de qui ils allaient désister ? Ensuite, la Commission a rencontré collectivement les sept candidats, afin de trouver un consensus autour d’un candidat. Impossible. Entre-temps, un groupe de trois (Harouna Bouaré, Ousmane Traoré, Tiéoulé Koné) s’est détaché pour prôner le schéma de l’acceptation d’un candidat de consensus. Sékou Diakité et Marimathia Diarra se sont montrés hésitants en formulant des réserves. Surpris, Iba N’Diaye est resté sans parole. ‘’Il nous a tout simplement demandé de lui accorder le temps nécessaire à la réflexion.’’, a souligné un membre de la Commission.

Échec pour les partisans du report !

Les choses ont basculé véritablement le 19 juillet. Ce jour-là, la Commission voulait s’offrir la prérogative de désigner un candidat. Le secrétaire général de l’Adema, Marimathia Diarra attire l’attention de la Commission sur le vrai sens de sa mission qui ne l’autorise pas à procéder ainsi. Il est appuyé par la présidente du mouvement des femmes, Mme Konté Fatoumata Doumbia, par ailleurs membre de la Commission des bons offices.

Le même 19 juillet, Sékou Diakité demande à la Commission de faire très attention, car elle ne doit pas cultiver la gérontocratie au sein du parti. ‘’Est-ce que les militants doivent choisir quelqu’un qui ne peut pas faire deux mandats ?’’, s’interroge l’ancien ministre du développement social, de la solidarité et des personnes âgées qui a dû appeler le président de la Commission pour l’intimider. En coulisses, les tractations étaient déjà en cours pour demander aux candidats de respecter le choix de la Commission.

De même, les partisans d’un énième report sont à l’œuvre. De sources crédibles, il nous revient que tous les ministres du parti étaient favorables à un report des primaires au mois d’octobre. Tout simplement curieux, commente notre source. Dans ce groupe, il y avait deux camps aux intérêts divergents. Un premier qui voulait retarder les primaires était prêt à démissionner du gouvernement en octobre pour tenter sa chance. Le second était dans la logique de semer la zizanie dans les structures du parti à tous les niveaux. Ce qui aurait servi de prétexte pour demander l’arrivée de Modibo Sidibé comme unificateur. Toutes les tentatives du report ont lamentablement échoué.

A la demande de Mme Konté, une réunion extraordinaire du Comité exécutif est convoquée pour le lendemain, 20 juillet. Les membres de la Commission voulaient obtenir du Comité exécutif (C.e) le mandat de désigner un candidat et de prolonger la date du dépôt de leur rapport au 22 juillet. Le C.E a donné son quitus à la Commission qui songeait à élaborer les critères.

Pour privilégier une démarche participative, elle demande aux candidats de contribuer au choix des critères. ‘’Certains candidats ont proposé des critères. Quand on examine les propositions, on a vite compris que chacun donnait son profil’’, affirme un membre de la Commission avec un brin de sourire. Après ce constat, la Commission a préféré s’en remettre aux textes du parti notamment à l’article 53 qui met en avant un certain nombre de critères comme le parcours politique, l’intégrité morale, la compétence, etc.

Une véritable haine contre le candidat

Le 22 juillet comme promis, les abeilles se donnent rendez-vous au siège, dans l’après-midi. Comme on pouvait s’y attendre depuis quelques jours, la Commission désigne le président du C.E et de l’Assemblée nationale, Pr Dioncounda Traoré pour défendre les couleurs de l’ancien parti au pouvoir à l’élection présidentielle de 2012. ‘’Ce qui a privilégié Dioncounda, c’est sa fidélité au parti, sa capacité de rassembleur.

On a compris qu’il s’est dédié au parti. Chaque fois que le bateau du parti tanguait, il était là pour le redresser. C’est l’un des responsables qui a toujours prôné le consensus’’, nous a déclaré un baron de l’Adema. ‘’Ce qui m’a impressionné chez Dioncounda, c’est sa modestie, sa sagesse, sa ponctualité. Tandis que les autres (Iba et Sékou venaient en retard), Dioncounda était toujours à l’heure. Il avait l’air serein.’’, ajoute-t-il.

Les autres candidats aux primaires ont pris la parole pour affirmer publiquement qu’ils s’alignaient derrière ce choix qui a été porté sur ‘’le camarade’’ Dioncounda Traoré. Ils ont même félicité la Commission, conformément à leur engagement pris de rester fidèles à son choix. ‘’C’était un espoir pour moi mais je n’étais pas convaincue. Rien ne présageait l’acceptation du choix de la Commission’’, a martelé un membre de la commission.

C’est Moustaph Dicko, ancien ministre de l’éducation nationale et actuel directeur de cabinet à l’Assemblée nationale qui a pris la parole dans un langage plein d’humour pour demander au président s’il est d’accord avec le choix. Dioncounda Traoré avait déjà dit à plusieurs reprises qu’il n’avait jamais fui une mission confiée à lui par le parti. Selon lui, le choix porté sur sa modeste personne est le signe de la maturité et de l’efficacité de l’Adema, affirme le désormais candidat à la présidentielle de 2012.
Cette unité scellée autour de Dioncounda Traoré est-elle franche ? A en croire certains, il ne s’agit que d’une unité de façade. Un observateur averti de la scène politique va plus loin : ‘’ Cette unité ne tiendra pas si l’Adema arrive au second tour. C’est une union scellée qui va peser pour les alliances parce que les gens ont compris qu’ils ont fait des concessions à l’interne. Une union sacrée à quel prix ? Dans les alliances, personne n’est dupe.’’ Selon les confidences d’un membre de la Commission, les écoutes des différents candidats ont révélé une véritable haine contre le président candidat du parti. Que vont désormais faire les partisans du report et les candidats malheureux ? Difficile d’y répondre. En tout état de cause, la conférence nationale extraordinaire de ce 30 juillet va investir le candidat du parti.

Le président Alpha Oumar Konaré, grand absent !
L’ancien président de la République, Alpha Oumar Konaré, par ailleurs membre fondateur de l’Adema, n’aurait pas pris une part active aux primaires. La Commission des bons offices ne l’aurait pas rencontré. Elle s’est contentée seulement de l’informer car, selon un membre de la Commission, il n’était pas évident que le camarade Alpha réponde à leur appel. Alpha Oumar Konaré ne pouvait pas venir écouter les propos irrespectueux de certains candidats comme Sékou Diakité qui aurait insulté les membres de la Commission.

Par Chiaka Doumbia

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Le triomphe discret de Dioncounda

Sauf divine surprise, tous les bons observateurs de la vie politique savaient au terme d’une analyse fine, lucide et clairvoyante de la situation du parti et des forces internes qui la composent, que le trépident et trépignant match qui opposait l’infatigable militant Dioncounda Traoré (président du parti pendant au moins onze ans) à ses deux « pathétiques » outsiders était quasiment plié.

Et comme tout le monde s’y attendait, c’est depuis quarante huit heures la fin de tout suspense habilement entretenu par une certaine opinion autour d’une désignation qui ne fut en réalité qu’une simple confirmation officielle de la candidature de Dioncounda Traoré. C’est ce titulaire d’un doctorat d’Etat en mathématiques pures obtenu à Nice avec mention très honorable, qui défendra désormais les couleurs du parti de l’abeille pour la (re) conquête de Koulouba. L’enjeu est de taille, mais cet homme au parcours politique extraordinaire conserve sans doute le meilleur profil de l’emploi.

L’alignement des plus hauts cadres politiques du parti en sa faveur, le vendredi dernier, le démontre à suffisance. Même si, par ailleurs, les meilleurs analystes de la place sont d’accord sur un point : quelle que soit la force de frappe d’une formation donnée, il lui sera pratiquement impossible de se frayer seule un boulevard lui permettant de gravir magistralement les marches de Koulouba, cette célèbre Colline du Pouvoir qui fait tant rêver nos politiques.

Intellectuel de renom doté d’une capacité d’écoute et d’analyse hors du commun, Dioncounda a sans doute su tirer – mieux que de nombreux cadres politiques de notre pays – les meilleures leçons politiques issues de la grande et grave crise politique du COPPO, au cours du second mandat d’Alpha Oumar Konaré. Ceci expliquant bien cela, il avait appelé son parti à soutenir le président ATT au cours des élections présidentielles de 2007, histoire de conserver l’unité et la solidité du parti, face à de nouvelles incertitudes qui pouvaient naître au sein d’une formation dont de nombreux cadres ne sont pas tous « blancs comme neige ».

Ce qui ne va pas empêcher au cours des dernières législatives le même Dioncounda à pousser vaillamment ses ouailles à occuper massivement les arènes, en vue de sauver « in extremis » son frère et compagnon de lutte, de l’imparable humiliation qui pointait déjà à l’horizon. Nous sommes en politique et une chose est sûre, IBK se souviendra encore longtemps de cet acte politique majeur initié par Dioncounda, car sa défaite programmée et vivement souhaitée par ses adversaires aurait sans doute eu des conséquences fâcheuses sur le moral de ses troupes et aurait risqué même, à terme, d’hypothéquer la carrière politique du « Kankeletigui ».

Une inévitable triangulaire
En tout état de cause, le choix de Dioncounda met du coup fin à toutes les supputations, aux calculs mesquins et tatillons qui avaient cours dans le landerneau politique, sur les chances réelles ou virtuelles de tel ou tel candidat.

Mais pourquoi l’idée même des primaires est aujourd’hui « impensable » voire ringarde au sein de la famille URD ou du RPM ? Est-ce parce que l’Adema est en plus d’être la principale formation du pays, peut se targuer aussi d’être la plus démocratique ? Le débat ne fait que commencer. Mais sans jeter l’anathème ou l’opprobre sur telle ou telle autre formation lilliputienne, les élections de 2012 ressembleront incontestablement à une « triangulaire », c’est-à-dire une élection qui va opposer les trois principales formations arrivées en tête, au cours des dernières élections municipales.

A l’élection présidentielle de 2002, le parti du soleil levant (qui traîne son « irrémédiable » handicap comme un boulet, depuis la regrettable crise du COPPO) ainsi que le MPR qui avait choisi les terres sacrées de Kangaba pour lancer sa campagne lors du premier tour, n’ont pas pu totaliser à eux seuls plus de 10% de l’électorat. Malgré une présence quasiment visible dans les medias, bien malin celui qui pourra sérieusement pronostiquer sur les forces réelles d’un MPR dont le parti reste désormais ouvert aux appétits gloutonesques de l’ex-famille présidentielle.

Que dire d’un CNID qui ne peut pas capitaliser à son seul profit – loin s’en faut – les batailles épiques gagnées par le très « lumineux » Me Mountaga Tall concernant la légalisation du mariage religieux ! Et, enfin, quid du PDES qui continue de jouer les « utilités », dans un microcosme déjà saturé ?

Par Bacary Camara

Le Challenger du 26 Juillet 2011.