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En cette veille de rentrée parlementaire, le 30 août aura été la journée de toutes les confusions à l’ADP, l’alliance qui a gagné l’élection du Président de la République et celle des députés. En effet, pendant que Me Mountaga Tall tenait sa conférence hier à la Maison de la Presse sise à Darsalam, pour s’expliquer sur sa candidature pour le perchoir, à la même heure, à Bamako-Coura, siège de l’Adéma, Dioncounda Traoré, candidat annoncé pour le même poste et au sein du même regroupement, recevait Soumeylou Boubèye Maïga et Tiébilé Dramé. L’entretien à trois a duré environ une heure d’horloge. Qu’est-ce que ces deux caciques du FDR (l’opposition) étaient-ils venus discuter avec le président de l’Adema et de la mouvance présidentielle? Que trament-ils?

C’est aux environs de 10h40mn hier que trois véhicules ont fait irruption dans la cour de l’Adéma à Bamako-Coura où des militants, assis sur des bancs et chaises en plastique, prenaient leur thé quotidien.Ils discutaient aussi de la crise qui sécoue l’ADP.

Pour les uns, “Me Tall a tort de s’agiter, puisqu’en démocratie, le respect du fait majoritaire existe”. Pour d’autres, “le président du CNID a raison, car si l’Adéma ne l’avait pas mis sur sa liste à Ségou lors des législatives, il ne serait pas élu député. L’Adéma n’était pas obligé de le faire et ça lui apprendra”. D’autres encore diront que Me Tall, “en bon juriste, sait ce qu’il veut”.

Cependant l’arrivée du cortège a quelque peu perturbé la conversation qui en dit long sur le ressentiment général dans la Ruche. Quelque part, on comprend que malgré leur majorité, l’heure est loin d’être à la sérénité chez les adémistes. Ils demeurent donc convaincus que tout peut arriver dans cette bataille pour le perchoir.

Du reste, s’ils ont reconnu le véhicule de leur président en tête, ils ne savaient certainement pas grand chose sur l’identité de ceux qui étaient à bord du second. Parce que le troisième est celui de Younoussi Touré, président de l’URD. Qui pouvait donc être à l’intérieur de ce véhicule blanc?

Telle est la question qui taraudait les esprits parmi ceux qui étaient dans la cour. Lorsque le véhicule s’arrêta, une porte s’ouvrit. Qui sort du véhicule? Soumeylou Boubèye Maïga, le 1er vice-président du CE, exclu par la dernière conférence nationale du parti. Boubèye, avec son sourire naturel et très à l’aise, serre la main des uns et des autres.

Et de l’autre portière ouverte, c’est Tiébilé Dramé, décontracté et bavard, qui en sort. Le président du Parena se concerte avec Younoussi Touré. Après ces conciliabules, le président de l’URD prend congé du siège de l’Adéma.

Après les salutations d’usage, le président de l’Adema conduit ses deux visiteurs dans son bureau à l’étage. Il était environ 11h40mn passées. C’était un entretien à trois, car des cadres du parti, parmi lesquels le 2e vice-président Iba N’Diaye, montés à l’étage, n’ont pas eu accès à la salle. Parce que Dioncounda et ses hôtes sont restés enfermés durant près d’une heure de temps. Puisqu’ils sont descendus des escaliers à 12h42mn.

A leur arrivée en bas où attendaient militants et curieux, on a remarqué que Soumeylou et Tiébilé étaient très décontractés, comme s’ils étaient satisfaits de leurs conciliabules avec le président de l’Adema et de l’ADP. Qu’est-ce que ces hommes étaient-ils venus discuter avec Dioncounda Traoré, candidat annoncé pour le perchoir?

“Ils sont venus en mission du FDR pour nous apporter leur soutien, parce que le FDR soutient le schéma de l’Adéma et de l’URD pour l’Assemblée nationale. Je ne peux rien vous dire de plus”, nous a confié Dioncounda Traoré, visiblement satisfait de son entretien avec Boubèye et Tiébilé Dramé.

Mais après cette rencontre des questions suivantes se posent:

Pour exprimer ce soutien au duo Adéma-URD, pourquoi le front, au lieu d’une déclaration écrite, a dépêché des émissaires qui ont discuté, en catimini, avec Dioncounda Traoré durant au moins 60mn? Pourquoi aussi le président de l’Adéma a été le seul à recevoir Soumeylou et Tiébilé?
Qu’est-ce qui explique l’absence de Younoussi Touré à la rencontre? Pourtant, le président de l’URD a accompagné les émissaires du front au siège de l’Adéma, et a pris congé d’eux en les laissant avec Dioncounda Traoré. Younoussi Touré a-t-il la certitude que tout ce qui a été dit à trois n’a rien de compromettant pour l’URD?

Ce sont, entre autres, les questions que beaucoup de personnes n’hésiteront pas à se poser. Pour les unes, si au sein de l’ADP c’est le cafouillage- le duo Adéma-URD est opposé au bloc Mountaga Tall, alors que Me Kassoum Tapo est candidat parce que son regroupement a la majorité- au parti de l’Abeille, c’est l’incertitude. Il est évident que le perchoir ne sera pas obtenu par Dioncounda Traoré, si le parti ne reste pas soudé. Or, dans les coulisses, on apprend que le questeur sortant, Mahamadou Cissé, voudrait être reconduit à son poste, alors que Assarid n’entendrait pas devenir simple vice-président de bureau.

C’est dire qu’au parti de l’Abeille, pour la mise en place du futur bureau de l’Assemblée, il y a des intérêts personnels dans ceux globaux. Et le duo Assarid-Mahamadou Cissé peut alors constituer un danger pour Dioncounda dans sa quête du perchoir. La seule alternative pour sauver le président serait, en plus du perchoir, que l’Adéma ait la première vice-présidence et le poste de premier questeur. Une telle alternative est-elle prévue par les accords signés entre les deux partis?

Dans tous les cas, en décidant de prendre faits et causes pour l’Adéma et l’Urd, le FDR crie haro sur l’attitude de Mountaga Tall et celle de Kassoum Tapo. Il considère leur comportement contraire aux principes démocratiques. Comme pour dire que les opposants ont le souci de l’avenir de notre démocratie.

Seulement, ce que les frontistes ne disent pas, c’est qu’ils donnent l’impression de se servir de simples présomptions, pour s’infiltrer entre le Président de le République et ceux qui l’ont fait réélire le 29 avril dernier. Lorsqu’ils font croire à Dioncounda Traoré et camarades que le Président de la République pourrait avoir des cartes dans la bataille pour le perchoir et qu’il faudrait l’empêcher de les jouer. Une façon d’insinuer que le président du CNID aurait le soutien du Chef de l’Etat.

L’accusation surprend plus d’un, puisse notre confrère “Aurore” dans sa livraison d’hier, titrait à sa une que ATT soutient le duo Adéma-URD. Au cours d’une rencontre tenue avant hier à Koulouba avec le président de l’ADP, écrit ce confrère, “le locataire de Koulouba ne s’oppose nullement au schéma tracé par les deux partis majoritaires, dont une entente lui paraît plus profitable que les divergences ...”. C’est dire que Koulouba n’est pas opposé à ce que les principes de la démocratie triomphent dans la fixation des quotas de représentativité au sein du bureau de l’Assemblée.

Comme on le voit, c’est plutôt des frontistes à la recherche d’un autre pied pour danser après leur débâcle électorale qui veulent convaincre Dioncounda Traoré par rapport à une éventuelle connexion entre ATT et les opposants au projet Adéma-Urd à l’Assemblée nationale. Il pourrait donc avoir été autre chose des conciliabules du président de l’Adéma avec Soumeylou et Tiébilé Dramé.

En tout cas, cette rencontre a eu lieu au moment où le retour à la maison, de Boubèye est annoncé, il reste à s’entendre sur la procédure à suivre. Sans oublier qu’au Parena, on serait sur le point de relancer le projet de fusion avec l’Adéma. A défaut de tout le Parena, le parti de l’Abeille pense avaler une partie suite à l’névitable cassure qui se profile à l’horizon au parti de Tiébilé Dramé.

En attendant, des observateurs pensent que la démarche des frontistes auprès du président de l’Adéma est une façon de prouver que l’opposition vit. Aussi Alpha n’a-t-il pas dit hier sur RFI : “Les oppositions en Afrique disparaissent une fois les élections terminées”?


Oumar SIDIBE

31 août 2007.