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En marge de la conférence des donateurs de haut niveau, le Président de la République du Mali, Dioncounda Traoré a passé un très mauvais quart d’heure devant les parlementaires européens des Commissions : Affaires étrangères, Défense et Sécurité, Développement et Droit de l’homme.

C’est le député Allemand Michael Galher, Président de la délégation Allemande au parlement Panafricain et expert de l’Afrique qui a donné la charge en attaquant frontalement le Président de la République du Mali, Dioncounda Traoré sur l’affaire BHM/WAIC plus connue sous l’affaire de la Mangueraie de Sébénicoro. Une affaire dans laquelle les bailleurs allemands ont perdu plus de 7 milliards de FCFA. Un aperçu des échanges entre le Député Allemand Michael Galher et le Président Dioncounda Traoré.

Question de Michael Galher :

Hier, on a promis beaucoup d’argent à votre pays.
Moi, je le soutiens – en principe. J’ai également été l’un des premiers à avoir critiqué ouvertement l’Allemagne, le fait que mon pays se soit montré très réticent dans le soutien militaire de la France.
Nous souhaitons dans l’intérêt de la population, que votre pays fonctionne mieux à l’avenir, c’est à dire que les crédits soient également mieux utilisés cette fois-ci.

On vous a également promis de l’argent côté Commission Européenne. Notre Commission du contrôle budgétaire va se pencher avec vigilance sur la bonne utilisation de ces crédits.
Moi, ce que j’attends de vous, c’est qu’en contrepartie pour tout cet argent vous veillez enfin à ce que l’État de Droit s’établisse dans votre pays.
Parce que là (!) souvent, et en de nombreux domaines, on voit encore des vieilles forces d’avant le putsch à l’œuvre. Et puis, j’aurais un test concret pour vous, pour voir si vous prenez vraiment les choses à cœur.
Ici parmi les auditeurs on trouve les investisseurs du projet immobilier «La Mangueraie de Sébénikoro». Vous les connaissez, vous et d’autres, depuis des années.

Ces gens ont investi 13,2 millions d’Euros personnels dans la construction de logements. Ils ont créé des centaines d’emplois à Bamako. Des escrocs de haut vol les ont dépossédés de leur bien.
En 2009, ils ont même gagné devant la plus haute Cour malienne. Et puis votre prédécesseur est passé à la télé et il a dit que cela ne l’intéressait pas.
Il y a même encore en prison, une personne dont la relaxe avait été prononcée par la Haute Cour, dans ce contexte.
Étant donné que la situation semble évidente, je me suis engagé pour eux. Louis MICHEL aussi ! Vous le connaissez en tant qu’ami de votre pays indépendamment de son poste de Président.
Après une rencontre avec ATT, sur sa proposition, ces 2 dernières années, tous les détails ont été minutieusement mis au clair avec les experts maliens.

Les faits sont sur la table. Certains ne seront pas mentionnés. De toute façon, ils ne seront pas nécessaires pour parvenir à une solution honorable. Tous les détails sont à disposition des personnes intéressées. Maintenant, j’aurais une chose à vous demander : Laissez libre cours à l’État de Droit.
Ne vous cachez pas derrière des similis procédures construites à posteriori. Je vous demande ici la promesse formelle du Président qui doit nous garantir la victoire de la vérité et de la justice. Si vous n’arrivez pas à maîtriser les escrocs dans cette affaire, comment voulez-vous faire croire aux donateurs qui vous ont donné ces sommes importantes pour le Mali que vous allez les utiliser à bon escient. Alors, s’il vous plaît, passez ce test à propos de la «La Mangueraie»

Réponse de Dioncounda Traoré :

Oui, la ‘’Mangueraie’’. Ça, c’est une question quelque peu polémique. Je vais vous … je vous en dirais 2 mots. Je voudrai dire 2 mots … mais vous dites il faut être sérieux, il faut que le Mali soit sérieux.
Vous savez, le Mali est sérieux. Nous sommes un État sérieux. Nous sommes un peuple sérieux.
Je ne dis pas que nous ne commettons pas des erreurs. Cela arrive à tout le monde. Qui ne commet pas d’erreur ?
Mais nous sommes un peuple sérieux. Et nous sommes un peuple déterminé à construire une vraie démocratie, un véritable État de droit. Mais ce que je voudrais vous dire : ça ce n’est pas une construction facile ! La plupart de nos États en Afrique sont entrés dans leur processus de démocratisation depuis une vingtaine d’années à peine. Trente ans maximum.

Faut-il vous rappeler que les principes dont nous nous réclamons tous aujourd’hui en tant que démocrates sont des principes qui ont été énoncés à l’empire du Mali au 13ème siècle. Mais ce sont des principes qui ont été énoncés de façon formelle lors de la révolution de 1789 en France ! Faut-il vous rappeler qu’après cette révolution la France a connu une terreur noire, que la France a connu 2 restaurations, que la France a connu 2 empires, et que le stade auquel la France se trouve aujourd’hui, le stade dans lequel se trouve la démocratie de la France aujourd’hui, mais il a fallu un long cheminement, des hauts et des bas. Ça a pris 3 siècles. En vingt ans, comment voulez-vous que nous ne puissions pas nous, commettre, de temps en temps, des erreurs ?
Je crois que … il faut pas, il faut pas (répétition !) aller dans des jugements trop ‘hâtifs. Et … disons … dire que le Mali n’est pas sérieux et que c’est un test … bon … ?

Je connais le problème de la ‘’Mangueraie“. Et je sais que vous avez raison de poser la question. Parce que la question a été mal réglée !
Il y a un problème de justice qui se pose. Et je crois aujourd’hui que les autorités maliennes en ont conscience et qu’elles feront en sorte que le dossier soit «réchauffé» et que l’ont voit dans quelle direction il faut aller pour effectivement rester conforme à notre volonté de bâtir un État de Droit.
Voilà ce que je peux vous dire par rapport à cela. Je n’ai pas eu à m’occuper personnellement de la question. Mais je sais que c’est un problème qui existe et c’est un problème qu’on va prendre en charge.

Propos recueillis par

Birama FALL Envoyé spécial à Bruxelles

Le Prétoire du 23 Mai 2013