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La grande amitié née entre l’Enfant de Nioro du Sahel et le
Mandémassa, suite aux tractations pour la mise en place du bureau
de l’Assemblée nationale, s’est-elle transformée en une inimitié
féroce qui ne donne plus place aux sentiments ?

Question de taille, après que Dioncounda se soit enfin décidé à
faire le ménage dans l’Hémicycle. En effet, on apprend que le
président de l’Assemblée nationale a relevé le secrétaire général
du Parlement, M. Seydou Nourou Keïta, un des protégés de El Hadj
Ibrahim Boubacar Keïta.

Ce qui pourrait relever de l’ordinaire si l’on n’apprenait pas,
par la même occasion, que le nom du nouveau chef de cabinet du
président Dioncounda n’est plus qu’un simple secret de
polichinelle.

Un grand nettoyage programmé donc, serait-on tenté de dire.
Seulement voilà, Dioncounda Traoré, en agissant ainsi, donne
l’impression, à la fois, de céder à ses détracteurs dans la Ruche,
qui l’accablaient de ne rien faire pour la promotion des cadres
ADEMA, et de rompre de façon unilatéral avec un déal qu’il aurait
contracté avec son prédécesseur au perchoir de l’Assemblée
nationale, en l’occurrence Ibrahim Boubacar Keïta.

D’où viennent donc toutes ces confusions nées d’une simple
volonté -tout compte fait, légitime- du président de l’Hémicycle
et non moins président de l’ADEMA-PASJ. N’a-t-il, du reste, pas
le droit de s’entourer de ses hommes à lui ?

Rappel des faits

Les conditions dans lesquelles Dioncounda Traoré fut élu président
de l’Assemblée nationale ont prêté à confusion, à plusieurs
niveaux, quand bien même beaucoup d’observateurs le voyaient déjà
comme seul candidat légitime de l’ADEMA au Perchoir de
l’Hémicycle.

En effet, en tant que président de l’ADEMA, ces observateurs ont
fondé leur analyse sur le fait qu’il serait mal vu, voire indu,
qu’un autre rucher daigne prétendre à ce poste. C’était sans
compter avec la détermination du 2e vice-président du bureau,
Assarid Ag Imbarcawane,de nourrir une telle prétention.
Et pendant que ce dernier, qui s’agitait uniquement pour
contraindre Dioncounda à négocier avec lui (histoire de conserver
son poste de deuxième vice-président), un candidat “trouble-fête“,
en la personne de Me Mountaga Tall, en plus membre de l’ADP dont
Dioncounda assure la présidence, s’était révélé au public.

Son acte a suscité la colère des opposants de 2007 regroupés au
sein du FDR, à tel point que ces derniers, oubliant toutes leurs
mauvais propos jetés aux partenaires du Chef de l’Etat(l’ADP),
ont décidé de venir au secours de Dioncounda Traoré.

Pour eux, il n’était pas question de laisser une quelconque
personne, fut-elle Me Mountaga Tall, venir remettre en cause le
fait majoritaire, un des principes sur lesquels était d’ailleurs
basé leur slogan de campagne. Ce voeu, du moins ce soutien du FDR
à la candidature de Dioncounda Traoré allait prendre une autre
tournure lorsque Tiébilé Dramé et Soumeylou Boubèye Maïga
débarquèrent, un beau matin, au siège de l’ADEMA, sis à
Bamako-Coura. Motif : transmettre le message d’IBK à Dioncounda,
par rapport au soutien “indéfectible “ du FDR à sa candidature
pour le Perchoir de l’Assemblée Nationale.

Le fossé entre l’ADP (l’Alliance de soutien à ATT) et le FDR (le
regroupement de ceux qui voulaient en découdre avec le Chef de
l’Etat) était tellement grand que cette rencontre entre Dioncounda
et les émissaires d’IBK n’est pas passée inaperçue.
Pire, les spéculations sont allées bon train, par rapport à cette
rencontre. Si bien que maints citoyens se sont dit qu’il y a
forcément là anguille sous roche : au delà d’une simple
déclaration de soutien, on soupçonnait un déal entre Dioncounda et
IBK. Surtout que le premier, après son élection au Perchoir, s’est
déplacé expressément pour aller donner des accolades nourries au
second, c’est-à-dire son prédécesseur au même Perchoir.

Aussi, la thèse d’un deal entre Dioncounda et IBK a été soutenue
mordicus dans la Ruche, quand l’Enfant de Nara (Dioncounda) tarde à
faire le ménage dans l’Assemblée, après son élection au Perchoir.

Mais, en faisant ce ménage, il aurait promis à IBK de ne pas
toucher aux cadres RPM du Parlement. Une thèse qui, du reste,
était plausible, eu égard à la dégringolade du RPM (de plus de 40
députés, le parti est revenu à 11) et au départ d’IBK : en tant
que défenseur invétéré du fait majoritaire, il ne pouvait
nullement prétendre audit Perchoir).

La situation était telle que Dioncounda était menacé. En effet, à
cause de sa nonchalance dans la désignation des cadres ADEMA dans
l’arène de l’Hémicyle, le président du parti et de l’Assemblée
s’était retrouvé coïncé entre des accusations sur son indifférence
à la promotion des cadres Ruchers et une campagne de
déstabilisation le visant. Sur ce dernier point, certains Ruchers
n’ont pas hésité à pointer Dioncounda du doigt; selon eux, c’est
un président incapable de mobiliser même ses propres militants.

Cette rancoeur contre le président de l’Assemblée, qui trouve son
explication dans la première, faisait suite au déplacement de
Dioncounda Traoré à Nara. Pour ce retour au pays de l’Enfant du
terroir, les populations de Nara (circonscription électorale de
Dioncounda) ne seraient pas sorties en nombre pour lui réserver un
accueil chaleureux, comme cela aurait du être le cas, pour un
natif de la localité qui, en plus, est le président de l’Assemblée
nationale.

Il était donc temps que Dioncounda essaye de se disculper de
toutes ces accusations, en montrant la preuve de sa bonne foi par
rapport à la promotion des cadres du parti.

En relevant Seydou Nourou Keïta de son poste de secrétaire
général pour faire place à Mohamed Traoré -constitutionnaliste et
ancien secrétaire chargé des questions électorales au Comité
Exécutif- Dioncounda Traoré cède-t-il à la pression de ses
détracteurs ? Et qu’en est-il du fameux deal passé avec IBK ?

Dans tous les cas, pour les partisans du président de l’ADEMA, il
n’y a jamais eu un quelconque deal avec IBK. Et si cette soudaine
décision de Dioncounda de faire le ménage n’avait rien à voir
avec ni l’un, ni l’autre ?

Que cache alors l’acte de Dioncounda ?

Pour certains, Dioncounda est loin de céder à une quelconque
pression, au sein de la Ruche . Il chercherait tout simplement à
couper court aux supputations les plus folles sur sa personne. Et
il y a de quoi !

En effet, en tant que président de l’ADEMA et de l’Assemblée
nationale, Dioncounda est dans une position de candidat naturel du
parti à la présidentielle de 2012. L’idée peut paraître saugrenue,
mais à la regarder de près, elle n’est pas en dehors de la
logique.

Certes, sur ce point, les compétitions ne sont pas encore ouvertes
à l’ADEMA, mais il serait insensé aussi de croire qu’il y aura
manque de présidentiables, dans la Ruche. Raison de plus, pour
Dioncounda, de soigner son image auprès des militants et cadres
ruchers , dans la perspective du prochain congrès du parti qui
reste, pour lui, un test grandeur nature.

En effet, sauf si l’on traîne les choses jusqu’après 2012, ce qui
paraît infaisable, malgré la capacité des ruchers à faire la
politique de l’autruche, l’issue de ce congrès peut être très
déterminante pour les ambitions de Dioncounda.

Cela est tellement vrai que c’est de là qu’il verra s’il peut
dévoiler son intention de briguer la magistrature suprême, ou s’il
doit mettre un peu d’eau dans son vin. En attendant, il semble
bien parti, même si cela se fait sur le gel d’un deal supposé ou
non, entre lui et le Mandemassa IBK.

Adama S. DIALLO

22 février 2008.