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Au moment où les Maliens croyaient en finir avec la situation catastrophique dans laquelle notre pays a été plongé depuis le 22 mars, on est encore loin de sortir de l’auberge par le fait d’une junte décidée d’en découdre avec la démocratie et la communauté internationale. C’est la preuve qu’elle a administrée hier. Détentrice des réalités de la force de sécurité à travers ses représentants au gouvernement, la junte s’est rendue complice d’une manifestation proche de la Copam, qui est allée tout peinard déloger et blesser le président de la République avant de piller le palais de Koulouba, sans rencontrer sur son chemin le moindre dispositif sécuritaire de dissuasion. Dioncounda aurait prévu de démissionner aujourd’hui.

Les médiateurs de la Cédéao – Djibrill Yépinè Bassolé, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale du Burkina Faso et Adama Bictogo, ministre ivoirien chargé de l’Intégration africaine – ont encore du grain à moudre. Eux qui pouvaient se réjouir le dimanche soir d’être parvenus à un accord de sortie de crise avec les différents protagonistes, qui ont accepté d’entériner les décisions des chefs d’Etat de la Cédéao, prises lors du sommet d’Abidjan le 26 avril dernier.

Beaucoup de Maliens avaient poussé un ouf de soulagement en apprenant à travers leur télévision nationale l’accord qui faisait de Dioncounda Traoré, président d’une transition devant s’étendre sur un an et attribuait au chef de la junte, le capitaine Amadou Haya Sanogo, un statut d’ancien chef de l’Etat.

L’accord instruisait au président Dioncounda Traoré, le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra et le patron du CNRDRE, Amadou Haya Sanogo un respect mutuel dans l’exercice de leurs fonctions. C’était là un acte fort qui devait ramener notre pays dans le concert des nations. Mais de cet espoir, les Maliens vont devoir attendre pour longtemps. Et cela par la faute d’une meute d’opportunistes déterminés à participer à la redistribution des cartes de la République.

Hier, ces activistes ont fait parler d’eux à travers la capitale qu’ils ont mis sous leur dictature pendant toute la matinée. Après avoir brûlé des pneus, bloqué des artères et fait un tour à la Primature pour exprimer leur ras-le-bol, les manifestants ont finalement pris la direction de Koulouba pour aller rencontrer le chef de l’Etat en personne. Qu’il en soit ainsi ! Mais ce que les Maliens n’ont pas compris et qui était révélateur d’une situation de non-dits, c’est qu’il n’y avait aucun dispositif sécuritaire dans la ville pour parer au drame. Et un doigt accusateur peut être pointé sur l’appareil sécuritaire dont les tenants sont les ministres CNRDRE au gouvernement Cheick Modibo Diarra. En effet, les ministères de la Défense et des Anciens combattants et de la Sécurité intérieure et de la Protection civile sont occupés par les ministres désignés par le CNRDRE.

Les manifestants étaient laissés à eux-mêmes comme des éléphants dans un champ de mil. Hier matin, aux environs de 10 h 30, le pont Fahd était bouclé. Beaucoup de véhicules ont fait demi-tour pour se frayer une issue ailleurs. La meute qui y brûlait des pneus et faisait des barricades intimidait les rares intrépides qui tentaient de les défier. Le pare-brise d’un taxi a été brisé.

Les environs du Centre international de conférence de Bamako (CICB), où se tenait la fameuse Convention nationale de la Copam, étaient bondés de monde et c’est là où nous avons appris qu’un contingent important des manifestants se dirigeait même vers le palais de Koulouba pour aller déloger le président Dioncounda. Sur les bouts de feuille des manifestants, on pouvait lire : « Abas Dioncounda ! » ; « Nous ne sommes pas d’accord avec la Cédéao ».

Autour du monument de l’Indépendance, il y avait aussi du monde. D’ailleurs, la Coordination des associations appel-Mali (Cap-Mali), une organisation de la société civile qui ne veut pas de Dioncounda comme président de la transition, a élu domicile depuis le samedi dernier sous ledit monument. Et la partie était très animée parce que c’était le dernier jour de l’intérim où ça devrait passer ou casser. Le tout se passait sous le regard complice des rares policiers qui étaient en faction au niveau de certaines artères de la ville.

Le président de la République agressé

Pour une manifestation d’une telle ampleur où aucun dispositif sécuritaire pour même dissuader les manifestants, le message était d’une évidence mordante. La junte militaire qui détient la réalité du pouvoir sécuritaire et qui use de toutes les roueries pour se maintenir, mettait ainsi en œuvre son second coup d’Etat, qui consistait à laisser la meute agir comme bon lui semble pour réaliser le schéma B.

Ce schéma B consistait à monter des manifestants, issus des rangs de la Copam, dit-on, contre la présidence de Dioncounda pour le pousser au renoncement. Et ce qui devrait arriver, arriva quand aux environs de midi les clameurs ont envahi la capitale. La meute partie le déloger venait de réussir sa mission. Dioncounda qui était venu à la rencontre des activistes pour calmer leurs ardeurs, venait d’être agressé par un énergumène.

Transporté d’urgence à l’hôpital, il aurait dit qu’il démissionne aujourd’hui de sa charge républicaine. Une information à prendre, pour l’instant, avec des pincettes, car pouvant être frappée du sceau de la propagande. Ce qui par contre est sûr, c’est qu’après l’évacuation de Dioncounda, lequel a même eu la vie sauve grâce aux tirs de sommation de sa garde rapprochée, les assaillants se sont livrés au pillage du palais présidentiel. Encore des pillages qui nous font avancer à reculons.

En tout cas, on aura compris les menées de la junte qui continue de se jouer de la communauté internationale. Elle signe des accords avec la Cédéao et mobilise le lendemain les populations pour dire niet au même accord. En somme de la roublardise dont le seul but est de se maintenir au pouvoir contre la volonté de la frange importante de l’opinion nationale et internationale. Parce que les assaillants d’hier ne sont autres que les militants de la Coordination des organisations patriotiques du Mali (Copam), qui soutient le CNRDRE et qui contre la désignation de Dioncounda Traoré comme président de la transition.

D’ailleurs, la Convention dite nationale que la Copam organise depuis hier au CICB, pour dit-on choisir le président de la transition, n’est autre qu’une recommandation faite par le président du CNRDRE, cet organe illégal et illégitime de la démocratie. C’est le capitaine Amadou Haya Sanogo qui avait fait la requête le lundi 14 mai 2012 pour, avait-il dit, désigner le président de la transition.

Une proposition que le président de la République par intérim, Pr. Dioncounda Traoré, avait rejetée avant que l’accord de dimanche n’intervienne entre les différentes parties. Mais le second coup d’Etat du capitaine Sanogo, qui n’avait pas encore dit son dernier mot, devrait passer par là. Il appartient maintenant à la Cédéao de tirer tous les enseignements d’une telle situation.

Abdoulaye Diakité


DERNIERE MINUTE

4 morts et plusieurs blessés dans les rangs des manifestants
Au moment où nous bouclions cette édition, nous avons appris que les manifestations ayant occasionné la blessure du chef de l’Etat, Pr. Dioncounda Traoré à Koulouba, auraient manqué d’un encadrement des forces de l’ordre. En tout cas, celles-ci seraient intervenues trop tard. Mais lorsqu’elles sont arrivées sur les lieux c’était relativement mal à propos. Conséquence : pertes en vies humaines.

De sources concordantes, quatre (4) des manifestants auraient trouvé la mort. De quoi endeuiller encore la capitale, après les évènements du 30 avril et 1er mai 2012 avec la tentative de contre-coup d’Etat des bérets rouges. Au même moment, nous avons appris que le président de la République, Pr. Dioncounda Traoré, blessé sur le coup par ces mêmes manifestants déchainés, a finalement quitté l’hôpital.

L’Indicateur du Renouveau du 22 Mai 2012