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Le président de la République par intérim du Mali, Dioncounda Traoré, devra imposer de nouvelles méthodes adaptées à la situation dramatique que vit le Mali. Son courage, sa clairvoyance et son sens de l’écoute permettront à notre pays de refermer cette parenthèse sombre de son Histoire.

Hier, jeudi 12 avril 2012, le président de l’Assemblée nationale, Pr. Dioncounda Traoré, a prêté serment comme président par intérim du Mali. Un acte plein de sens dans un pays dont la démocratie a pris un coup de massue le 22 mars dernier avec le putsch de jeunes mutins du camp Soundiata Kéita de Kati. Quelques jours seulement après le renversement des institutions de la République, le Mali s’était retrouvé dans une crise socio-économique et politico-militaire sans précédent.

Jamais dans l’Histoire de notre pays, l’on avait trouvé trace d’un coup de force qui a entraîné dans son sillage tant de problèmes et posé tant de défis aux Maliens. Aux challenges, le chef de l’Etat par intérim du Mali aura à faire face, quelle que soit la durée de sa présidence. C’est donc à un Dioncounda Traoré décisif dans la conduite des affaires combien sensibles de la nation en ces temps-ci que les Maliens s’attendent.

L’un des premiers tests de Dioncounda Traoré est d’abord la formation du gouvernement de transition. L’on sait que le président de l’Adéma multiplie les rencontres depuis son retour au pays le week-end dernier et que toutes les forces vives de la nation se sont dits prêtes à transcender les divergences pour aider « l’homme providentiel« à relever les défis de l’heure.

Cependant, il s’agit, pour le professeur de mathématiques, d’opérer de bons choix et de faire de bonnes combinaisons. La politique n’est certes pas une science exacte, mais à ce niveau du jeu démocratique, il faudrait limiter les décisions approximatives en prenant en compte les besoins réels de la nation.

Avec la floraison de laudateurs sans conviction et de politiciens opportunistes, Dioncounda devra minutieusement peser la valeur intrinsèque des hommes et femmes qui auront la lourde charge de l’aider à présider aux destinées du Mali, car la complaisance signifierait un retour à la case départ pour notre pays. Et il n’est dans l’intérêt de personne que le pays reprenne le chemin emprunté par feu le régime d’ATT.

C’est pourquoi, des voix s’élèvent contre le retour aux affaires de certaines figures de la gouvernance ATT. Cela est d’autant plus compréhensible que les Maliens redoutent le retour des maux qui ont conduit le pays dans la situation chaotique qu’il vit aujourd’hui. Ayant le dos au mur, les autorités de la transition devront se montrer à la hauteur des attentes de leurs compatriotes, qui ne goberont plus l’anarchie ambiante de la dernière décennie.

« Dissoudre» le CNRDRE !

Même si le président par intérim s’est grillé pour ATT au sein de l’Adéma, de l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) et de l’Assemblée nationale, il est certain qu’il adoptera une nouvelle posture afin d’avoir le respect et l’engagement de tout un pays derrière l’institution qu’il représente désormais. Ce qui aidera le Mali à se réunifier et à ressusciter sa démocratie déclinante.

Le président par intérim a beau avoir sa propre stratégie, il devra prendre en compte l’accord conclu le 6 avril entre la junte militaire et les représentants de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Malheureusement, l’avenir proche de notre pays semble intimement lié à ce fameux compromis en dépit du fait que l’on essaie de faire croire au triomphe de la démocratie. Dépité par les pressions internes et externes, le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDRE) a cédé le pouvoir contre ses vœux.

Et ces jeunes militaires en quête de visibilité et d’ascension sociales souhaiteraient avoir leur mot à dire pendant cette période transitoire à travers leur mainmise sur certains secteurs clés du pays. Juste après le « deal« conclu avec la Cédéao, le président du CNRDRE, Amadou Haya Sanogo, s’est empressé de noter que le CNRDRE aura sa « place et son rôle« pendant la transition. Par la force des choses, ce comité militaire s’est retrouvé au centre de toutes les attentions.

Mais, cette présence des militaires sur le devant de la scène ne devrait pas occulter leur place réelle ; à savoir : les casernes et les fronts de guerre, dans une République. Interrogé récemment par certains confrères, le 1er vice-président de l’Adéma, Ibrahima Ndiaye, n’est pas passé par mille chemins pour déclarer que « le CNRDRE doit être dissous« . Ce qui est d’autant plus judicieux pour l’ancien ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle que « les membres du CNRDRE peuvent nous aider dans la guerre au nord« .

Il reste maintenant à savoir si le président de la transition a la même vision du CNRDRE que son dauphin au parti de l’Abeille et si le capitaine Sanogo et ses compagnons sont prêts à décomposer leur mouvement dans l’intérêt de la nation. En tout cas, « l’enfant de Nara« devra se montrer vigilant et fort de caractère dans la gestion de l’armée et des militaires. Les Maliens ne seront plus fiers d’une Grande muette à la déroute et qui se refuge derrière les « replis stratégiques« .

Il faudrait y restaurer la discipline, l’esprit patriotique et les valeurs cardinales défendues par les pionniers de cette même armée, à l’instar du général Abdoulaye Soumaré. Dioncounda relèvera ce défi pourvu qu’il se dise qu’il est le maître suprême et que la nation le jugera à la fin de sa présidence.

Tout comme l’armée, la justice et d’autres secteurs clés dans la nation devront bénéficier de l’expérience et de la clairvoyance du président Traoré. A l’œuvre donc Monsieur le président ! Tout notre peuple vous regarde.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

Les Échos du 13 Avril 2012