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L’avènement de la démocratie au Mali est le couronnement des efforts conjugués des forces vives de la nation constituées des représentants des différentes composantes de la société. Des sacrifices humains et matériels inestimables ont été faits pour l’aboutissement du processus ayant préparé le terrain à l’ouverture démocratique au Mali.

Il n’est un secret pour personne que ce sont les problèmes économiques et de gestion des préoccupations des différentes couches sociales qui ont galvanisé les populations dans la lutte contre ce qu’il a été convenu d’appeler dictature avec son corollaire de privation de certaines libertés individuelles et collectives, d’association, de réunion et de manifestation.

A travers le monde entier l’expérience positive de la démocratie malienne a fait tâche d’huile. Ainsi, le Mali, depuis, est considéré comme une référence en matière de pratique démocratique. La Conférence Nationale organisée consécutivement à cela a été également une réussite ayant fait tâche d’huile.


De la transition au pouvoir l’ADEMA

Effectivement les efforts engagés par les autorités de la Transition démocratique et ensuite par le pouvoir démocratiquement mis en place furent le début des changements qualitatifs vers les progrès socio-économiques. Au commencement était l’implication de tous à la gestion des affaires publiques, malgré que l’Adéma était le parti majoritaire au pouvoir avec la majorité écrasante des élus de la nation, des élus communaux.

C’était là un volonté politique inébranlable de faire bouger les choses dans l’intérêt de l’ensemble de la population. On se rappelle que l’ancien président de la République Alpha Oumar Konaré ne cessait de répéter cette expression : ”Tous ensemble…”. Une invitation donc de tous à soutenir les efforts de construction nationale. Cela rappelle les expériences des PSPR, puis de la CNDP.

Qu’à cela ne tienne, certains partis comme le CNID qui, au départ, avaient participé à la gestion des affaires publiques avec l’Adéma, pour des incompréhensions, furent obligés de rétirer leurs représentants du gouvernement. Ceux-ci, mécontents, comme il fallait s’y attendre, ont quitté le CNID pour former leur propre parti. Et en tant que partenaires, ils ont eu le privilège d’avoir un porte feuille ministériel.

Aussi, quant au Pr. Mohammédoun Dicko, en son temps, il avait laissé entendre aux détracteurs de l’Adéma que son parti qui regorge du plus grand nombre de cadres compétents du Mali pouvait, lui seul, gérer les affaires publiques sans recourir à des cadres d’autres parti.

L’histoire semble lui avoir donné raison quand on sait que, malgré les scissions subies par le parti, il domine encore la scène politique, comme pour dire qu’il conserve toujours de beaux restes pour les perspectives électorales.

Des résultats globalement positifs

Dans le cadre de la gestion des affaires publiques, il y a eu des hauts et des bas, mais globalement les résultats ont été positifs. En effet, quand l’ancien président de la République Alpha Oumar Konaré, en fin de second mandat quittait le pouvoir, avant de passer le témoin à son successeur, il a dit que le bilan était globalement positif. Pouvait-il en être autrement?

La réponse est négative, dans la mesure où, toute gestion du pouvoir a ses forces et ses faiblesses. Ce constat est indéniable. Mais, ce qui est le plus important, c’est que chaque pouvoir mette sa touche et fasse avancer le processus.

Une expérience démocratique enrichissante

Ainsi, malgré les problèmes de la gouvernance, le peuple malien a eu une expérience de pratique démocratique enrichissante à travers des réalisations comme le développement d’infrastructures diverses: routes, salles de classe, stades, des actions dans le domaine du développement social: cf la création du département du Développement Social de la Solidarité et des Personnes Agées entre autres.

En revanche, certaines questions récurrentes comme la crise scolaire et la pauvreté, notamment n’ont pu être résolues. A cela il faut ajouter la poursuite de la privatisation des sociétés et entreprises d’Etat, la mise en concession d’EDM-SA dont le contrat fut plus tard dénoncé lorsque Ahmed Diane Séméga était ministre des Mines de l’Energie et de l’Eau.

Pourtant, il y avait une avancée dans la mise en œuvre du Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLP). Mais avant même la fin du second mandat d’Alpha Oumar Konaré, les populations avaient du mal à avoir une lisibilité claire dans cette lutte, surtout que pour certains, cette lutte enrichissait plutôt des personnes nanties au détriment des pauvres.

Est-ce vrai? En tout cas, le bilan du second mandat de l’Adéma était mitigé et il avait été dit qu’en temps opportun, il serait présenté au peuple. Peut être que la veille des élections générales de 2012 sera l’opportunité de s’adonner à un tel exercice pour donner plus de chance au candidat de l’Adéma à la reconquête du pouvoir.

ATT et la gestion du pouvoir

Mais d’ici là, le président Amadou Toumani Touré est en début de second mandat après un premier qui a comblé les attentes à plusieurs égards. Qu’à cela ne tienne, les questions récurrentes comme la crise scolaire et la cherté de la vie sont persistantes. Malheureusement l’environnement international est davantage défavorable au plan économique depuis quelques mois. Toute chose qui est ressentie par les populations dont le pouvoir d’achat demeure faible en dépit des efforts consentis par les autorités successives du pays.

On se rappelle en effet, les augmentations de salaires qui ont été faites de la période de la Transition démocratique à ce jour: par les autorités de la Transition (prime de solidarité), par le pouvoir Adéma (plusieurs fois successivement) et enfin par le pouvoir ATT (le point de départ est la mise en œuvre du Pacte de Solidarité pour la Croissance et le Développement), à cela s’ajoutent d’autres augmentations de salaires dont 5% à compter de Janvier 2008 et 5% à partir de Janvier 2009.

Bref, le pouvoirs successifs ont démontré chacun qu’il est conscient des difficultés des populations. Cela s’est illustré également par la poursuite des efforts en matière d’investissement dans les infrastructures d’éducation, de développement dans plusieurs secteurs dont celui de l’agriculture , de désenclavement intérieur et extérieur, de communication entre autres.

Gestion des affaires publiques

Les actions dans le cadre de la gestion des affaires publiques sont complémentaires avec certes, quelques modifications ou enrichissements ça et là. Mais nous sommes à une étape du processus démocratique au Mali où il importe que chacun fasse son mea-culpa. Cela doit être le point de départ des diagnostics devant aboutir à la recherche de solutions durables aux problèmes qui préoccupent le plus les Maliens, toutes sensibilités confondues.

Le moment est en effet venu de tout mettre en œuvre pour gérer définitivement les problèmes laissés en instance pendant de nombreuses années. Ce n’est pas une question de clivages politiques ou d’intérêts individuels. Il s’agit surtout de l’intérêt supérieur de la nation, de l’avenir de tout un peuple.

Il importe de mettre de côté les passions et mauvais souvenirs d’un passé récent et de se consacrer à la construction nationale: pour le présent et le futur car, ceux qui pensent tirer profit des attaques systématiques contre le pouvoir, quel qu’il soit, oublient-ils que leur tour arrivera? Souhaiteraient-ils trouver le pays dans un état délabré où il auraient beaucoup trop à faire quand ils auront la chance d’être aux affaires?

La réponse à toutes ces questions est importante pour la consolidation ou non du processus démocratique et il nous appartient de choisir.

Moussa SOW

28 Août 2008