Partager

Dans le septentrion malien, l’inquiétude a fait place à l’espoir, même si quelques problèmes demeurent.
Le Samedi 27 août 2005, dès son arrivée à Tombouctou, Mme Lansry, y a co-présidé la cérémonie d’installation de banques de céréales.

D’une quantité totale de 310 tonnes de mil, cette opération concerne dix-sept communes retenues par le système d’alerte précoce (SAP) au titre de communes en difficultés alimentaires, parmi les 52 que compte la région.

A l’instar des autres régions du Mali, la campagne agricole 2004-2005, a été caractérisée au niveau de Tombouctou par une pluviométrie très faible, un faible niveau des crues et une situation phytosanitaire dominée par l’invasion du criquet pèlerin. La conjugaison de ces phénomènes a provoqué des difficultés alimentaires dans l’ensemble de la région.

Plus de 4000 tonnes distribuées dans la région de Tombouctou Le colonel Mamadou Togola, gouverneur de Tombouctou, a indiqué que le dispositif de création de banques de céréales est la quatrième étape d’une série d’interventions organisées par le commissariat à la sécurité alimentaire au niveau de la région.

Selon lui, la région a été dotée de
4.453 tonnes de céréales en trois distributions gratuites et la vente subventionnée de 2.000 tonnes d’aliment bétail dont 1.002,55 tonnes ont été livrées. Il a aussi rappelé les ventes d’intervention de l’OPAM qui ont porté sur 3.757 tonnes et l’appui à la production par l’apport d’engrais.

Pour tout cela, il a invité les autorités communales à mieux saisir l’importance de l’opération banque de céréales afin de présenter un bon résultats dans leur gestion sous la supervision des préfets.

Pour sa part, Mme Lansry a indiqué que cette action rentrait dans le cadre de l’opération lancée par le président de la République.

Le 8 août 2005, le président Amadou Toumani Touré a procédé au lancement officiel de la deuxième phase de l’opération des banques de céréales dans 160 communes et 20 associations des quartiers périphériques de Bamako.

Mme le commissaire à la sécurité alimentaire a indiqué que les banques de céréales, mises en place, seront gérées conformément à un protocole d’accord entre le commissariat, le gouvernorat et les communes bénéficiaires.

Selon elle, le protocole définit le rôle de chacun des acteurs afin d’assurer une gestion saine et durable des banques de céréales.

« A cet effet, je lance un appel aux différents responsables administratifs et politiques pour qu’ils gèrent en bon père de famille ces banques de céréales » a-t-elle précisé.

Mme Lansry accompagnée par le gouverneur de Tombouctou et les membres de son cabinet a présidé la nuit de la sécurité alimentaire organisée par la jeune chambre internationale de la cité des 333 Saints.

Lundi 29 août 2005, visite des magasins et des bureaux de l’OPAM, de PAM Mali, de PAM international et des locaux exigus du représentant du SAP de la région.

Elle a aussi rencontré les associations féminines, les associations de consommateurs et les organisations non gouvernementales de la cité mystérieuse.

Au cours de cette réunion et pendant celles qui ont eu lieu à Ber le 30 août, à Goundam le 31 août, à Tonka le 1er septembre, à Nianfunké le 2 septembre et à Gourma Rharous le 5 septembre, Mme le commissaire a rappelé le contexte dans lequel le pays a enregistré un déficit céréalier de 347.000 tonnes à l’issue de la campagne agricole 2004-2005.

Partout, elle a indiqué que le manque de pluie et les actions des criquets ont plongé 101 communes dans des difficultés alimentaires et
89 autres dans des difficultés économiques.

« Pour atténuer les souffrances des populations, l’Etat, sur les recommandations du SAP, a décidé de faire des distributions alimentaires gratuites, des ventes d’intervention de l’OPAM, des offres publiques à la vente et l’installation de 160 banques de céréales dans les communes et une vingtaine dans les quartiers périphériques de Bamako » a-t-elle déclaré.

Un problème structurel

En ce qui concerne la région de Tombouctou, elle a rappelé à toutes les étapes de sa mission qu’en plus des distributions gratuites et des ventes d’intervention de l’OPAM, dix sept communes ont bénéficié de banques de céréales portant sur un total de 310 tonnes de mil.

Mme Lansry a estimé qu’en plus d’être une question conjoncturelle, l’insécurité alimentaire pose un véritable problème structurel auquel le gouvernement doit faire face. Dans le souci d’amener le maximum de Maliens à adhérer à la démarche de l’Etat, Mme Lansry a levé un coin du voile sur la politique envisagée pour bouter l’insécurité alimentaire hors des frontières de notre pays.

Elle dira qu’en 2002, le gouvernement a doté le pays d’une stratégie nationale de sécurité alimentaire qui vise la mise en place de stocks communautaires de sécurité alimentaire dans les villages.

Si pour atteindre cet objectif, les comités communaux, locaux et régionaux de sécurité alimentaire ont déjà été installés dans les localités visitées, Mme Lansry a indiqué que le rôle principal sera joué par les populations à travers l’élaboration des programmes et plans communaux de sécurité alimentaire.

« Cette approche va permettre à nos communes de réaliser rapidement leur sécurité alimentaire » a-t-elle déclaré.

A toutes les étapes de la tournée, Brahima Sangaré, chef du département chargé de la planification et du suivi au commissariat, Mary Diallo, coordinateur du SAP, Oumar Traoré, coordinateur du programme de restructuration du marché céréalier (PRMC) et Youssouf Touré, PDG de l’OPAM ont donné des précisions sur le fonctionnement de leur service.

Brahima Sangaré a rassuré les populations que la stratégie nationale mise en place prend en charge les causes structurelles de l’insécurité alimentaire. Mieux, il a présenté les différentes composantes du programme conçues par les autorités pour faire face à la sécurité alimentaire.

Pour sa part, Mary Diallo a révélé que le SAP a été mis en place le 26 avril 1986, pour éviter les catastrophes de 1973 et 1984. Selon lui, le système a bien joué son rôle cette année.

« Les autorités ont été informées à temps et cela leur a permis de prendre des dispositions pour réduire la souffrance des populations » a-t-il déclaré.

Il a ensuite indiqué que le SAP est une structure légère et efficace, basée sur la collecte de l’information à travers un questionnaire mis à la disposition des populations.

« Ce sont ces informations qui permettent au SAP d’identifier les problèmes dans les différentes localités du pays afin de formuler des recommandations à l’intention des autorités » a-t-il précisé.

Vu l’importance du système, M. Diallo a sensibilisé tous les acteurs à s’impliquer au maximum pour le remplissage des fiches d’enquêtes.

L’OPAM propose le sac de 100 kilogrammes à 17.610 F Cfa De son côté, Youssouf Touré, PDG de l’OPAM a indiqué que depuis la restructuration de 1981, sa structure ne fait plus de vente au détail.

Il a indiqué dans les zones à risque de rupture d’approvisionnement, l’OPAM est obligé de procéder à des ventes d’intervention d’au moins deux tonnes par regroupement de consommateurs.

Pendant la tournée, le PDG de l’OPAM a informé les populations que le mil est disponible au niveau des magasins de l’OPAM au prix de 17610 F CFA le sac de 100 kilogrammes, à Tombouctou et à 16610 F CFA, dans les cercles de la région.

Selon lui, le dispositif est conçu pour mettre à la disposition des plus démunis des céréales à travers les distributions gratuites et assurer l’approvisionnement de ceux qui peuvent acheter par les ventes d’intervention et les banques de céréales.

Pour sa part, Oumar Traoré, coordinateur du PRMC a salué tous les partenaires et tous les acteurs locaux qui ont permis au Mali de sortir de cette impasse. Il a ensuite rappelé l’effort que l’Etat et ses partenaires ont fourni pour mettre le pays à l’abri d’une catastrophe humanitaire.

Selon lui, le stock national de sécurité d’une valeur d’environ 7 milliards F CFA et le fonds de sécurité national de 5,5 milliards de F CFA, sont pratiquement épuisés. M. Traoré dira que le succès malien est essentiellement du à l’existence de ce dispositif.

Pour cela, il a estimé qu’il va falloir se battre pour la reconstitution du stock national de sécurité et du fonds de sécurité national.

« Actuellement, c’est la seule option que le Mali a pour réduire les souffrances des populations en cas de caprices de la nature » a-t-il conclu.

De Tombouctou à Gourma Rharous, en passant par Ber, Goundam, Tonka, Diré, Nianfunké, la délégation conduite par Mme le commissaire a enregistré les préoccupations des populations.

Si les populations ont salué les actions entreprises par l’Etat pour juguler les difficultés alimentaires, elles ne se sont pas fait prier pour formuler des doléances qui pour la plus part sollicitent des interventions de l’Etat pour leur équipement en matériel agricole.

Souvent, des solutions ont été proposées séance tenante. Mais, le plus souvent, Lassina Diarra, conseiller des affaires économiques et financières au gouvernorat de Tombouctou a invité les populations à prendre leur développement en mains dans le contexte de la décentralisation.

Il n’est pas passé par quatre chemins pour rappeler aux maires que chacun dans son rôle doit assumer ses responsabilités pour le bonheur des populations.
Tout compte fait, le septentrion malien, en tout cas dans sa partie qui concerne la région de Tombouctou est en passe de sortir de la zone orange des difficultés alimentaires.

Avec, les récoltes des cultures de décrues qui doivent intervenir dans deux ou trois semaines si elles n’ont pas déjà commencées, la situation va d’avantage s’améliorer.

Mais, pour éviter toute surprise, le commissaire à la sécurité alimentaire a informé les populations de la région de Tombouctou que 1000 tonnes de riz et de mil leur seront prochainement acheminées, en vue d’approvisionner les marchés.

Mais, les spécialistes comptent sur les récoltes pour voir les prix baisse. Dans ce domaine, l’espoir est permis vu l’allure des pluies.

Assane Koné
Envoyé spécial

12 septembre 2005.