Partager

Quoique que gratuits, les enfants infectés par le Sida restent les laissés pour compte des anti-rétroviraux qui ne sont pas adaptés à leur âge et à leur poids.

A deux ans de la date fixée par l’Onudida en 2005 pour l’accès universel au traitement pour tous d’ici 2010, le chemin déjà parcouru par le Mali est remarquable.

L’intervention des autorités a favorisé une politique d’accès gratuit aux anti-rétroviraux pour tous les malades du VIH/Sida dès 2004. Des structures de prise en charge des enfants infectés et affectés ont aussi été mises en place afin de leur réserver un cadre plus agréable.

Mais, le Sida chez les enfants n’est pas la même chose que chez les adultes. Il reste l’une des réalités les plus difficiles à appréhender. La définition des doses de médicaments adaptées à leur âge et à leur poids est délicate. La lutte contre la pandémie étant celle de tous les pays, on dénombrait en 2002, quelque 800 000 nourrissons infectés par le VIH (600 000 par le canal de la transmission mère-enfant). Près de 580 000 enfants sont morts du Sida.

On estime à 2,1 millions le nombre d’enfants de moins de 15 ans qui vivent aujourd’hui avec le VIH dans le monde. Plus de 80 % de ces enfants vivent en Afrique.

Le Mali n’est pas en reste. Le nombre d’enfants (de 0 à 14 ans) vivant avec le VIH est estimé à 16 000, 5500 avaient besoin d’un traitement ARV en 2006 et 600 enfants seraient sous ARV depuis la fin de 2007. Le nombre des enfants et orphelins vulnérables (OEV) est passé de 12 360 en 2005 à 24 877 en 2007.

Cette difficulté d’accès à des médicaments adaptés a été débattue lors d’un atelier à la 15e Icasa à Dakar. Le panel a été animé par Dr. Siobtam Crowly, chargé des questions du VIH/Sida aux Nations unis, et par le Pr. Douati, chargé des questions de pédiatrie au Kenya. Ils ont éclairé la lanterne de l’auditoire sur cette question cruciale qui, selon eux, mérite une attention particulière.


L’espoir vient de l’Inde

Une des plus importantes difficultés se situe au niveau de la conception des ARV. En effet, les firmes pharmaceutiques ne se soucient pas d’une présentation pédiatrique sous forme de combinaison à doses fixes (trois molécules dans un seul comprimé) des médicaments antisida, comme il en existe pour les adultes.

Evoquant les difficultés, un spécialiste de la maladie accuse les firmes qui ne s’occupent pas de produire des médicaments antisida sous une posologie et une présentation pédiatrique « parce que les enfants ne sont pas un marché attractif », ajoute-t-il.

Ainsi, ne pas avoir de comprimés faciles à utiliser est l’obstacle majeur pour le traitement des enfants. Selon un médecin qui a requis l’anonymat, « les médicaments sont trop gros pour être avalés par des enfants. Il faut les écraser. D’autres doivent être cassés en deux pour obtenir un dosage correspondant à leur poids ». Ce qui, martèle-t-il, n’est pas une bonne méthode et comporte un risque de surdosage, qui peut s’avérer toxique pour les enfants.

Toutefois, l’espoir est permis dans l’accès universel aux traitements. Une firme pharmaceutique indienne vient de mettre sur le marché la première trithérapie en un comprimé, spécialement conçue pour les enfants. Mais beaucoup reste à faire pour développer des médicaments pédiatriques spécifiques….

Le médicament est très attendu par les structures de prise en charge des enfants infectés et affectés par le VIH. « Nous espérons toutefois avoir accès à ces combinaisons à doses fixes », note un interlocuteur.

Amadou Sidibé

(envoyé spécial à Dakar)

16 Décembre 2008