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Le mariage précoce est de plus en plus pratiqué dans le cercle de Diéma. Selon les données courantes, plus de 55% des filles subissent le mariage précoce. Certains parents donnent en mariage leurs filles entre 12 et 15 ans. C’est ainsi que dans certains milieux, les filles de plus de 18 ans trouvent difficilement des maris. Celles-ci sont considérées comme des filles ayant déjà eu des relations avec des hommes.

Doussouba Keita, matrone au Cscom de Dioumara, explique que le mariage précoce est fréquent surtout chez les peulhs, les soninkés et les maures. Mais, en milieu bambara, fait-elle remarquer, la jeune fille peut atteindre souvent jusqu’à 20 ans sans être mariée. « Notre radio diffuse quotidiennement des messages de sensibilisation sur le mariage précoce. Mais malgré tout, le changement est loin d’intervenir. Au Cscom, nous recevons en accouchement des filles, de 12 à 13 ans, victimes de mariage précoce. Une nuit, lorsque j’étais de garde, j’ai reçu 3 filles peulhs qui avaient eu des difficultés dans la chambre nuptiale. Souvent on nous amène des filles blessées », témoigne notre interlocutrice.

Dipa Fofana du village de Fangouné Massassi fustige le mariage précoce en soutenant qu’il bafoue la personnalité de la fille. « Une fille qui se marie à 12 ans, ne connait rien du foyer. Elle ne sait pas comment elle doit se comporter avec son mari, ses beaux parents. Elle manque de savoir-faire. Elle n’a aucune expérience pour se conduire dans le foyer. Tout ce qu’elle fait est mal interprété, mal jugé. Elle est considérée comme une fille mal éduquée », souligne-t-elle en expliquant que c’est la raison pour laquelle à Fangouné Massassi, on n’accepte pas de donner en mariage les filles, tant qu’elles n’ont pas atteint l’âge de 18 à 20 ans. Notre interlocutrice estime qu’à ce stade de maturité, la fille est bien chez son mari.

Sounkoura Traoré est du même avis. Elle pense que le mariage précoce a des conséquences incalculables sur la santé. « Il retarde la croissance de la fille et rend difficile son accouchement. Il n’a jamais existé chez nous comme d’ailleurs dans tous les milieux bambara. Nos filles restent à l’école jusqu’en 9è année. Actuellement, il y en a qui vont jusqu’au lycée », explique-t-elle.
Samba N’Diaye, animateur de la radio Kaarta croit savoir les raisons qui poussent les parents à donner précocement leurs filles en mariage. « Certains parents donnent précocement leurs filles en mariage pour se faire les poches. D’autres le font pour éviter que leurs filles ne tombent enceintes », révèle-t-il.

Le père de famille Lamine Cissé a une position tranchée sur la question. « J’ai 4 filles, toutes sont à l’école. Il faut qu’elles terminent leurs études et trouvent du travail avant de se marier. Dans ce cas, je leur laisse le soin de choisir les hommes qu’elles désirent, je ne leur impose rien ».
Sa position est à l’opposée de celle de Béchir Dicko, vendeur de livres coraniques. « A l’école, les garçons harcèlent les filles en longueur de journée. Moi si je vois que ma fille ne réussit pas à l’école, je la donnerai en mariage, avant qu’elle ne soit irrécupérable. Si sa mère s’oppose, elle retrouvera ses bagages dehors », s’emporte-t-il.

Diakaridia Coulibaly, directeur de l’école fondamentale de Torodo, fait un constat amer. « Quand les filles arrivent en classe de 6è année, on les fait sortir de l’école pour les donner en mariage. L’an passé, j’avais une élève qui devait passer en 6è année. Ses parents ont attendu les vacances pour célébrer son mariage. Il n’y a pas de second cycle ici, les élèves qui sont admis au Cep, sont orientés à Dianguirdé, situé à 25 km. Rares sont les parents qui acceptent de se séparer de leurs enfants, surtout quand il s’agit des filles », témoigne l’enseignant.
Il explique que les parents évoquent plusieurs raisons : le manque de logeurs, de moyens pour assurer l’entretien de leurs enfants, l’absence d’éducation, d’encadrement à domicile, les mauvaises compagnies, etc. Le directeur d’école promet qu’il continuera à sensibiliser les parents afin qu’ils laissent leurs filles poursuivre leurs études, après le premier cycle.

La plupart de nos interlocuteurs pensent que la lutte contre le mariage précoce des jeunes filles, doit être menée par une sensibilisation pour obtenir l’implication de tous : autorités administratives et politiques, leaders communautaires, responsables scolaires et sanitaires, Ong. Dans un milieu où plus de la majorité de la population est analphabète, pour changer les mentalités, il faut mettre à contribution les radios de proximité afin d’insister sur les conséquences néfastes du mariage précoce.

Source : Amap

Le Soir de Bamako du 17 Décembre 2013