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C’est, en principe, le 17 juin prochain que s’ouvre à Ouagadougou, une session du dialogue politique. C’est un cadre qui réunit, à l’initiative du président du Faso, les partis politiques de la Majorité et ceux de l’Opposition. Deux sujets seront débattus à cette occasion. Le premier est en lien avec la situation sécuritaire que traverse le pays. L’autre sujet est relatif au projet de réforme a minima du Code électoral. Il faut d’abord relever que le dialogue politique est une trouvaille du régime de Blaise Compaoré. L’idée a été reprise par Roch Marc Christian Kaboré. De ce point de vue, l’on peut dire que l’Enfant de Tuiré dans le Ganzourgou, reproduit une formule expérimentée par l’Enfant de Ziniaré. Et il n’y a pas de honte à cela. Car, cet instrument permet à la Majorité et à l’Opposition d’échanger sur les préoccupations du pays afin de leur trouver des réponses en phase avec l’intérêt national. Et l’on peut affirmer sans grand risque de se tromper, que si le Burkina reste encore debout, en dépit des périls gravissimes auxquels il est en proie, c’est en partie grâce au dialogue politique. En tout cas, ce cadre aura permis, entre autres, d’éviter une crise post-électorale en 2020. Et ce scénario-catastrophe risquait de précipiter le pays au fond de l’abîme. Ailleurs en Afrique, et nous nous garderons de citer les noms des pays, l’on peut dire que c’est l’absence d’un tel cadre d’échanges, qui explique le fait que les acteurs politiques de la Majorité et de l’Opposition se considèrent beaucoup plus comme des ennemis que comme des adversaires politiques. Et lorsque l’on est dans ce schéma, l’on ne se fixe plus de limites quant aux moyens à déployer pour neutraliser l’ennemi, au sens militaire bien sûr du terme.  Cela dit, et pour revenir au premier sujet de ce dialogue, c’est-à-dire la crise sécuritaire que traverse le pays, l’on peut se risquer à dire ceci : sans langue de bois ni hypocrisie, les langues des participants doivent se délier pour aider à panser la plaie de l’insécurité comme il faut. 

Il y a des moments où la politique politicienne n’a pas sa place

Car, c’est tout ce que souhaitent les Burkinabè des villes et des campagnes, toutes obédiences politiques confondues. Il faut absolument se dire les vérités pour avancer. Et l’attaque de Solhan doit être l’élément déclencheur de la conjugaison de toutes les intelligences pour sortir la tête du pays hors de l’eau. Et par rapport à cet objectif, l’Opposition pourrait avoir des idées lumineuses à faire valoir. Bien sûr, l’on peut rétorquer que dans une démocratie, la Majorité gouverne et l’Opposition s’oppose. Un tel raisonnement ne prend pas en compte le fait que la crise sécuritaire que traverse le pays, est inédite dans l’histoire du pays. Même dans les démocraties les plus anciennes et les plus avancées, en pareilles circonstances, toute la classe politique fait bloc pour sauver la patrie en danger. Ce fut le cas des Américains en 2001, lorsque le pays a connu la pire attaque terroriste de son histoire. Démocrates comme Républicains, tous avaient fait bloc autour de Georges Bush fils pour aider à sauver le pays. Tout récemment, en France et dans un autre registre, l’on a vu l’ensemble de la classe politique s’indigner de la gifle administrée au président de la République, Emmanuel Macron. Même les partisans de Marine Le Pen ou encore les Insoumis de Mélenchon se sont montrés solidaires du président. Bref, il y a des moments où la politique politicienne n’a pas sa place. Et l’on peut dire que le Burkina vit ces moments-là. Par rapport à l’autre sujet qui sera abordé dans le cadre du dialogue politique, c’est le même esprit qui doit animer les uns et les autres. La réforme a minima du Code électoral et cela relativement aux élections locales  à venir, doit donner lieu à un large échange entre les acteurs politiques pour que les conseils municipaux qui en sortiront, aient la stabilité qu’il faut pour relever les énormes défis auxquels nos communes sont confrontées. Et cela peut passer par la désignation des maires au suffrage direct. Que la Majorité et l’Opposition accordent leurs violons sur la question, pourrait contribuer à tirer la démocratie vers le haut. C’est pourquoi d’ailleurs, l’on peut suggérer au président du Faso de revoir le format du dialogue politique de sorte à prendre en compte l’Opposition non affiliée et les organisations de la société civile dignes de ce nom. L’idée n’est pas d’aboutir à une sorte d’unanimisme grégaire, ce qui serait dommageable  pour la démocratie. Mais d’appréhender les problèmes de la Nation avec des paires de lunettes variées.

« Le Pays »